CHAPITRE XIX
IL BLAME SÉVÈREMENT LES AMBITIEUX, QUI ONT LA TÉMÉRITÉ DE S'iMMISCER , SANS EN ÊTRE DIGNES, DANS LES FONCTIONS DE l'ÉGLISE.
66. Mes cners enfants, qui vous persuadera de fuir la colère à venir •? Nul, en effet, n'Ai est plus digne, qu'un ennemi qui prend les dehors de l'ami. Eh quoi. Judas, tu trahis le Fils de l'homme par un baiser: toi que je traitais comme un frère, qui prenais tes rejias avec moi, qui partageais ma nourriture 1 Non, tu n'as point part à cette prière que le divin Sauveur adresse à son Père, en lui disant : Mon
• Luc, XXI, 19. — * Rom., vm, 17. — »Jean, xii, 26.— * U Cor., Il, 1 et â — » Luc, ni, 7.
ou LIVRE DE LA CONVERSION.
Père^ pardonnez-leur^ car ils ne savent ce quiU font «. Malheur à vous, qui tous .attribuez la cLef non-seulement de la science, mais même de l'autorité; si bien que, sans entrer vousmêmes, vous arrêtez par mille obstacles ceux que vous deviez introduire 1 Car vous vous emparez des clefs, sans attendre qu'on vous les donne. Et c'est de vous que se plaint le Seigneur par la bouche de son Prophète : Ils ont régnée mais non par moi ; Us ont eu le titre de princes^ mais je ne les ai point appelés '.
67. D'où vient donc une pareille ardeur de dominer? D'où vient une ambition si effrontée? D'où vient une si folle présomption ? Est-il quelqu'un parmi vous qui montrât assez peu d*égard au plus petit roi de la terre, pour oser, sans son ordre, ou même contre sa défense, s'ingérer dans son gouvernement , s'emparer de ses revenus, et diriger ses affaires? Ne pensez pas, non plus, que Dieu approuve le mal qu'il supporte tous les jours, dans le gouvernement de son Église, de la part de ces vases de colère destinés à la perdition. On y vient en foule, sans doute ; mais voyez quels sont ceux que le Seigneur appelle. Et remarquez ici l'ordre des pensées dans le discours du divin Blaitre : Bienheureux^ dit-il, ceux qui ont le cœur pur^ parce qu'ils verront Dieu^\eX ensuite : Bienheureux les hommes pacifiques, parce qu'ils seront appelés les fils de Dieu *.
G8. Or, le Père céleste appelle hommes au cœur pur, ceux qui ne cherchent point leurs intérêts, mais les intérêts de Jésus-Christ ; qui ne demandent point ce qui leur est utile, mais ce qui est utile à tous. Pierre, dit le Sauveur du monde, m'aimez-vous? — Maître, répond l'Apôtre, vous savez que je vous aime. — Et Jésus lui dit : Paissez mes brebis '. Et comment aurait-il jamais confié des brebis si tendrement aimées à celui qui n'eût point aimé ? Vous le savez, ce qu'on exige de la part d'un intendant, c'est une fidélité éprouvée. Malheur aux ministres infidèles, qui, sans être réconciliés eux-mêmes, se chargent du soin difficile de réconcilier leurs frères, comme pourraient faire des hommes qui auraient accompli la justice I Malheur à ces enfants de colère, qui s'érigent en ministres de miséricorde I Malheur à ces enfants de colère, qui ne rougissent pas d'usurper pour eux-mêmes le rang et le titre des hommes pacifiques 1 Malheur à ces enfants de colère, qui, pour s'engraisser des péchés du peuple, se déguisent effrontément en fidèles
* Luc, XXIII, 34. — * 0?éc, vni, 4. — ' Mallh., v, 8. — ^Ibùt., V, 9.— » Jean, xxi, 15, tGetl7.
médiateurs de paixl Malheur à ces hommes, qui, vivant dans la chair, ne sauraient être agréables à Dieu, et prétendent le rendre favorable à leurs frères 1 ^
69. Nous ne sommes pas étonnés, mes Frères, nous tous qui gémissons sur l'état actuel de l'Église, nous ne sommes pas étonnés que de la race du serpent il sorte un basilic '. Nous ne sommes pas étonnés de voir la vigne du Seigneur vendangée par des hommes, qui s'éloignent des voies qu'a tracées le Seigneur. Ainsi, l'on voit le rang des pacifiques^ la place des enfants de Dieu, effrontément usurpés par tel homme qui n'aura pas même entendu la première parole du Seigneur l'invitant à rentrer en lui-même ; ou qui, s'il a jamais commencé de l'entendre, a fui, pour aller, comme Adam, se cacher sous d'épais feuillages.
70. En conséquence, il n'a pas, jusqu'à présent, cessé de se livrer au crime; mais maintenant encore il traîne son lien : il n'a pas Jusqu'à ce jour, ouvert les yeux sur son indigence • ; mais il dit, je suis riche, et je n'ai besoin de rien, tandis qu'il est pauvre, nu, malheureux, et misérable '. Il ne possède point cet esprit de douceur, à l'aide duquel il pourrait éclairer ceux qui sont déjà tombés en faute, tout en se surveillant lui-même pour ne pas tomber à son tour. Étranger aux larmes de la pénitence, il s'applaudit plutôt pour le mal qu'il a fait, et il tire vanité des choses les plus criminelles. N'en soyons pas surpris, car il est un de ceux à qui le Seigneur a dit: Malheur à vous qui riez maintenant, parce que vous pleurerez un jour *.
7i .11 désire l'argent, et non la justice. Ses yeux sont toujours attachés sur ce qui est plus élevé que lui. Il est sans cesse affamé de dignités, et altéré de gloire humaine. Chez lui nulle disposition à la piété et à l'indulgence: sa joie est plutôt de sévir et de se conduire en tyran. Il n'apprécie la piété que par les profits qu'elle donne. Que dire de la pureté de son cœur? Plût à Dieu qu'il n'eût pas déjà complètement oublié son cœur lui même, comme si cette partie avait cessé de vivre en lui 1 Plût à Dieu qu'il ne fût pas, suivant l'expression du Prophète, tel que la colombe séduite, qui ne possède plus son cœur^. Plût à Dieu qu'au moins son extérieur fût pur, et qu'on ne remarquât point dos i'iches sur les vêtements qui le couvrent; afin qu'à cet égard du moins, il obéit au précepte divin : Purifiez-vous, vous qui vortez les vases du Seigneur • /
* Isaîe, XIV, 29. — « Jérém , m. 1.— • Apocal., m, 17. — * Luc, VI, 25. — » Osée, vu, il.— » Isale lii, 11.
SERMON