‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 77 sur 319 · LETTRE IX · texte numérisé non relu

LETTRE IX

( Écrite Tan 1132.) AU MÊME, DEVENU ARCllEVÊQrE DE COLOGNE.

Saint Bernard inspire à Bruno do la cia'nte po. r la dignité, d'archevêque de Cologne, à laquelle il vient d'ètie élevé.

J'ai reçu avec respect la lettre que vous avez daigné m'écrire,et j'ai pris soin de ce que vous m'avez prescrit; vous verrez si j'ai réussi. Mais c'en est assez sur ce sujet. Je me permets de vous dire, avec la même charité, ce qui suit. S'il est certain que tous ceux qui sont appelés au ministère soient élus pour le ciel, un archevêque de Cologne est, sans nul doute, en sécurité. Mais, si nous lisons que nul autre que Dieu lui-même n'a choisi Saûl pour le trône, et Judas pour le sacerdoce, et on ne peut contredire l'Écriture qui l'afflrme, il faut que même l'archevêque de Cologne soit dans la crainte. De plus, si cette vérité subsiste encore aujourd'hui, et elle subsiste en effet, que Dieu n'a pas choisi beaucoup de nobles, beaucoup de sages, beaucoup de puissants ', n'est-ce pas là, pour un archevêque de Cologne, un triple sujet de craindre? Ayons donc soin, si nous sommes élevés à un haut rang, de ne pas nous enorgueillir, mais de trembler, et de nops

^ Fondateur de Tordre de Prémontré. (V. lettre 69.) > I Cor., 1, 26.

abaisser avec les petits. Ib vous ont établi premier, est-il dit, soyez parmi eux comme l'un d'eux * ; et encore : Plus vous êtes grand, plus vous devez vous humilier en toutes choses *. C'est le Sage qui vous donne ce conseil, car il ne pense pas autrement que la Sagesse elle-même, qui dit : Que celui d'entre vous qui est le plus grande devienne comme le plus petit •. Autrement, un jugement rigoureux est réservé à ceux qui commandent; que les puissants se tiennent donc dans la crainte^. Le serviteur qui connaît la volonté de son mattre, et qui ne fait pas ce qu'il doit, sera sévèrement puni •; ainsi, que celui-là tremble, qui possède la science. Que les grands tremblent, parce que le Juge de tous les hommes ne fait acception de personne. Assurément, le triple lien de cette terreur nécessaire est difficile à rompre. Peut-être je vous parais sévère, parce que je ne flatte pas, que j'inculque la crainte, et que je souhaite à un ami le commencement de la sagesse.

Puisse-t-il m'arriver de faire toujours ainsi le bonlieur de mes amis, c'est-à-dire en leur inspirant une terreur salutaire, plutôt qu'en leur adressant des flatteries artificieuses. Je suis poussé à cela par ces paroles : Bienheureux f homme qui est toujours craintif*; et je suis détourné du reste par celles-ci : Mon peuple, ceux qui te disent bienheureux, f induisent en erreur''.

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