CHAPITRE IX. m MÊME qu'en dieu il n'y a qu'uni «tmm
NATUBE DANS TROIS PERSONNES, AINSI EN J^SUS- CHRIST, AU CONTRAIRE, PLUSIEURS NATURES S'U- NISSENT POUR NE FAIRE QU'UNE SEULE PERSONNE.
20. Je pense de même, je l'avoue, de cette unité à laquelle, après la précédente, j'ai assigné la seconde place d'honneur entre toutes les autres. Je dis donc qu'en Jésus-Christ, le Terbe, l'âme et la chair, sans confondre leurs essences, ne sont qu'une seule personne; et aussi, que, sans porter atteinte à cette unité de personne, ils n'en conservent pas moins leur pluralité. Je ne disconviendrai pas, d'ailleurs, que cette espèce d'unité n'ait quelque rapport avec celle par laquelle un homme est à la fois âme et chair. Il convenait, en effet, qu'un mystère accompli pour le salut de l'homme eût avec la constitution de l'homme une sorte d'affinité et de ressemblance ; il convenait également qu'il ressemUât en même temps à cette suprême unité qui est en Dieu et qui est Dieu lui-même; de telle sorte que, comme là trois personnes ne sont qu'une seule essence, de même ici, par une opposition harmonieuse, trois essences ne font qu'une seule personne.
Comprenez- vous combien cette unité se trouve admirablement placée entre les deux autres; et cela, dans la personne de Celui qui fut établi médiateur entre Dieu et l'homme, lequel est Jésus Ch rist Homme-Dieu? C'est ici, dis-je, un rapport admirable, que le mystère du salut, par une sorte de conformité et de ressemblance, corresponde à l'un et à l'autre: et à celui qui sauve, et à celui qui est sauvé. Ainsi cette unité, tenant le milieu entre deux unités différentes, fait voir assez par là qu'elle le cède à l'une et qu'elle l'emporte sur l'autre; autant au-dessus de l'inférieure, qu'elle est au-dessous de la supérieure.
21. Enfin, elle est si grande, elle est si manifeste, la force d'union que présente cette personne, en laquelle un seul Jésus-Christ est Dieu et homme tout ensemble, que vous ne commettrez point d'erreur en substituant réciproquement ces deux expressions Tune à l'autrç, c'est-à-dire en donnant à l'homme la dénomination de Dieu^ et à Dieu la dénomination d'homme ; ce qui est aussi exact que catholique. Mais vous n'employez pas de même, à moins d'être complètement absurde, ou le mot chair en parlant de l'âme, ou le mot âme en parlant de la chair ; bien que, d'une manière
DE LA œNSIDËRATION. — LIVRE CINQUIÈME.
semblable, un homme soit âme et chair tout à la fois.
Et il ne faut pas s'étonner^ s'il n'est pas autant au pouvoir de Tâme de s'unir étroitement la chair par cette action vitale (si puissante, d'ailleurs] qui lui est propre, et de se l'attacher par ses affections , qu'il fut au pouvoir de la divinité de s'unir cet homme, qui avait été prédestiné Fils de Dieu^ comme l'attestaient ses mi" racles K C'est une chaîne bien longue et bien forte pour unir, que la prédestination divine ; car elle est formée de toute éternité. Et quoi de plus long que l'éternité? quoi de plus puissant que la divinité ? Aussi arriva-t-il que la mort elle-même ne put en aucune manière rompre cette unité, encore que l'âme et le corps fussent séparés l'un de l'autre. Et c'est peut-être à quoi pensait le Précurseur lorsque, en parlant du Fils de Thomme, il se déclarait indigne de délier les cordons de sa chaussure *•