LETTRE CCCXXXI
(Ëciite l'an 1140.)
A ÊTlSimt) CUftDlNAL ET ÉYÉQUB DE PAtESTBlNB.
Sur le même stijeU
A BonTénérable seigneur et trcscherpèrc, à Etienne par la grâce de Dieu évoque de Paleslrinc^ le frère Bernard, abbé de Clairvaux : quMl agisse aTec courage et s*alTerniisse dans le Seigneur.
Je TOtiâ expose ayeû d*aiitant plue d'abandon les angoisses et les gémissements de rEpouse du Christ, que Je sais que voue êtes un ami de TEpoux. Si je connais bien yos dispositions in* térieures, Dieu me donne en tous cette con* Bance, que tous ne cherchez pas vos intéi'éts, mais ceux de Jésus-Christ. Pierre Abeiiard est le persécuteur de la foi catholique, l'ennemi de la croix du Christ ; sa vie et sa conduite le prouvent, ainsi que ses livres, qui maintenant sortent des ténèbres au grand jour. Moine au*debors, hérétique au^dedans , il n'a rien du religieux que le nom et l'habit. Il ouvre les tomes comblées et les vieilles citernes de l'hérè* sie pour y faire tomber le bcnuf et râne« Depuis longtemps, il avait gardé le silence \ mais pendant qu'il se taisait en Bretagne, il était rongé par la douleur, et maintenant il est venu en France concevoir l'iniquité. Ce serpent tortueux est sorti de sa caverne et, comme Thydre dont on a coupé la tête, il en présente sept pour une. On a retranché à Soissons une de ses hérésies ; mais, au lieu d'une, nous en avons vu surgir sept et plus, dont nous avons eu et dont nous vous avons envoyé l'exposé. S'adressant à des auditeurs jeunes et inexpérimentés, sevrés des mamelles de la dialectique, et qui, pour ainsi parler, peuvent à peine supporter les premiers éléments delà foi, il les introduit dans le mystère de la sainte Trinité, dans le Saint des saints, dans la chambre du Roi, auprès de Celui qui a placé dans les ténèbres sa demeure secrète. Enfin notre théologien place, comme Arius, une hiérarchie et des degrés dans la Trinité ; comme Pelage, il met le libre-arbitre au-dessus de la grâce; comme Mestorius, il divise le Christ, et exclut son humanité de la compagnie des trois Personnes divines. Parcourant ainsi presque tous les sacrements, il va hardiment d'une extrémité à l'autre et dépose tout d'une manière abomi- ' nable. En outre, it se glorifie d'avoir infecté la Cour de Rome du venin de sa nouveauté, d'avoir mis ses livres dans les mains, ses doc^ trioes dans le cœur des Romains* et il ehoisii,
pour protéger son errettri ceux qui doivent la juger et la condamner. Que Dieu veille à ce que son Église, pour laquelle il est mort, paraisse un jour devant lui sans rides ni taches, et que l'on condamne à un éternel silence un bomme dont la. bouche est pleine de malédiction, d'amertume et de mensonge*