‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 179 sur 385 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

IL s'élève avec véhémemge contre la dissolution ET les abominables DÉRÈGLEMENTS DES CLERCS.

72. Je n'accuse pas tout le inonde ; mais je ne puis, non plus, excuser tout le monde. Le Seigneur s'est heureusement réservé des milliers dé ministres fidèles ': car si leur innocence ne nous servait d'excuse, et si le Dieu des armées n'eût laissé parmi nous cette semence sainte, îl y a déjà longtemps que nous eussions été détruits comme Sodome, que nous eussions péri comme Gomorrhe. L'Eglise, il est vrai, a élargi ses tentes sur la terre ; l'ordre saint du clergé a vu aussi grossir ses rangs ; et le nombre de nos frères s'est multiplié sans mesure : mais, Seigneur, en multipliant votre peuple, vous n'avez point ajouté à votre gloire* ; puisque ce qu'il gagnait en nombre, il semblait le perdre en vertus.

73. On accourt en foule et à Taveugle pour entrer dans les ordres sacrés ; et cet auguste ministère que redouteraient les Anges euxmêmes, des hommes l'assument sur leur tête, sans respect, sans réflexion. Car on ne craint pas, en effet, d'être marqué du sceau de l'autorité divine, ou même de porter au front la couronne, symbole de cette autorité suprême, tandis qu'on est sujet de l'avarice, vassal de' l'ambition, esclave de l'orgueil, et même sectateur servile de l'injustice ou de la volupté ; tandis qu'on recèle peut-être dans son cœur des mystères d'abomination dont nous serions épouvantés, si, comme il est écrit dans Ézéchiel % nous voulions percer la muraille, pour être témoins des horreurs qui souillent la maison de Dieu. Sans parler des fornications, des adultères, des incestes, les goûts pervers de quelques-uns descendent jusqu'à l'ignominie * et aux plus sales turpitudes. Et plût au ciel qu'ils ne commissent pas des crimes tellement détestables qu'il fût interdit par la décence % et à l'Apôtre d'en tracer le nom, et a moi de le prononcer I Plût au ciel qu'on ne consentît même pas à croire sur notre jiarole que d'aussi abominables passions fussent jamais entrées dans le cœur de l'homme l

74. N'est-il pas vrai qu'autrefois ces villes criminelles, berceau d'un désordre si révoltant, furent frappées d'avance des jugements de Dieu, et dévorées par l'incendie? N'est-il pas

* Rom , XI, 4. — « Isaïc, ix, 3. — > Éiéch., viii, 8. — * Rom. I, 26 et suiv. — » Ibid,

vrai que les feux de l'enfer, ne pouvant plus différer leur vengeance, s'empressèrent d'anéantir cette exécrable nation, dont les forfaits aussi éclatants que le jour avaient hâté l'arrêt suprême? N'est-il pas vrai que le sol lui-même, complice de tels attentats, fut ravagé par le feu, par le soufre, et par le vent furieux des tempêtes? N'est-il pas vrai que la contrée entière fut changée en un lac affreux ?

75. Les cinq têtes de l'hydre furent donc abattues : mais, hélas ! combien d'autres se sont dressées depuis 1 Quelle main a relevé ces cités coupables? a élargi l'enceinte de leurs murs infâmes? a propagé au loin les germes de la contagion ? Malheur 1 malheur 1 l'ennemi du genre humain a dispersé de toutes parts les funestes débris de ce vaste incendie, il a répandu jusque sur TÉglise ces cendres exécrables, et a couvert certains de ses ministres des flots impurs du plus détestable poison. Héla5 1 race choisie, sacerdoce royal, nation sainte, peuple d'adoption * 1 qui donc, lors de ta naissance toute divine, quand les dons de l'esprit de grâce inondaient le berceau de la religion du Christ, qui donc eût osé croire qu€ tu serais un jour flétri de pareilles souillures?

76. Cependant, c'est avec cette tache horrible qu'ils entrent dans le tabernacle du Dieu vivant; c'est avec cette tache qu'ils habitent le temple, profanant les sacrés mystères, et provoquant à la fois la justice divine par les forfaits dont leur conscience est chargée, et par l'audace avec laquelle ils se présentent néanmoins dans le sanctuaire de Dieu. N'en doutons pas, de tels ministres, bien loin de fléchir le Seigneur, ne font qu'irriter sa colère, car ils semblent dire dans leur cœur: il ne recherchera point nos crimes*. Oui certainement, ils l'irritent, et attirent sur eux son courroux, peut-être par les actes mêmes qui avaient pour objet de le rendre propice.

77. Plût à Dieu donc qu'avant d'élever l'édiflce, ils commençasssent par s'asseoir, |K)ur examiner si leurs ressources leur permettront de l'achever! Plût à Dieu que ceux qui se méfient de leur vertu n'eussent pas la témérité de se vouer à la perfection, et de se faire inscrire dans la tribu des vierges 1 Et vraiment, il s'agit ici d'un édifice qui ne s'élève qu'à grands frais ', il s'agit d'un engagement dont tout le monde ne peut comprendre l'étendue. Il vaudrait mieux, sans aucun doute, se ma* ricr que de brûler*, et faire son salut dans les

« 1 Pierre, ii, 9. — « Pg. ix, 33, — • Luc. xiv, 28. — *1 Cor.,v.l, 7

ou LIVRE DE LA CONVERSION.

rangs des simples fidèles, que de briguer l'honneur du sacerdoce, pour y mener une vie criminelle, et trouver un jugement plus rigoureux. En effet, il y en a beaucoup, ce n'est pas tous, sans doute, mais enfin il y en a beaucoup, la chose est sûre (car ils ne peuvent se cach3r, tant ils sont nombreux, et ils n'y songent guère, tant ils sont éhontés), oui, il y en a beaucoup pour lesquels cette liberté sainte que leur laisse le sacerdoce, semble être une occasion de se livrer au crime, et qui, renonçant au remède que leur offrait le mariage, ne craignent pas de se livrer ensuite aux plus affreux débordements.

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