‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 20 sur 385 · LETTRE CCCXXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE CCCXXXVIII

(Écrite ran 1140.)

A HAIMKRrC, CARDINAL ET CBANCELIER.

Qoe Pierre Abeilard, convaiocu d'hérésie, ne doit pas tronvcr d'asile à la Conr de Rome, ni auprès des cardinaux.

A son illustre et très-intime ami^ à Haimeric^ cardinal-diacre et chancelier de la sainte Eglise romaine^ Bernard, abbé de Clairvaux : qu'il lasse le bien devant Dieu et devant les hommes.

1. Nous avons trouvé les ouvrages et les opinions de maître Pierre Abeilard telles que nous les avions entendu qualifier : nous en avons remarqué les expressions, nous en avons sondé les mystères, et nous y avons découvert des mystères d'iniquité. Notre théologien attaque la loi par les paroles de la loi. Il jette les choses saintes aux chiens et les perles aux pourceaux ; il corrompt la foi des simples ; il souille la pureté de l'Église. «Un vase conserve longtemps l'odeur dont il aété primitivement imprcgné^l>Sonlivre,qui avait été condamnéau feu, est maintenant laissé en repos. Cet ennemi de l'Église est dans l'Église, ce corrupteur de la foi se repose dans le sein de la foi. 11 s'est répandu comme l'eau. Celui qui a monté sur la couche de son père et qui l'a souillée ne doit pas grandir. Cet homme a déshonoré rÉglise ; il a communiqué la rouille de ses vices aux esprits des simples. Il s'efTorcc de sonder par sa raison ce que tout esprit pieux peut saisir par la vivacité de sa foi. La foi des fidèles croit et ne discute pas. Mais cet homme, tenant Dieu pour suspect, ne veut pas croire sans avoir d'abord discuté avec sa raison. Tandis que le Prophète dit : Si vous ne croyez pas^ vous ne comprendrez pas *, celui-ci traite de

* Iloraf. e/>ift,, Uy. I, ep. 2, vers 69.

* IsaL vu, 9, Version des Septanles,

légèreté la foi volontaire, il abuse de cette parole de Salomon : Qui croit vite a le casur léger ^ Qu'il reprenne donc la bienheureuse Vierge Marie de ce qu'elle a cru sur-le-champ la nouvelle que lui apportait l'Ange : Voici que vous allez concevoir et que vous enfanterez un fih *. Qu'il blâme celui qui au dernier moment de sa vie crut à la parole de Jésus mourant : Tu seras aujourd'hui avec moi en paradis *. Et au contraire, qu'il loue la dureté de cœur de ceux auxquels il a été dit : Insensés dont le cœur est lent à croire en tout ce qu*ont dit les prophètes *. Et qu'il vante la lenteur de celui auquel il a été dit : Parce que tu n'as pas cru à mes paroles^ tu seras muet et tu ne pourras plus parler *.

2. Enfin, comme la brièveté d'une lettre demande que j'exprime cette longue affaire en peu de mots, cet illustre docteur place, confime Arius, une hiérarchie et des degrés dans la Trinité; avec Pelage, il met le libre-arbitre audessus de la grâce ; avec Nestorius, il divise le Christ et exclut son humanité de la compagnie des trois Personnes divines. En tout cela, il se glorifie d'avoir ouvert aux cardinaux et aux clercs de la Cour les sources de la science ; d'avoir fait pénétrer ses livres dans les mains, ses opinions dans le cœur des Romains, et il choisit pour défendre son erreur ceux qui doivent le juger et le condamner. Hyacinthe • nous a fait beaucoup de menaces ; il ne les a cependant pas exécutées; non qu'il ne Tait voulu, mais il ne l'a pas pu. Cependant nous le supportons avec patience, puisque, se trouvant à la Cour, il n'a épargné ni la Cour ni la personne du Seigneur Pape. Mais Nicolas, notre ami, ou plutôt le vôtre, vous expliquera mieux de vive voix ce qu'il a vu et entendu.

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