LETTRE CCLXXXVI
(Écrite Tan 1153.) AU MÊME, POUR LE MÊME.
Si les murmures et les rapports contre l'abbé de Saint-Denis viennent à prévaloir, je suis,
* Voyez les lettres suivantes.
quant à moi, innocent de sa perte, car je vouf ai écrit une fois déjà contre les méchants. En vérité quelle accusation portent-ils contre cet homme? Est-ce parce qu'ils ne trouvent rien à lui reprocher? Comment, s'ils ont raison de l'accuser, est-il justifié par tous ceux de ses voisins qui ont le cœur droit? On lui impute d'avoir fait beaucoup de dettes, d'avoir engagé des terres, d'avoir dissipé des biens; comme si ces choses n'avaient pas pu arriver par des causes nécessaires ou justes. Les religieux de cette église nous ont éclairé sur tous ces points et nous ont fait attester par une personne fidèle que les choses s'étaient passées autrement qu'elles ne vous ont été dites. Cependant qu'on fasse une enquête ; des témoignages oculaires vous donneront plus de certitude à cet égard qu'un serment. Si les choses sont trouvées telles . que ceux-ci le rapportent malicieusement, de quelque façon qu'elles soient arrivées, l'abbé! sera inexcusable ; sinon, que les accusateurs ne tirent aucun avantage de leur mensonge. Us lui imputent d'avoir tué un homme : s'il ne peut se justifier, qu'il meure. Mais on ne voit pas pourquoi il aurait livré à la mort quelqu'un qu'il en avait arraché peu de temps auparavant : il n'y a à cela aucune vraisemblance? De quel front osent-ils vous insinuer cela, quand ils ont vu et connu le zèle avec lequel l'abbé a travaillé à délivrer ceux qui avaient commis le premier meurtre, et à punir ceux qui s'étaient vengés de la mort de leur frère. Enfin, si vous le connaissiez bien, cela pourrait certainement suffire pour vous empêcher de croire tout ce que vous n'apprenez que par eux. Que Dieu assiste votre esprit plein de piété, afin que des langues trompeuses ne puissent arracher aucune décision contre l'innocence.