‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 227 sur 385 · CHAPITRE XIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIL

IL RÉSUME LES MOYENS QU'ON DOIT PRENDRE POUR ENTRETENIR MUTUELLEMENT LA CHARITÉ ET LA PAIX : ET IL CENSURE l'iNCONSTANGE DE CEUX QUI SORTENT DE LEUR ORDRE.

30. Un sujet aussi étendu que celui-ci me portait à continuer mon discours; mais, mon cher Ogier *, j'en suis détourné, et par l'inquiétude que me causent mes occupations particulières, et par la précipitation de votre départ, qui ne vous permet ni de rester ici plus longtemps, ni de vous en retourner sans quelque nouveau cahier de mes ouvrages. Je me rends donc à vos désirs, je vous laisse aller et j'abrège mon discours, car il est plus utile de dire peu de chose avec la paix, que d'en produire beaucoup avec scandale. Et Dieu veuille que cet écrit ne scandalise personnel Car je ne doute point qu'en reprenant les désordres, je n'irrite

* Charnue régulier à qui sont adressées les lettres 87 et suivantes. (Voir tome l", )iag. 37«). Saiot Bernard lui avait Bouous son livre ainsi qu'à Guillaume de Saintf Thierry.

ceux qui les commettent. Néanmoins, peutêtre avec la permission de Dieu, quelques-uns de ceux que je craindrais d'avoir animés davantage approuveront mon dessein, s'ils sont résolus à se corriger de leurs mauvaises habitudes, à cesser leurs invectives violentes, à retrancher leurs superfluités trop indulgentes; si chacun se tient réservé dans le bien qu'il pratique , sans juger celui qui appartient à une autre observance; si celui qui a déjà reçu la grâce d'être vertueux, ne porte point envie à ceux qui le sont plus que lui : et s'il ne méprise point la vertu de son frère en se croyant meilleur que lui : si ceux qui peuvent mener une vie plus austère, ne se rebutent et ne s'emportent point contre ceux qui en sont incapables : et si ceux aussi qui ne le peuvent, ne regardent point les autres avec une admiration qui les pousse témérairement aies imiter. Car comme ceux qui ont embrassé une règle plus étroite sont apostats s'ils prennent une vie plus douce ; ainsi n'est-il pas expédient à toute sorte de personnes de passer des moindres observances aux plus grandes, de peur de tomber dans le précipice.

31. Je le sais, quelques religieux d'autres congrégations et instituts sont venus pour se ranger dans notre Ordre, et, à force d'instances, ils y sont entrés; ils ont ainsi causé du scan^ dale et à leurs frères et à nous, et leur sortie téméraire a mis le trouble parmi les premiers, et leur mauvaise conduite parmi nous; ils ont méprisé avec orgueil ce qu'ils pratiquaient, et entrepris avec témérité ce qu'ils ne pouvaient pas pratiquer : Dieu a fait connaître leur lâcheté par une fin digne de leur peu de courage ; ils ont abandonné avec effronterie ce qu'ils avaient entrepris par im-

prudence, et ils ont été contraints de rentrer honteusement dans le premier état qu'ils avaient trop légèrement quitté. S'ils ont recherché nos monastères, c'était moins dans le désir d'y mieux vivre, que dans l'impatience de demeurer toujours dans leur Ordre : ils montrent véritablement ce qu'ils sont, lorsque par une légèreté inconstante passant de votre Ordre dans le nôtre, et du nôtre retournant dans le vôtre, ils sont pour vous, [)our nous et pour tous les gens de bien, un trèsgrand sujet de scandale. C'est pourquoi, bien que j'en connaisse qui avec la grâce de Dieu ont généreusement commencé, et qui par la continuation de cette même grâce persé« vèrent avec courage; il est néanmoins beaucoup plus sûr de persévérer dans le bien commencé, que d'en commencer un autre dans lequel on ne peut persévérer. Mais le point qui appelle principalement nos soins, c'est que suivant le conseil de l'Apôtre, toutes nos actiom se fassent dans la charité ^ Voilà le sentiment que nous avons de votre Ordre et du nôtre ; voilà ce que j'ai l'habitude de dire à nos frères et aux vôtres ; c'est de cette façon que je parle, non de vous, mais à vous; etje n'en veux point de meilleurs témoins que vous-mêmes, et tous ceux qui me connaissent. Je loue et je publie les choses qui méritent d'être louées dans vos frères; et si j'en vois qui doivent être reprises, je tâche ordinairement de vous persuader, à vous et à nos autres amis, de travailler à leur correction. Ce n'est point là une détraction, mais l'amour du bien; et c'est ce que je vous prie et vous conjure de pratiquer à notre égard dans toutes les occasions.

Adieu.

< 1 Cor., xvi. 14.

FIN DE l'aFOLOGIB A GUILLACME.

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