‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 208 sur 385 · IL ÉCLA1RC1T CERTAINS DOUTES TIRÉS DES PÈRES · texte numérisé non relu

IL ÉCLA1RC1T CERTAINS DOUTES TIRÉS DES PÈRES

52. Vous me demandez encore, pourquoi saint Grégoire, loin de contraindre un certain Venantius à reprendre l'habit de l'ordre qu'il avait pris saintement, et qu'il avait quitté par impiété, le reçut à la communion, quoiqu'il demeurât dans son apostasie *. Pourquoi saint Augustin met en quelque façon le vœu de chasteté au-dessous du mariage, lorsqu'il semble vouloir soutenir dans le livre de la Virginité, <|ue le vœu de continence n'empêche pas que si ceux qui l'ont fait le violent ensuite par la suggestion du diable, et viennent à se marier, le mariage ne demeure indissoluble. Mais pour le moment, je n'ai ni de meilleure, ni de plus courte réponse à vous faire, sinon que c'a été ro[)inion de ces saints évèques ; c'est à eux de voir si elle est bien fondée. Car lorsqu'il s'agit des sentiments et des actions de ces illustres Pères de l'Église, j'ai soin de n'être point d'une autre opinion que le grand Apôtre, qui ne cherchait parmi les dispensateurs des mystères de Jésus-Christ, que d'en trouver quelqu'un qui fût fidèle *. Car je suis certain que soit que ces deux grands saints aient dit ceci de leur propre sens, ou par l'Esprit de Dieu, l'un et l'autre ont été fidèles en ce point comme dans tous les autres; le premier en distri* buant ce qui était entre ses mains, et le second en publiant ses sentiments sur cette matière.

* Rom., XIV, 3.— * s. Grég., livre 1 des Lettres, xxxlii, et livre V, ix, 25, 31. — * 1 Cor., iv, S.

53.V0US me demandez encore, touchant certains évoques, que le même pape Grégoire fit renfermer pour un temps dans des monastères, à cause des grands crimes qu'ils avaient commis : vous me demandez, dis-je, s'ils y demeuraient avec leur habit, ou s'ils avaient celui de l'ordre; je n'en sais rien: mais il semble plus croyable qu'ils n'ont pas pris ce vénérable habit, puisqu'ils ne le devaient pas toujours porter, et qu'ils ne cherchaient la retraite des monastères que pour y vivre plus en repos, et y faire plus aisément pénitence.

54. Enfin vous désirez aussi que je vous dise, pourquoi entre tous les autres états de pénitence, celui de la religion a mérité ce privilège d'être appelé un second baptême. Je crois que c'est parce que Ton y renonce parfaitement au monde, et que l'on y pratique la vie spirituelle d'une manière plus excellente et plus particulière : ce qui fait que cet état, élevé au-dessus de tous les autres qui sont dans le monde, rend ceux qui l'embrassent et qui l'aiment, semblables aux anges, et différents des autres hommes ; ou plutôt il retrace dans l'homme l'image de Dieu, nous donnant comme le baptême la forme et la figure de Jésus-Christ. De sorte que nous sommes comme baptisés une seconde fois, lorsque mortifiant nos membres qui sont sur la terre, nous sommes revêtus de nouveau de Jésus-Christ, et comme entés en lui dans une nouvelle ressemblance de sa mort. Et de même que dans le baptême nous sommes tirés de la puissance des ténèbres, et transférés dans le royaume des clartés éternelles; de même, dans cette vie nouvelle, qui est comme une seconde naissance, nous sortons des ténèbres, non du seul péché originel, mais des péchés actuels, pour entrer dans la lumière des vertus, vérifiant ainsi en nous cette parole de TApôtre : La nuit a précédé y et le jour est venu *.

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