‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 4)Chapitre 76 sur 319 · A BRUNO ÉLU A L' ARCHEVÊCHÉ DE COLOGNE · texte numérisé non relu

A BRUNO ÉLU A L' ARCHEVÊCHÉ DE COLOGNE

Saint Bernard, consulté par Brano pour savoir si ce dernier doit accepter Farchevèché de Cologne, lai répond de façon à le tenir en suspens ; il lui fait considérer avec terreur le poids d'une si grande charge et il Teugage à consulter Dieu dans la prière.

1 . Vous me demandez conseil, illustre Bruno, pour saToir si vous devez acquiescer au désir

* I Pier., IV, 8. — ' Jac, iv, 6.

* Adam retourna à Morimond et l'on croit que c'est lui qui fut choisi pour abbé d'Eberbach,dans le diocèse de Wurtzbourg, en Franconie, l'an 1127.

^ BiUDO II, fils d'Engelbert, comte d'AUena, fut élu archevêque de Cologne pour succéder à son frère Frédéric, mort sur le même siège vers l'année 1131. Bruno, après avoir consulté saint Bernard, se décida à accepter cette dignité et fut sacré, en H32, par le cardinal Guillaume, évèque de Palestrine. Parti pour ritalie, en 1136, avec l'empereur Lothaire, il mourut l'année suivante, la veille de la Pentecôte, à la suite d'une * saignée, et il fut enterré à Ban, en Pouille, daus l'église de Saint-Nicolas. Peu de temps après, Roger, prince de Sicile, fit

de ceux qui veulent vous élever à Tépiscopat. Quel homme aurait la témérité de résoudre cette question ? Dieu peut-être vous y appelle : qui oserait vous en détourner ? Peut-être ne vous y appelle-t-il pas : qui vous conseillerait d'y tendre? Est-ce là une vocation de Dieu, ou non ; qui peut le savoir, sinon TEsprit qui sonde même les profondeurs de Dieu, ou Tliomme à qui l'Esprit lui-même l'aura révélé ? Ce qui rend encore le conseil plus incertain, c'est cette humble, mais terrible confession, par laquelle dans votre lettre vous accusez votre passé si gravement et non sans vérité, à ce que je crois.' On ne peut nier en effet qu'une telle vie ne soit indigne d'un ministère si sacré. D'un autre côté, vous redoutez, non sans raison, car nous le redoutons aussi nous-mêmes, que votre conscience mauvaise ne vous empêche de tirer parti du talent de la science qui vous a été confié. Mais peut-être pourriez-vous lui faire porter des fruits avec moins d'abondance sans doute, mais aussi avec moins de périls, dans quelqu'autre sorte d'emploi. Je frissonne, je l'avoue, car je dois vous dire comme à moimême ce que je ressens, je frissonne, dis-je,' quand je considère d'où et où vous êtes appelé,' surtout en raison de ce qu'il ne s'écoulera aucun intervalle de pénitence pour opérer de quelque façon ce très-dangereux passage. Certes, la régularité demande que vous vous appliquiez à guérir d'abord votre propre conscience et ensuite celle d'autrui. Le premier degré de la piété, en effet, est celui dont il est écrit : Ayez pitié de votre âme en vous rendant agréable «/>«>«*. C'est de là qu'une charité bienordonnée va en droite ligne à la sollicitude pour le prochain, qu'il est commandé à chacun de nous d'aimer à la mesure, de soi-même. Que si vous êtes disposé à aimer ceux qui vous seront confiés comme vous vous êtes aimé jusqu'ici, je préfère qu'ils ne vous soient pas confiés à ce qu'ils soient aimés de la sorte. Car si vous aviez appris d'abord à vous aimqr, peut-être me sauriez-vous aimer aussi.

2. Hais quoi I si Dieu précipitait sur vous sa grâce et multipliait sa miséricorde, si sa clémence se montrait, pour vous rétablir dans l'innocence, plus efficace et plus rapide qu'une longue pénitence ! Heureux, en vérité, celui à qui le Seigneur n'imputera pas son péché h

briser son tombeau et traîner son cadavre dans les rues après l'avoir indignement oulragé. (V. Baronius, Otton de Frisingîn, CAron., liv. XVII,cb.2l, 23;Sigonius, du roy. d'Italie, liv.Il, et Chron. saxonne.) 1 Eccl. XXX, 21.—* Ps. XXXI, 2,

Car qui portera Taccusation contre un élu de Dieu ? Si Dieu justifie, qui est-ce qui condamnera ? C'est là ce salut soudain qu'a obtenu ce saint larron qui, le jour même où il confessa ses larcins, fut introduit dans la gloire; sa croix lui servit de pontet lui suffit pour passer rapidement de cette région d'inconstance dans la terre des vivants et d'un abîme de boue dans un paradis de délices *. Ce prompt remède de la piété fut donné aussi à cette heureuse pécheresse, quand tout-à-coup dans son cœur, où avait surabondé le péché, la grâce commença à surabonder à son tour. Sans grand travail de pénitence beaucoup de fautes lui furent remises parce qu'elle avait beaucoup aimé *, et en peu de temps elle mérita de recevoir cette charité large qui, comme dit l'Écriture, comité la multitude des péchés \ Le paralytique de l'Évangile reçut aussi ce double et très-prompt bienfait de la bonté toute- puissante et fut guéri dans son âme avant de l'être dans sa chair.

3. Mais autre chose est de recevoir promptement le pardon de ses péchés ou de passer toutà-coup du milieu de ses crimes à de brillantes dignités. Je vois cependant Matthieu qui d'un comptoir monte à la place éminente de l'apostolat *; mais ce qui me trouble encore, c'est qu'il ne se soit entendu dire comme les autres Apôtres ses compagnons : Allez dans tout l'univers, annoncez l'Évangile à toute créature^ ^ qu'après avoirfaitpénitence ensuivant le Seigneur pendant longtemps et avec de grandes fatigues partout où il allait, et en demeurant avec lui dansses épreuves. Si on objecte que saint Ambroise fut enlevé du tribunal pour le sacerdoce •, cela ne me rassure pas beaucoup ; car dès son enfance il avait mené dans le monde une vie pure, et encore s'efforça-t-il d'échapper en fuyant, en se cachant et en recourant à mille ruses. Si l'on allègue encore l'exemple de Saul qui, tout d'un coup, devint Paul, un vase d'élection, le docteur des gentils, ce qui détruit la ressemblance, c'est qu'il ne reçut miséricorde que parce qu'il avait, il l'atteste lui-même, péché par ignorance et quand il était plongé dans l'incrédulité ''. Dailleurs si Ton on a vu quelquefois arriver de ces événements heureux et salutaires dont on puisse dire vraimentque c'est là unchangement opéré par la droite du Très-Haut *, on doit moins les citer comme des exemples que comme des miracles.

1 Luc, xxiii, 43. — « Lnc, vu, 37, 50. — » I Pier.,iv, 8. * — * Matlh., IV, 2-9. — 5 Marc, xvi, 15. — « Théod., Htst,, lib. IV, c. 6.— ' I Tim., i, 13. — » Ps. Lxxvi, il.

4. Que cette réponse indécise à la question que vousme posez vous sufflse quant à présent. Je ne puis pas, en effet, vous donner une décision certaine, lorsque je suis moi-même dans l'incertitude. 11 doit en être ainsi de toute demande qui ne s'adresse pas à un prophète. Cherchez conseil auprès des sages. Est-ce que vous pouvez tirer quelque chose de clair d'un bourbier. Tout ce que nous pouvons donner à votre amitié sans péril, mais non sans fruit, c'est l'appui, quel qu'il soit, de nos prières adressées à Dieu dans cette intention. Nous laissons donc à Dieu le secret de ses desseins que nous ignorons ; nous le prions et nous le supplions avec instance de faire de vous et en vous ce qui lui convient et ce qui vous est salutaire. Vous avez le seigneur Norbert* que vous pouvez consulter plus aisément sur cette affaire puisqu'il est auprès de vous. Il est plus propre que nous à pénétrer les mystères divins, d'autant plus qu'on le connaît pour être plus près de Dieu.

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