‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 3 sur 385 · LETTRE CCCXII · texte numérisé non relu

LETTRE CCCXII

(&çrile ven l'aa 1130.) A RAYT9ALD ', ARCHEVÊQUE DE REItfS.

(1 remercie ce prélat Ce la lettre que celui-ci lui avait .écrite.

A sou très- révérend seigneur et père, à RaynalJ par la grâce de Dieu, archevêque .de Reims, le frère Bernard de Ciairvaux : le salut, et ce que peut la prière d'un pécheur.

Que Dieu soit béni d'aToir daigné nous con-

» Pa. cxviïi, 63.

* Ruynald ou Reginald, deuxième du nom, gouverna TÉgliSe -d& Reims depuis t'année H 24 jusqu'à Tanoée 1130, d'après 0om Mabillon. (V. la lettre 170, note 4.)

LBTTBIS DE SAIHT BERNARD.

soleTi en irom iùtfirwat dé noatf écrire. Nous pouTons sans doute tous renvoyer lettre pour lettre. Mais, préyenu par les bénédictions de Totre douceur, excité par vos encouragementSi honoré de vos salutations, comment parviendrons-nous à vous rendre Téquivalent de ces faveurs dont nous nous glorifions à Juste titre? Nous sommes d'autant plus indigne de ces honneurs, que nous sonunes plus inconnu de vous ; mais, moins nous y avons droit, plus nous vous en portons de reconnaissance. Cependant, en agissant ainsi, vous remplissez une obligation, car vous savez que vous vous devez aux sages et aux simples. Sans doute, cette opinion qu'on a de nous et dont la bonne odeur, dites-vous, a obtenu de votre dignité cette condescendance pour notre petitesse, est dangereuse. Mais, en cette circonstance, elle n'a pas été pour nous d'un médiocre avantage; car ce vent qui nous précède nous a valu un fruit excellent et délicieux, qui ne ressemble en rien à du vent ; c'est qu'avant même d'être connu, nous avons pu entrer en grâce auprès d'un si grand ministre du Dieu très-haut. Pourquoi ne sommes-nous pas en-* core arrivé, quand nous disposons-nous à partir enfin, relatiyement i notre voyage, et aux autres points qu'il plaira à Votre Sainteté de connaître sur notre compte, le religieux qui jvous porte cette lettre, et que nous avons pris soin de vous envoyer à Tavance à cet eCTet, pourra répondre fidèlement à ^utes vos ques* tiens.

LETTRE CCCXIII.

(Écrite Tan 1132.}

A 6EOFFR0V, ABBi DE SAINTE-MARIE d'yORK.

Que des religieax qui yenlent paner d'une vie relâchée à une aotre pins austère, ne doivent pas en être empêchés ; et que ceux qui veulent revenir ensuite à leur vie primitive, doivent èlre considérés comme apostats.

Au vénérable seigneur Geofi^oy, abbé de Téglise de Sainte-Marie d'York, le frère Bernard, dit abbé de Clairvaux : le salut dans le Seigneur.

i. lia plu à Votre Révérence d'adresser à ma petitesse une lettre dans laquelle vous voulez bien me consulter sur quelques points douteux. Mais, aux questions de ce genre, nous craignons d'autant plus de donner une réponse assurée, qu*étant homme et voyant moins clairement le bon plaisir de la volonté divine, nous hésitons à blesser le cœur de nos

amis, en leur conseillant, autee chose que ce

qu'ils veulent. Or, cela peut arriver surtout à ceux dont la conscience, troublée par les angoisses de l'orgueil, s'eiforce d'accepter lea raisonnements tortueux et embarrassés de l'impureté. Mais cette conscience est elld-méme la vengeance de son propre aveuglement; tandis qu'elle tftche de se gtcHrifier de ce qu'elle a fait, l'aiguillon de la vérité se tourne immédiate* ment contre elle et la perce, et ses souvenirs la remplissent de remords. Ce sont les difficultés de cet état misérable que déplore le Psalmiste, quand il dit dans sa prière : Seigneur, tirez mon âme de sa prùon, afin qu'eUe confeese votre nom *. Ne m'accusez donc pas, 6 homme de bien, de recourir i d'artificieux dé* tours, si je ne puis pas répondre à vos ques*tiens comme vous le voudriez, et si je n'ose pas m'expliquer entièrement comme je le pourrais. Au début de votre lettre, vous commences par vous plaindre, comme d'im grand malheur pour votre vieillesse, qu'une partie de vos religieiu entreprennent de passer à une vie plus austère et plus sûre. Or, en cette affaire, vous avez autre chose à craindre, c'est la tristesse de ce siècle qui donne la mort.

3. En effet, si la raison a quelque empire sur les esprits, on ne doit pas s'affliger que l'homme entreprenne quelquefoisde s'attacher plus étroitement aux lois de son Gréateun Pour nous, certes, nous n'apportons ni assez de sainteté, ni assez de tendresse dans l'accom*plissement de nos devoirs paternels, si les pro^ grès de nos fils excitent notre envie. Si donc, entre mille, vous voulez me choisir pour conseiller, et, si Je ne me trompe, vous le voulez, je vous dirai : Vous avez besoin de veiller avec prudence sur ceux de vos enfants qui demeureront avec vous dans la vie imparfaite, dô crainte qu'ils ne viennent à défaillir ; quant aux autres, qui craignent par conscience de rester au-dessous de la perfection de leur règle, et qui s'efforcent de passer du bien qu'ils ont commencé à un degré plus élevé, courez au-devant d'eux en leur portant du pain, comme dit le prophète *. Donnez tous vos soins aux premiers, de crainte qu'ils ne marchent à leur ruine ; apportez aux autres tout votre bon vouloir, pour qu'ils obtiennent la couronne. Car ceux qui disposent dans leur coBur une échelle pour monter de vertu en vertu, méritent de voir le Dieu des dieux dans Sion, au jour des récompenses, avec d'autant plus de déHces, qu'ils se seront appliqués à s'u-

* Ps. cxu, 8. — « Isai. XXI, U,

nir plu étroitement au flouTerain bien par la pureté de leur ^ie.

3. Enfin, les deux religieux Gervais et Raoul, qui sont sortis avec les autres^ grftce aux efforts qu'a déployés dans sa sollicitude paternelle et épiscopale, le seigneur archevêque Turstin, avaient obtenu de tous la permission de se retirer, vous Tavez vous-même attesté. Je suis certain que, s'ils étaient restés dans Tétat de pureté auquel ils s'étaient élevés, leur fin n*eût pas été mauvaise, mais honorable. Je suis certain également que, s'ils voulaient aujourd'hui remonter à ce degré de perfection dont ils ont eu l'imprudence de déchoir, ils mériteraient d'autant plus d'éloges; leur vertu serait comparable à celle de ces soldats qui, après avoir eu la lâcheté de fuir, remportent d'ordinaire une victoire d'autant plus glorieuse, qu'après cette honte l'espérance du triomphe les ramène avec plus d'ardeur au combat. Si je ne me trompe, la permission qui leur a été accordée peut être suspendue; mais elle ne peut être annulée devant le jugement du Dieu tout- puissant. Enfin, vous reconnaisez que cette vie est plus sainte; mais qu'à raison de la fragilité de leur chair et de leurs affections de famille, ils ne pourraient pas supporter le fardeau de cette austérité. Vous ajoutez encore que leur présence vous est nécessaire, et vous demandez vivement s'ils ne peuvent pas demeurer sans faute dans un lieu dont ils ne sont pas sortis sans scandale.

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