‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 72 sur 319 · LETTRE V · texte numérisé non relu

LETTRE V

(Écrite l'an 1125.)

\v MOINE Adam.

Saint Bernard engaga Adam à ne pas s'attac^rr à Arnold, abbé (le Moriinon J, et à ne pas l'accoinpaTner dans ses voyages ou ihittM dans se^ vigahou lajfes.

1. Votre humilité bien connue de moi, et la gravité du péril qui vous menace, me donnera le courage de vous presser plus vivement et de vous reprendre avec plus de liberté. Insensé! qui vous a fasciné au point de vous faire renoncer si vite à cette détermination salutaire que vous et moi avons prise ensemble il y a longtemps, sous le seul regard de Dieu? Imprudent, réfléchissez à votre voie, et tournez vos pas vers la glorification du Seigneur. Ne vous souvenez-vous pas que vous avez une première fois à Marmoutiers * consacré les prémices de votre conversion ; qu'une seconde fois à Foigny * vous vous êtes abandonné à notre direction, quelle qu'elle pût être; qu'une troisième fois vous avez fixé à Morimond votre stabilité ; qu'une quatrième fois enfin, ayant examiné avec moi le voyage ou plutôt la course vaga-' bonde que l'abbé Arnold vous proposait, vous y avez généreusement renoncé, car vous jugiez que, s'il ne lui était pas permis de partir, il ne vous l'était pas davantage de l'accompagner. Comment en effet, disiez-vous, auraitil le droit de partir, lui qui laisse un déplorable scandale aux âmes remises à ses soins, et qui n'attend pas même la permission de celui qui les lui a confiées ?

2. Mais à quoi tend, direz-vous, ce souvenir que vous avez voulu ainsi rappeler ? A vous convaincre d'une légèreté manifeste, à vous montrer clairement que le oui et le non sont

* Monastère près de Tours. (V. le't e 337.)

* Mfiiaslèe dans le diocèse de Laon. (W. 'élire 7**.>

en vous. Convaincu par là et rougissant de votre erreur, vous apprendrez, quoique tardivement, de TApôtre * à ne pas croire à tout esprit ; vous apprendrez de Salomon * à avoir peut-être beaucoup d'amis, mais un seul conseiller choisi entre mille; vous apprendrez, à l'exemple du divin Précurseur ', non seulement à ne pas vous vêtir avec mollesse, mais à ne pas vous laisser emporter au souffle de toute doctrine, comme un roseau ag.té par le vent ; vous apprendrez de l'Évangile à fonder votre maison sur la pierre * ; vous apprendrez avec les disciples à ne pas oublier de joindre la prudence du serpent à la simplicité de la colombe * ; tous ces témoignages et tant d'autres des Écritures concourront à vous montrer combien jusqu'ici ce séducteur aux mille formes vous a trompé. N'ayant pu s'opposer à vos débuts dans le bien, il vous a envié la persévérance; il a jugé sans doute qu'il suffirait à sa malice de vous enlever cette vertu qu'il savait être seule couronnée. Je vous supplie donc, par les entrailles miséricordieuses du Christ, ne partez point, ou ne le faites pas avant d'être venu nous trouver dans quelque endroit propice; nous verrons si l'on peut découvrir quelque remède aux maux si grands que nous avons déjà ressentis ou que nous redoutons de votre départ. Adieu.

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