‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 2 sur 385 · ABBÉ DE CLAIRVAUX · texte numérisé non relu

ABBÉ DE CLAIRVAUX

Les Lettres qut suivent rfont été jointes à la collection primitive que postérieurement à la mort de S. Bernard. Elles ont été retrouvées à diverses époques et leur nombre s!*est accru successivement. C'est ainsi que notre édition en contient plusieurs qui sont en-tièrement nouvelles et qui manquent dans les éditions latines les plus complètes et les plus récentes.

LÈTTRE*CCCXF/

(Ecrite Tenraoll25.)r AD CHANCELIER HAIMERIC.

Os blAmtnt nremeiit des eoTieux qui eornbatUieot les [neiix efforts de qoelqnes tDtres personnes; ils excitent Baimerie à prendre^ qaaad rooeasion s'en présente, on soin attentif da bien poblic.

A rniastre seigneur Haimeric, chancelier du SainU Siège de Rome, Hugues, abbé de Pontigny, et Bernard, de Glairvaux : qu'il se conduise comme il le doit dans la maison du Seigneur.

i. Ce que les époques poursuivent, le Christ, suîTant nous, Taccomplit, et leur cause est celle de Dieu même. Ainsi, que tout homme qui est de Dieu se joigne à eux, et si quelqu'un 8^y refuse, qu'il écoute cette parole du Seigneur: Celui qui ri est pas avec moi est contre moi^. Mais, plutôt, qu*il se rende au précepte de l'Apôtre : N* éteignez pas l'esprit * ; ou alors, qu'il s^entende dire comme aux Juifs : Vous résistez toujours au Saint-Esprit '; et, d'après le Prophète : Malheur à vous, qui appelez bien le mal y et mal le bien ^ ; malheur à ceux qui se réjouissent quand ils ont mal fait, et qui triom-

> Mattb., XII, 30. -- * 1 Thess., v, 19. — * Act., vu, 51. — ^ Isai., Y, 20.

S. Berm. — Tous IL

fXmt dans les choses les plus mauvaises ^ . Ils ne pourront pas se réjouir en même temps des bonnes,et la même bouche ne pourra pas à la fois donner des éloges au juste pour sa justice, etau pécheur pour les d^irs de son ftme. Cependant, pourquoi s'étonner que le bien, qui est pour les bons tin parfum de vici produise chez ceux qui sont tout autres un effet contraire ? Car l'Auteur même et la Source du bien est né pour la ruine et la résurrection d'un grand nombre, et il est aujourd'hui en butte à la contradiction*. Encore à présent, le Sauveur est une pierre d'achoppemeût et de scandale *, quoiqu'il ne manque pas d'hommes pour dire d'un cœur joyeux : C est lui notre paix ^ M qui desdeuxpeuplesrienafaitqu'un^.OryCommetït l'homme, en qui la Paix engendre le scandale, sera-t-il pacifié? Comment celui pour qui le Salut lui-même est la damnation, sera-t-il sauvé? Il est écrit: La gloire et les richesses sont dans sa maison ' : dans la maison de l'homme juste, sans nul doute? mais le Prophète montre ensuite de quelle gloire et de quelles richesses il parle. Sa justice^ dit-il, demeure dans tous les siècles des siècles *. Et, en réalité, il n'y a pas de si grande gloire, il n'y a pas de si grandes richesses, que la justice qui réside

* Pfof., n, 14.

^ Ephes , II, 14. -

— « Luc, ir, 34. — • Isai., viii, 14.

- » Ps. CXI, 3. — « /6m/.

lians la conscience de rhonime juste. Hais que perd l'impie? Si Paul se glorifie des richesses de son cœur en disant : Voilà noire gloire^ c'est le témoignage de notre conscience ', qui en souffrira? Cependant le Prophète ajoute: Le pécheur le verra, et il s^inntera *. Quel excès de malice 1 Ces richesses sont-elles semblables aux biens de la terre, et, pour celles-là comme pour ceux-ci , l'abondance de Tun fait-elle I indigence de l'autre? Pourquoi donc vous irritez-vous, puisque vous ne perdez rien? Bien plus, pourquoi enviez-vous aux justes des biens que vous ne vous souciez pas d'acquérir pour vous-même ? Ainsi fait le chien, qui, selon une expression vulgaire, défend le foin qu'il ne mange pas. Mais vous aurez beau grincer des dents et sécher d'envie, ce qui vient de Dieu ne pourra jamais être perdu ; et, que vous le vouliez ou non, les justes le verront et seront dans la joie, et les méchants de- .vront fermer la bouche.

2: Mais ces paroles s'adressent à ceux qu'on peut soupçonner. Pour vous, nous vous disons : Voici le bénéfice devant vous, prépare» votre talent. Que fera-t-il, en efTet. caché dans un linge, puisqu'il doit un jour vous être redemandé avec l'intérêt? Pourquoi négligeonsnous de travailler, tandis que nous en avons le temps? Sans doute, en raison de vos fonctions, il vous est toujours facile de vous appliquer à recueillir les bénéfices de la piété; mais c'est surtout dans les circonstances i>résentes, qu'un gain plus abondant est offert à votre sainte avarice ; seulement, ne négligez pas de produire au grand jour l'argent du Seigneur que vous avez reçu dans ce but. Autrement, si la sagesse est cachée, et que le trésor ne soit pas visible, quel fruit tirera-t-il de Tune et de l'autre •? Enfin, si véritablement, non-seulement votre devoir, mais encore, comme on le dit,votre inclination vous poussent à faire du bien à tout le monde, vous devez surtout en faire aux serviteurs de la foi. Bien que ce soit là un précepte général promulgué pour tout le monde par l'Apôtre *, cependant, nous osons en réclamer spécialement de vous l'extension, comme un devoir particulier de votre place et de votre ministère. A moins que, par hazard, ce que nous ne pensons pas, vous n'aimieî mieux occuper la place qu'honorer le ministère. Comme il ne se fait presque aucun bien dans l'univers qui ne doive passer, de quelque façon, par les mains du chancelier

« M Cor. c, 42.— •Ps.cxi, 10.— • Ecct. xx,82. — *GalaU VI, 10.

romain, et qui n'ait été soumis à son jugement, tempéré par sa prudence, fortifié par son zèle, affermi par son assistance, à quel autre qu'à lui peut-on plus justement imputer tout ce qu'on trouvera de défectueux ou de moins parfait dans les affaires, comme aussi tout ce qui sera exécuté d'une façon utile et louable? C'est pourquoi nous considérons à juste titre un homme qui occupe cette place, comme trèsheureux ou comme très-misérable, puisqu'il se montre toujours le protecteur ou l'ennemi de tout bien ; et c'est à bon droit qu'on reporte sur lui toute louange ou tout blâme, selon les suites diverses des aflaires et la nature de ses sentiments. Or, bienheureux qui pourra dire au Seigneur : Je m'unis à tous ceux qui vous craignent et qui gardent vos commandements *.

3. Mais que faisons-nous ? Dans notre empressement à vous exposer ce qu'il faut faire, nous oublions presque combien sont occupées les oreilles auxquelles nous nous adressons. Mais si nous avons besoin quelque jour de votre bienveillance, peut-être ne nous trouverez-vous pas importuns, pourvu toutefois que vous vous souveniez, non pas de nos mérites, mais de cettQ bienveillance avec laquelle vous avez daigné le premier ouvrir votre amitié à notre politesse. Certes, nous avons un témoignage éclatant de votre condescendance et de votre dévouement : que, si grand et appliqué à de si grandes choses, vous considériez le peu que nous sommes i et que Votre Excellence nous ait jugés dignes, non^seulement de ses présents, mais encore de ses salutations. Aussi, que Celui qui nous a déjà fait la grâce de nous •réjouir, moins de vos bienfaits que du profit que vous en retirez, vous rende, en retour de l'or matériel, l'or spirituel, qui est la sagesse. Adieu.

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