‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 141 sur 385 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

IL APPLIQUE A LA PERSONNE DE léSDS-CHRIST LA PARABOLE QUI EST DANS SAINT MATTHIEU, DES TROIS MESURES DE FARINE.

22. lly a plus : ces trois mesures de farine de l'Évangile', mêlées et fermentées pour faire un même pain, si quelqu'un prétendait qu'elles ont rapport aux trois essences dont je viens de parler, je ne verrais rien d'inexact dans ce rapprochement.Ohl que la femme les avait bien fait fermenter ensemble, puisque, même après la séparation de l'âme et du corps, le Verbe ne fut séparé ni du corps ni de l'âme 1 Jusque dans la division même, l'unité demeura indivisible. La séparation survenue dans une partie des essences ne put rien sur l'unité, qui fut permanente dans toutes les trois. Que deux d'entre elles fussent unies ou séparées, l'unité de personne n'en continua pas moins dans les trois. Un même Jésus-Christ, une même personne, Verbe, âme et chair en même temps, conserva toujours sa durée, même après que l'homnie fut mort.

Ce fut dans le sein de la Vierge qu'eurent lieu, suivant mon sentiment, ce mélange et cette fermentation; et voilà précisément la femme par qui s'accomplit l'un et l'autre. Car peut-être ne dirais-je pas sans raison que le levain fut la foi de Marie. Bienheureuse^ en effet, d*avoir cru ; puisque en elle furent accomplies les paroles que lui avait adressées le Seigneur^!

* Rom., I, 4.— « Marc, i, 7; Luc, m, 16.— »MaUh.,xiii, 33 ; Luc* xiil, 21. — ^ Luc, i, 45.

Hais elles ne se fussent point accomplies, si la masse entière n'eût reçu le levain, selon la parole du Seigneur, et ne l'eût reçu pour toujours; nous conservant ainsi, également un et entier soit dans sa mort soit dans sa vie, le Médiateur entre Dieu et les hommes, homme lui-même sans cesser d'être Dieu, le Christ notre Sauveur.

23. Il esta remarquer qu'on trouve, dans cet admirable mystère, en nombre égal avec nos mesures de farine, les degrés d'une distinction aussi frappante qu'elle est juste, le nouveau^ ïancien^ Vétemel : le noMe;cati, c'est-à-dire l'âme, que nous croyons avoir été créée de rien, au moment même où elle fut donnée; Vancien^ c'est-à-dire la chair, que nous savons être provenue, par transmission, du premier homme, ou d'Adam; IVVeme/, c'est-à-dire le Verbe, que nous afflrmons avec certitude et vérité avoir été engendré par son Père éternel et être éternel comme lui. Et là se découvre à vos yeux,' si vous voulez être attentif, une triple manifestation de la divine puissance : elle a fait de rien quelque chose; de l'ancien, le nouveau; l'éternel et le bienheureux, de ce qui était déjà condamné et frappé de mort.

Que fait tout cela pour notre salut? Beaucoup, et sous tous les rapports. D'abord, réduits au néant par le péché, nous avons été par là créés en quelque sorte une seconde fois, pour devenir à Végard de Dieu comme les prémices de ses créatures * ; de plus , nous sommes passés de l'antique servitude à la liberté des enfants de Dieu, et nous marchons dans une voie nouvelle, celle de l'esprit ; enfin, nous avons été appelés de l'empire des ténèbres au royaume de la lumière éternelle, où déjà Dieu nous a fait prendre place en la personne de JésuS'Christ '.

Loin de nous ces hardis sectaires qui voudraient représenter la chair de Jésus-Christ comme étrangère à la nôtre, affirmant dans leur impiété qu'elle fut nouvellement créée dans le sein de la Vierge, et non prise de la Vierge elle-même 1 Bien longtemps avant eux, l'esprit du Prophète avait, en termes magnifiques, repoussé cette assertion, ou plutôt ce blasphème des impies, lorsqu'il disait : t/n rameau sortira de la racine de Jessé^ et une fleur s'élèvera sur cette même racine *. 11 pouvait dire: Et une fleur s^élèvera sur ce rameau ; mais il a mieux aimé dire : sur la racine^ pour faire voir que d'où provenait le rameau, de là sortait aussi la fleur. De là, par conséquent, la chdir

• Jacques, I, 18. — *Épliés., lï, 6. — • Isaïe, xr, !•

DE LA CONSIDÉRATION. — LIVRE CINQUIÈME

a été prise, d*où la Vierge avait pris naissance ; et celte chair ne pouvait être nouvellement formée dans le sein de la Vierge, puisqu'elle provenait de sa propre racine.

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