‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 308 sur 319 · LETTRE CCCX · texte numérisé non relu

LETTRE CCCX

(Écrite l'an 1153.) A ARNOLD DE CHARTRES *, ABBÉ DB BOlflfBYAITX-

Bemard parvenu à son dernier moment, écrit cette denaîére

lettre à son ami

Nous avons accueilli les marques de votre affection avec affection, mais non avec joie. Car, quelle peut être la joie d'un homme que l'amertume envahit tout entier? S'il me reste encore quelque plaisir, c'est celui de ne plus rien manger. Le sommeil s'est éloigné de moi, en sorte qu'un assoupissement salutaire ne vient même jamais m'enlever le sentiment de la douleur. Ce que je souffre provient presque entièrement de la faiblesse de mon estomac. D demande à être fréquemment réconforté, jour et nuit, par quelques gouttes de liqueur; car il rejette sans rémission tout ce qui est solide. Et encore ce n'est pas sans beaucoup de peines' qu'il supporte ce qu'il veut bien recevoir; mais il redoute une douleur plus grande, quand il reste entièrement vide. Que si parfois il se décide à prendre un peu plus, la douleur est des^ plus cruelles. Mes pieds et mes jambes sont enflés, comme il arrive d'ordinaire aux hydropiques. Mais dans tout cela, pour ne rien cacher à un ami inquiet de l'état de son ami, je vous dirai peut-être avec peu de sagesse, qu'au point de vue de l'homme intérieur, l'esprit est plein de vivacité dans cette chair malade. Prions le Seigneur, qui ne veut pas la mort du pécheur, de ne plus différer un passage dont le moment est venu, mais de me garder dans ce passage. Prenez soin de fortifier de vos prières un homme dépouillé de mérites, afin que celui qui est en embuscade ne puisse trouver en moi aucune place où il enfonce sa dent et porte sa blessure. J'ai moi-même écrit cette lettre dans l'état ou j'étais, afin qu'à ma main bien connue de vous vous reconnussiez mon affection. Cependant j'aurais mieux aimé vous répondre que de vous écrire.

^ Quelques auteurs pensent que cet Arnold était autre qne celui qui a écrit le livre 2 de la Vie de saint Bemai-d et qui était abbé de Bonneyaux de l'ordre de Citeaux dans le diocèse de Vienne; le destinataire de notre lettre aurait été au contraire Tabbé du monastère de Bonneyaux, monastère de Tordre des Bénédictins dans le diocèse de Chartres. Mais Dom Mabillon démontre que c'était là un seul et même personnage.

Ici finit la première collection des lettres de saint Bernard, qui fut faite de son vivant même par ses disciples, La vénérable antiquité de cette collection ne permet pas qu'on y porte atteinte, et nous Favons reproduite scrupuleusement^ sans rien changer à tordre des lettres.

TABLE DES MATIERES

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