CHAPITRE XX
It ACGOEDB DEUX PASSA6S8 WR 8. PAUL QUI SSMBLAIENT SB GORTRBDIEB.
59. Vous me demandez comment i^coorder ces deux passages de saint Paul : Ndre ecnver'^ talion est dans le ciel ' ; et cet autre : Tant que nous sommes dans ce corps^ nous sommes éloignés du Seigneur *. Comment se peut-il faire qnç notre âme, étant dans son corps, puisse en même temps, et être éloignée du Seigneur^ et con- Terser aTec lui dans le ciel? L'Apôtre luimême résout Totre dirflculté, lorsqu'il dit ailleurs, que nous connaissons ki-bas en partie, et en partie nous prophétisons '. Car en-tant que nous connaissons, par la contemplation, les choses comme présentes, nous sommes déjà aTec le Seigneur ; mais en tant que nous prophétisons des choses comme futures, croyant celles que nous n'entendons pas, et espérant celles que nous ne Toyons pas, nous sommes éloignés de Dieu et nous demeurons dans le corps. Mais lorsque ce qui est parfait sera venu^ c'est-à-dire, la plénitude de la gloire qui doit s'accomplir à la résurrection,. a/or< ce qui est imparfait sera détruit *, c'est-à-dire la corrup-
« Phil , III, 20. — « n Cor., v, 6. — » I Cor., xiii, 9, 10. ^ M6tt/.,xiii, 9, 10.
tion du corps, de laquelle, sans doute, \ient cet éloignement de Dieu, qui demeure encore en. partie dan^ not^^ corps. C'est de ce misérable état dont il se plaint aTec soupirs et gémis3emeats , lorsqu'il dit : Malheurewp homme que je suisy qui me délivrera du corpsde cette mort * ? Q nese plaint pas simplement du corps, mais du corps 4e piiort \, c'eat-àdire de cette corruption qu dure encore, montrant que ce n'est pas. le corps, mais les mi sères du corps, qui sont cause que nous sommes éloignés de Dieu, paree^ ceslle corps suj^t à corruption qui appew^tii l'àmfi *• Ce n'est d<Mic pas simplemeuit le corps,, ww le corps qui est corruptible, eu sorte qu€^ ce n,'est point la nature, mais la corrvq)tion dqi corps qui nous appesantit. C'est pourquoi ceux qui gémissent en. eux-mêmes, attendent bien, la ré« demptîon de leur corps, mais non pas sa destruction. Et ainsi, c'est ayec raison que, nous trouTant accablés; par les misèves à^ ce corps plutôt que par son. alliance, nous souliaijtons d'en être séparés pour être aTec Jésus-Christ *, afin que ce bannissement finisse, et que notre demeure- dans le Ciel, déjà commencée en par* tie dès ce monde, soit enfin parfaite.
60. Ou bien si tous Toulez, notre- cont»ersa^ tion est dans le ciW, au même sens que l'ApAtre dit que nosi».9ommes déjà sauvés par Vespénume \ Ainsi nous demeurons déjà dans le eîel par l'espérance, quoique nous soyons encore r^llement séparés de Dieu, demeurant sur la terre et dans le corps. Ou bien encore on peut dire que nous pouTons tout ensemble être unis à notre corps et à Dieu : à notre corps en le Tiviflant et lui donnant le sentiment, et à Dieu en croyant en lui et en l'aimant. Car notre âme n'est pas plus présente dans le corps qu'elle anime, que dans ce qu'elle aime. A moins qu'on ne Touille croire qu'elle est da- Tantage où elle est retenue malgré elle et par nécessité, que là où elle se porte Tolontairement et aTec plaisir ; votre cœur est 6k est votre trésor ■. Si l'âme qui aime Dieu reçoit la Tie de lui, comme le corps la reçoit d'elle ; comment peut-on dire qu'elle est plus présente là où elle donne la Tie, que là où elle la reçoit ? La charité est la source de la Tie, et je ne saurais dire qu'une âme qui ne puise point dans celte source soit TiTante. Or comment peut-elle puiser, si elle n'est présente à cette source qui est la charité, laquelle est Dieu même ? Celui donc qui aime Dieu, Dieu, en tant
* Bom., VII, 24. — • Sag., it, 15. — * Phil., i, 23. — « Rom., VIII, 24. » • Hailh., vi, 21.