‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 294 sur 319 · A SON ONCLE ANDRÉ, CHEVALIER DU TEMPLE · texte numérisé non relu

A SON ONCLE ANDRÉ, CHEVALIER DU TEMPLE

Il déplore le malheareux résnitat de la sainte expédition et il désire l'arrivée de son oncle.

1 . La dernière lettre que vous m'avez envoyée m'a trouvé couché sur mon lit. J'ai tendu les mains pour la recevoir, j'ai eu du plaisir à la lire, du plaisir à la relire, mais j'en aurais eu plus encore à vous voir. J'ai lu dans cette lettre votre désir de me voir, j'y ai lu aussi votre crainte pour cette terre que le Seigneur a honorée de sa présence, pour cette ville qu'il a consacrée par son sang. Malheur à nos princes ^ I ils n'ont rien fait de bon sur la terre du Seigneur; ils exercent une incroyable malice dans leur propre pays vers lequel ils se sont empressés de revenir, et ils ne compatissent pas à l'affliction de Joseph. Ils sont puissants pour faire le mal, mais ils ne peuvent pas faire le bien. Cependant nous avons confiance que le Seigneur ne repoussera pas son peuple et qu'il n'abandonnera pas son héritage. La droite du Seigneur fera la force de ce peuple et son bras lui viendra en aide, afin que tous sachent qu'il vaut mieux espérer dans le Seigneur que dans les princes. Vous avez raison de vous comparer à une fourmi; que sommes-nous en effet, nous enfants des hommes et habitants de la terre, sinon des fourmis appliquées à des travaux

> Ces paroles s'appliquent au mauvais succès de la croisade L'ambition, la rivalité, la jalousie des princes chrétiens épuisèrent les forces de l'expédition. Saint Bernard le répète au traité de la Considération ^M^. 2, chap. 1. Otto de Frisingen, témoin oculaire, dit la même chose, de Gestis Fredcfici, lib. i, cap. 78. (Voyez encore Emile sur Louis Vlil, et Sigonius, de Regno ItaHœ^ lib. xi.

inutiles et vains? Quelle richesse revient à l'homme de toutes les peines par lesquelles il se fatigue sous le soleil. Montons donc audessus du soleil et que notre vie se passe dans les cieux; que notre esprit nous y précède, puisque notre corps l'y suivra. Là, mon André, là est le fruit de votre travail, là est votre récompense. Vous combattez sous le soleil, mais pour quelqu'un qui est assis au-dessus du! soleil. Soldats ici-bas, c'est de là que nous devons attendre des largesses. La solde de notre service ne vient pas de la terre, mais de plus haut qu'elle; son prix vient de bien plus loin que les extrémités du monde; sous le soleil est la pauvreté, au-dessus du soleil est l'abondance J Là on nousdonnera une bonne mesure, pressée,' entassée et débordant dans notre sein \

2. Vous désirez me voir, et l'accomplissement de votre désir dépend de ma volonté, écrivezvous. Vous dites, en effet, que vous attendez làdessus mes ordres. Hais que vous dirai -je? Je désire que vous veniez et je le redoute. Je suis ainsi placé entre le oui et le non, pressé des deux côtés et ne sachant ce que je dois choisir. Me rendrai-je à vos désirs et aussi aux miens, ou en croirai-je plutôt cette opinion si répandue sur vous et d'après laquelle vous êtes présenté comme tellement nécessaire à cette terre, qu'on' croit que votre absence l'exposerait à une grande désolation? C'est pourquoi je n'ose rien ordonner, et cependant je désire vous voir avant de mourir; vous savez mieux que moi si vous avez quelque moyen de venir sans causer ni dommage ni scandale à ce peuple. II se pourrait faire que votre arrivée ne fût point tout à fait inutile. Peut-être par la grâce de Dieu il ne manquerait pas de gens qui à votre départ vous suivraient pour secourir l'Église de Dieu, car vous êtes connu et aimé de tous. Dieu peut faire que vous disiez, vous aussi, avec le saint patriarche Jacob : J'ai passé ce Jourdain avec mon bâton et voilà que je retourne avec trois troupes *. Je ne vous dis qu'une chose : si vous devex venir, ne tardez pas, de crainte qu'à votre arrivée vous ne me trouviez plus, car pour moi je m'affaiblis et je ne pense pas que je fasse encore un long séjour sur la terre. Qui me donnera de pouvoir, avec la volonté de Dieu, recevoir de votre aimable et douce présence au moins un peu de rafraîchissement avant de partir. J'ai écrit à la reine • comme vous l'avez voulu et je suis heureux du bon témoignage que vous rendez d'elle; nous saluons dans le

« Luc, VI, 38. — • Gen., xxxii, 10.

* Voyez la lettre suivante.

Seigneur, par votre entremise, votre maître et tous vos frères du Temple ainsi que ceux de l'Hôpital; nous saluons aussi de la même façon les captifs et tous les saints auxquels vous aurez l'occasion de parler et nous nous recommandons à leurs prières. Soyez mon intermédiaire auprès d'eux. Nous saluons également de tout cœur et avec une grande affection notre Girard * qui a été quelque temps dans notre maison et qui maintenant est devenu évéque, conune nous l'avons appris.

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