AU MÊME, POUR ODON ', ABBÉ DE SAINT-DBNIS
Il lui recommande Odon, abbé de Saint-Denis, qu'il défend contre des accusations portées sur lui par jalousie et par ambition.
1. Quand bien même personne ne vous écrirait en faveur de l'église de Saint-Denis et de l'abbé Odon, moi je n'hésiterais pas à le faire. Cette cause est juste, elle n'est faible d'aucun côté, l'église est illustre, et Tabbé a une bonne réputation. L'éclat de l'église, l'univers le connaît; le mérite de l'abbé, nous qui sommes ses voisins, nous en sommes sûr. Ajoutez que les intérêts de l'une et de l'autre vous regardent spécialement. Pour tout cela, quand je serais seul, je ne rougirais pas, comme je vous l'ai
*■ Voyez la lettre 298.
* Guillaume, abbé de Cltcaux, dans une lettre k Thibauld, comte ('e Champagne, avance qu'ancun sceau de l'Ordre ne portait le nom de l'abbé. Cependant une charte de saint Ber» nard, dressée pour Tarrangement d*nn difTérend entre les monastères de Sainte-Geneviève et de Saint- Victor, porte l'empreinte du sceau de saint Bernard avec son nom et son image; il est représenté tenant de la main droite un objet difficile à reconnaître, et une crosse de la main gauche. Ce sceau, le second qu'ait eu saint Bernard, a été retrouvé en 1837, et «1 est actuellement au musée de Rouen.
* Odon, moine de Saint-Denys^ puis abbé de SaintrCoraeille, près de Compiègne, revint h Saint-Denis pour succéder à l'abbé Suger, en 1155. (Voyez les lettres de Suger, 256 et suivantes; voyez surtout la lettre 162 de Beaudouin, évèqae de Noyon, à Eugène, qui fait de cet Odon un grand éloge.)
dit, de vous écrire au besoin, mais aujourd'hui d'autres personnes vous écrivent avec moi, et vous ne vous délieriez pas de leur témoignage, même si je n'y joignais pas le mien. Ce sont elles qui ont surtout mis la main dans cette affaire. Elles savent ce qu'a fait l'abbé, et ce qu'elles savent, elles le disent. C'est donc avec confiance que nous vous adressons pour lui des prières qui s'appuient sur des témoignages si certains. J'appelle, j'invoque en toute assurance votre sollicitude pour votre bien qu'on envahit méchamment, qu'on persécute cruellement en lui. Je vous en prie, je vous en supplie, levez la main, étendez le bras, opposez votre bouclier, que le glaive de Pierre défende le patrimoine de Pierre.
â. Quelques individus se sont élevés en vain contre cet homme que le bruit public justifie assez, ou plutôt qu'une brillante réputation recommande. Enfants excellents, en vérité, qui scrutent avec tant de curiosité les hontes de leur père et qui révent je ne sais quel crime inconnu de tous \ Ceux qui entendent cette accusation subite et inattendue, sont dans la stupéfaction ; ils en rougissent, parce qu'on n'a jamais rien dit de pareil sur Odon. L'abbé de Saint-Denis n'est point une lampe cachée sous le boisseau ; il est placé sur le chandelier et, quand bien même il le voudrait, il ne pourrait dissimuler ce qu'il est. Tous en voient nécessairement la lumière comme la fumée. Ces gens ont-ils donc fixé sur lui des yeux de lynx, pour voir ce que personne autre n'a pu apercevoir encore jusqu'ici? Leur délation, je l'avoue, me paraît suspecte. Ce qui la rend plus invraisemblable, c'est que l'un d'eux, dit-on, nommé Raymond, est le chef de ce méchant complot. C'est, comme je l'ai appris, un homme qui aime à parler en public, à murmurer en secret, dévoré par l'ambition, doucereux et flatteur, fait tout entier pour tromper non moins que pour semer le trouble. Je vous signale ce loup caché sous une peau de brebis, et je vous le fais connaître à des marques certaines, afin qu'il n'ose plus mordre et qu'il ne puisse plus nuire.