LIVRE DU PRÉCEPTE
qu'il l'aime, lui doit être présent; et il en est d'autant plus éloigné, qu'il l'aime moins ; et il l'aime d'autant moins, qu'il est encore retenu ici-bas dans les nécessités de la chair. Eh ! qu'est-ce que cette occupation dans les misères du corps, sinon un certain éloignement de Dieu? Et qu'est-ce que cet éloignement, sinon un pèlerinage et une séparation? Nous sommes donc éloignés de Dieu, et nous en sommes séparés tant que nous sommes dans ce corps, qui empêche par ses misères l'union de notre esprit, et qui lasse notre charité par les soins continuels qu'il lui donne.
61 . Vers la fin de votre seconde lettre, vous me demandez mon sentiment touchant cette promesse qui nous est faite dans l'Évangile : Votre récompense est grande dans le ciel *. Vous êtes étonnés que saint Augustin ait dit sur ce sujet, qu'il ne faut pas croire que Jésus- Christ ait parlé ici des cieux corporels que nous voyons, de peur que Dieu semble avoir mis notre récompense dans des choses passagères et sujettes au changement; qu'il a voulu parler d'un firmament tout spirituel ; sur quoi, dites-vous, vous ne savez ce que vous devez croire. Hais réfléchissez à ce que nous avons lu dans l'Écriture, que le royaume de Dieu est en vous ', et que Jésus-Christ Anbite dans vos cœurs par la foi ', comme un roi dans son royaume ; que les maux de cette vie ne sont rien en comparaison de la gloire future qui sera manifestée en nous ^. 11 ne dit pas qui nous sera manifestée, comme quelque chose d'extérieur horf^ de nous, mais qui sera mani-
* Luc, vi, 2. 3. — * Luc, XVII, 21. — • Éph , m, 17.— *Rom., vni, 18.
fcstée, comme demeurant déjà en nous, bien qu'elle ne paraisse pas encore. Et aill<airs: Toute la gloire de la Fille du Roi vient du dedans ^, r homme élèvera son cœur bien haut*; il a disposé des degrés dans son cœur '. Et enfin, VAme du juste est le siège de la Sagesse ^, qui a dit d'ellemême : Le ciel est ma demeure *. Si vous considérez attentivement tous ces passages de l'Écriture, et plusieurs autres semblables, je ne doute point que vous ne vous rflbrciez d'entrer en vous-mêmes pour y trouver le royaume de Dieu et sa justice , au lieu d'en sortir, ou de vous élever au-dessus de vousmêmes. En parlant de ce qui est hors de vous, ou au-dessus de vous, j'entends parler de la situation du lieu, selon laquelle, comme le ciel est hors de la terre, ainsi le soleil , la lune et les étoiles sont au-dessus d'elle. Car les mêmes choses qui sont en nous par la subtiliic de leur nature toute spirituelle, sont ausî^i au-dessus de nous par l'éminenceet la dignité de leur être, et sont encore au dehors par retendue infinie de leur majesté. Mais ceci est trop relevé, et auitiit besoin d'être traité plus exactement par un homme plus habile, et dans un plus long discours. Je ne croyais pas dépasser les bornes d'une lettre danscet ouvrage; mais, je le vois, la matière m'a emporté plus loin que je ne pensais. Vous l'appellerez donc comme il vous plaira, ou une lettre ou un traité; pour moi, soit en peu de mots, soit en beaucoup, j'ai dû m étudier comme j'ai fait, à répondre pleinement à ce que vous aviez désiré de moi.
* Pb. vil. U. — « Ibift.^ LXIII, 8. — » MlV/., LXXXfll, 6.
— ^ Sag.,vii, selon iM Supt.— ■ Isaîe, lxvi, i.
m DU LIVIIB OU PJlfoiBPTB Er DB LA n'cpimn.
APOLOGIE
DB
ADKBSi-ÉK