‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 183 sur 385 · LIVRE DE LA CONVERSION · texte numérisé non relu

LIVRE DE LA CONVERSION

paix, mais ceux qui rétablissent sur la terre, que Jésus-Christ appelle bienheureux. Et plût à Dieu, pourtant, que tous ceux qui parmi nous aujourd'hui semblent être de vrais pharisiens (si même certains ne le sont pas), tout en ne faisant point ce qu'il faut faire, disent du moins ce qu'il faut dire ! Plût à Dieu que ceux qui refusent de prêcher l'Évangile à moins d'un salaire assuré, consentissent à le prêcher, même moyennant un salaire I Plût à Dieu qu'ils évangélisassent, fût-ce uniquequement pour subsister I Le mercenaire^ a dit Jésus-Christ, voit venir le loup^ et il prend la fuite ^. Plût à Dieu qu'aujourd'hui tous ceux qui ne sont pas de vrais pasteurs, voulussent être, pour le troupeau, des mercenaires, et non des loups ! Plût à Dieu qu'ils ne fussent pas les premiers à lui nuire I Plût à Dieu qu'on ne les vit point fuir quand personne ne songe à les persécuter I Plût à Dieu qu'ils n'abandonnassent pas leur troupeau avant d'avoir vu paraître le loup I (]ar enfin, on les excuserait peut-être si on les voyait, surtout quand rien n'est en péril, percevoir exactement leur salaire, mais du moins veiller pour ce prix à la sûreté du troupeau, au lieu de le troubler eux-mêmes, et de l'écarter par plaisir des pâturages de la vérité et de la justice. 83. Il est certain, en effet, que la persécution est une épreuve décisive pour distinguer et séparer les vrais pasteurs des mercenaires. Comment ne serait-on pas sensible à la crainte des pertes temporelles, alors qu'on est dans l'habitude de rechercher des profits temporels? Comment serait-on prêt à souffrir sur la terre persécution pour la justice quand on estime les trésors de la terre bien plus que la justice même ? Bien/uureux^ dit le divin Maître, ceux qui souffrent persécution pour la justice^ parce que le royaume des deux leur appartient*, C'est aux pasteurs qu'est réservée cette béatitude, et nullement aux mercenaires, bien moi ns encore aux voleurs ou aux loups. Tant s'en faut vraiment que ceux-ci consentent à être persécutés pour la justice, qu'ils éprouveraient plus de peine

« Jean. X, 12. — * Matth., v, 10.

à voir triompher la justice, qu'à subir la persécution. En effet, la justice condamne leurs œuvres, et ils ne peuvent souffrir même d'en entendre prononcer le nom. Mais s'il s'agissait, au contraire, des intérêts de l'avarice ou de ceux de l'ambition, vous les trouveriez disposés à courir tous les dangers, à susciter tous les scandales, à supporter toutes les haines, à dévorer tous les affronts, à dédaigner tous les sarcasmes : en sorte que l'audace dont ils sont animés n'est pas moins funeste au troupeau que la poltronnerie des mercenaires.

84. Voici donc ce que dit aux véritables pasteurs Celui qui est leur pasteur, ce bon pasteur, quin'eut aucun regretdedonner sa vie pour ses brebis . Vous serez bienheureux quand les hommes vous haïront^ quHls ne voudront pas vous souffrir auprès d'eux, et qu'ils proscriront votre nom comme maudit, à l'occasion du Fils de rhomme. Réjouissez-vous alors ^ et tressaillez de joie ^ car une magnifique récompeytse vous est réservée dans le aW*. Non, sans doute, ils n'ont rien à craindre des voleurs ceux qui ont mis dans le ciel leur trésor. Us ne sauraient être rebutés par le nombre des épreuves, en voyant croître en même temps le nombre des récompenses. Que dis je? qu'ils se réjouissent plutôt, comme ils en ont bien le sujet, de voir augmenter moins encore les peines qu'ils endurent que le prix qu'ils attendent ; et qu'ils ressentent d'autant plus d'allégresse, qu'ils ont plus à souffrir pour Jésus-Christ, afin que, de la sorte, il leur accorde un jour un plus riche salaire. Que craignez-vous, hommes de peu de foi ? C'est une infaillible maxime, fondée sur la vérité éternelle, que nulle adversité ne peut nuire à qui n^ est dominé par nulle iniquité* . Mais c'est trop peu de ne pas nuire : elles seront encore utiles, et même infiniment utiles, si l'on a pour but la justice, et pour motif le Christ Sauveur, auprès duquel les souffrances du pauvre doivent porter un jour leur fruit *. Qu'à lui soit la gloire, aujourd'hui et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

» Luc, VI, 22 et 23. — « Prière do TÉglise, au prenaicr veodredi de Carême. — > Ps. ix, 19..

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