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Et d'abord, il convient que le clergé de

4 Gant., u,7.

DE LA CONSIDÉRATION. — LIVRE QUATRIÈME

Rome, qui a servi, par exellence, de modèle au clergé de toute TÉglise, soit le plus régulier de tous. Ensuite, le mal qui se fait en votre présence en est plus honteux pour vons-méme. Il importe à l'honneur de Votre Sainteté que des ecclésiastiques qui vivent sous vos yeux soient si bien plies à la règle, si bien formés à la discipline, qu'ils offrent le miroir et l'exemple de tout ordre et de toute décence. Ils doivent se montrer, plus que tous les autres, exercés aux fonctions sacrées, versés dans l'administration des sacrements, zélés pour l'instruction des peuples, toujours attentifs sur eux-mêmes pour se maintenir dans une chasteté parfaite.

Que dirai-je de votre peuple? Ce peuple est le peuple romain : je ne saurais exprimer ni plus brièvement ni mieux ce que je pense de votre troupeau particulier. Quoi de plus connu dans tous les temps que l'arrogance et l'orgueil des Romains? peuple étranger à la paix et accoutumé à la révolte; peuple récalcitrant et intraitable, qui jusqu'à présent n'a su porter le joug que lorsqu'il n'a pu résister. Voilà la plaie : c'est à vous de la soigner ; il ne vous est pas permis d'éluder cette tâche. Vous riez peutêtre de mon discours, persuadé que le mal est incurable. Ne soyez pas si défiant: c'est le soin, qu'on exige de vous, et non la guérison. En un mot, vous avez lu dans l'Evangile : Ayez soin de cet hommes et non, guérissez-le^ ou rendez-lui la santé *. Un poète a dît avec vérité : // n'est pas toujours au pouvoir du médecin de guérir son malade '. Mais il vaut mieux que je vous cite un de vos maîtres. Saint Paul s'exprime ainsi : J'ai travaillé plus que tous '. Il ne dit pas: J*ai fait plus de bien ; ou : J*ai porté plus de fruit que tous, évitant scrupuleusement un mot qui sentirait l'orgueil. C'est qu'il avait, d'ailleurs, appris, par les leçons de Dieu lui-même, que chacun recevra selon son travail ^^ et non selon ses succès. Et voilà pourquoi ce fut dans ses travaux, plus que dans ses succès, qu'il crut devoir mettre sa gloire ; comme il vous l'apprend lui-même autre part, en disant : Dans mes travaux sans nombre^.

A son exemple , vous aussi , faites , croyezmoi, ce qui dépend de vous ; Dieu fera bien assez ce qui dépend de lui, sans que vous deviez vous en mettre en peine. Plantez, arrosez, prodiguez vos soins ; et vous avez rempli votre tâche. Quanta l'accroissement. Dieu le donnera,

* Luc, X, 35. — « Ovid., Pont. Uv.,i, élég. 10. — » Cor.,

jv, 10. La Vulgate porte : Ahwffantius illis omnibus

laboravi. — * 1 Cor, ni, 8. — » II Cor., Xi, 23.

s'il le veut, et non vous. Que si, par hasard, il ne le veut pas, vous n'y aurez rien perdu : car l'Écriture dit : Dieu récompensera les travaux de ses saints^. Le prix du travail est assuré, et nul mauvais succès ne peut vous en priver : j'ose le dire sans trop présumer de la puissance et de la bonté divines. Je sais bien que ce peuple a endurci son cœur ; mais Dieu peut, de ces pierres mêmes, susciter des enfants à Abraham^, Qui sait s'il ne retournera pas en arrière et ne par^ donnera pas ', s'il ne les convertira point et ne les guérira point? Mais loin de moi la pensée de dicter à Dieu ce qu'il doit faire : puiçsé-je vous amener vous-même à faire ce qu'il faut, et à le faire comme il fauti

3. Je touche, il est vrai, un point délicat, et j'entame une discussion épineuse. Car, dès que je commencerai de dire ce que je pense, je vois assez ce qui me menace : on va crier à la nou-, veauté, ne pouvant pas crier à l'injustice. Pour moi, je n'accorderai pas même qu'il y ait ici rien de nouveau : car je sais que la chose dont il s'agit a été jadis en usage, et que, par con-, séquent, elle a pu tomber en désuétude, sans qu'il soit permis désormais de la donner pour une innovation. Or, quelqu'un osera-t-il nier qu'il faille qualifier d'usage ce qui, de science certaine, s'est non-seulement pratiqué autrefois, mais pratiqué à chaque instant, pendant un temps assez considérable ? Je vais dire, enfin, de quoi je veux parler; mais ce sera en pure perte. Pourquoi? Parce que cela déplaira à vos hauts et puissants seigneurs, qui font plus volontiers leur cour au trône qu'à la vérité.

Il y eut avant vous des hommes qui se dévouaient tout entiers au soin de paître leur troupeau, se glorifiant des fonctions et du titre de pasteur, ne regardant comme indigne d'eux que ce qu'ils réputaient contraire au salut de leurs brebis, ne cherchant point leurs intérêts, mais en faisant le sacrifice. Ils sacrifièrent également et leurs peines, et leurs biens, et leur personne. Ce qui a fait dire à l'un d'eux : Je me sacrifierai moi-même^ après tout le reste^ pour le salut de vos âmes^. Et, comme s'ils eussent dit: Nous ne sommes pas venus pour être servis, mais pour servir*^ ils annonçaient, toutes les fois qu'il le fallait, l'Évangile sans aucune rétribution. Le seul profit, la seule gloire, le seul bonheur qu'ils attendaient de ceux qui leur étaient soumis, c'était de les rendre, autant qu'il était en eux, un peuple parfait aux yeux du Seigneur •.

1 Sag.. X, n. — * Matth., m, 9. — * Joël, ii, 14. — * Il Cor., XII, 15. — » Marc, x. 45. — • Luc, i, 17.

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C'était là le but de tous leurs efforts ; c'était pour cela qu'ils brisaient leur corps et leur âme, qu'ils supportaient le travail et la misère, la faim et la soif, le froid et la nudité.

4. A l'heure qu'il est, où règne, je vous prie, un tel u^ge? Un autre, bien différent. Ta remplacé ; les vues sont tout à fait changées ; et plût à Dieu que ce ne fût pas en empirant I Toutefois, les soins, les soucis, le zèle, la sollicitude, sont encore les mêmes, je l'avoue : ils ont changé d'objet, sans s'affaiblir. Je dois vous rendre ce témoignage, que vous ne ménagez pas plus, même les biens de la fortune, qu'on ne le faisait autrefois. Mais c'est dans l'emploi qu'on en fait, que consiste la différence. Quel étrange abus en résulte I Peu de personnes sont attentives à la voix du législateur, tous jettent les yeux sur ses mains. Et certes, ce n'est point à tort : car c'est d'elles seules que dépendent toutes les affaires de la Papauté. Qui pourriezvous me citer, parmi les habitants de cette ville immense, qui ait salué votre exaltation, sans être gagné par l'argent ou par l'espoir d'en obtenir? Aussi ne sont- ils jamais si disposés à dominer, que lorsqu'ils ont promis de servir en esclaves. Us protestent de leur fidélité pour perdre plus facilement celui qui leur donne sa confiance. Dès lors, vous ne formerez point de dessein d'où ils pensent devoir être exclus, vous n'aurez point de secret où ils ne prétendent s'ingérer. Quelqu'un de ces intrigants se présente-t-il à votre porte ; pour peu que l'huissier le retarde, je ne voudrais pas être à la place de ce pauvre malheureux.

Jugez maintenant sur ce peu de mots, si je ne connais pas assez bien, moi aussi, l^s mœurs de ceux qui vous entourent. Ils sont avant tout fort habiles à faire le mal; mais pour le bien, ils en sont incapables. Également odieux à la terre et au. ciel, ils ne respectent ni l'un ni l'autre : impies envers Dieu, contempteurs des choses saintes, divisés entre eux , jaloux de leurs voisins, sans pitié pour les étrangers; comme ils n'aiment personne, personne ne les aime; et, parce qu'ils veulent être craints de tous, il faut qu'ils craignent tout le monde. Les voilà, ces hommes qui ne veulent point obéir et qui ne savent pas commander ; infidèles à leurs supérieurs, insupportables à leurs inférieurs; ces hommes sans pudeur pour demander, d'un front d'airain pour refuser ; ces hommes, importuns quand ils veulent obtenir, sans repos jusqu'à ce qu'ils obtiennent, ingrats quand ils ont obtenu. Ils ont dressé leur langue à débiter de grands mots, pendant

qu'ils font de petites choses : généreux pour promettre et avares pour tenir ; flatteurs insinuants et détracteurs impitoyables; aussi pleins de candeur pour feindre, que de malice pour trahir.

J'ai prolongé jusqu'ici cette excursion, persuadé que je devais, sur ce point, vous entretenir plus au long et en termes plus exprès de ce qui entoure votre personne.

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