J'ai dans le ciel un témoin qui voit
* Peut-être faut-il lire l'abbé de Fairfax: Arnnif, l'abbé da ce monaàlère, avait demandé des religieux à saint Bernard.
s A Trois-Footaines près de Rome : de là sortit le pape En* «èoe UL connu d'abord baus le nom de Bernard.
LETTRES DE SAWT «STOTAUD.
combien je vous aime dans le cœur de Jésus- ' Christ^ et ai^ec quelle ardeur, s'il était possible, je désirerais vous voir, moins pour vous que pour moi ; car ce serait certainemeiit pour moi une grande consolation et un grand bonheur de vous embrasser, vous qui êtes meç entrailles, ma joie et ma couronne. Mais si ce bonheur ne nous est point encore accordé, il le sera un jour, je l'espère fermement de la miséricorde de Dieu ; un moment viendra où nous vous verrons et où notre cœur sera dans une allégresse que personne ne nous ravira plus. En attendant, j'ai éprouvé beaucoup de consolation et de joie des nouvelles que nous a données de vous notre bien-aimé frère et collègue, votre vénérable abbé Bernard. Je vous sais grand gré de la satisfaction que lui causent votre r^ularité et votre zèle pour l'observance, votre obéissance et votre pauvreté volontaire, vertus pour lesquelles une grande récompense vous est certainement réservée dans les cieux. C'est pourquoi, mes frères, je vous en prie et je vous en supplie instamment, continuez d'agir ainsi; demeurez fermes dans le Seigneur, mes bien-aimés, appliquez-vous toujours à garder la Règle afin que la Règle vous garde ; yeillez à conserver l'unité de l'esprit par le lien de la paix K Ayez les uns pour les autres, et surtout pour vos supérieurs, une humble charité, qui est le lien de la perfection '. Enfin par dessus tout, pratiquez l'humilité et la paix, à cause de l'Esprit de Dieu .qui habite en vous et qui ne repose que dans Thomme pacifique et humble •.
2. Cependant votre vénérable abbé me demande une chose qui ne me parait nullement bonne, et je crois avoir en cela l'esprit de Dieu et sa volonté. Je sais bien que vous habitez une contrée malsaine, et que plusieurs d'entre vous sont atteints de quelques maladies ; mais sou- ,venez-vous de celui qui a dit : Je me glorifierai volontiers de mes infirmités, afin que la puissance du Christ habite en moi; et encore : Lorsque je suis Imalade, c'est alors que je suis le plus fort''. Certes je compatis, je compatis beaucoup à la maladie des corps ; mais il faut bien plus redouter et bien plus éviter la maladie des âmes. Aussi il n'est pas convenable pour votre Règle, il n'est pas utile pour votre salut de chercher des remèdes matériels. On peut admettre que vous preniez quelquefois de ces humbles plantes, bonnes pour les pauvres ; et en vérité cela se fait quelquefois. Mais acheter des spéci-
• Eplies, iv/3. — « Coloss. m, 14.— » Isale lxvi, 2. — • II for. XII, 9, 10.
flques, chercher detf médecins, tô servir de potions, c'est une pratique qui ne convient nullement à la pureté de l'état religieux, ni surtout à la droiture et à la sévérité de notre ordre. Les payens recherchent toutes ces choses*, mais nous savons qu'ils vivent selon la chair et ne peuvent plaire à Dieu *. Des hommesspirituels ne doivent acquérir que les biens spirituels '; ils doivent rechercher la potion de l'humilité et crier de tout leur cœur : Guérissez mon dwe. Seigneur, parce que j'ai péthé contre mus *. Telle est, mes bien-aimés frères, la santé à laquelle vous devez vos soins : acquérez^a, conservez-la, car la santé qui nous vient des hommes est vaine.
LETTRE CCCXLVI.
(Écrite venTan tUt.)
Ali SEIGNEUR PAPE INNOCENT.
n exhorte le Pape à ne pas se montrer favorable au parti injuste de Tarchevëque d*Yoi4c.
A son très-tendre père et seigneur Innocent, par la gr&ce de Dien Souverain-Pontife, Bernard, dit abbé de Clairvaux : le peu qu'il e^
Puisqu'il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus*, dire qu'une chose est louée par beaucoup de monde n'est pas un puissant argument pour trancher un doute, et pour établir qu'elle est louable. L'archevêque d'York se rend vers vous; c'est cet homme au sujet duquel nous avons bien des fois déjà écrit à Votre Sainteté ; un honome qui n'a pas pris Dieu pour auxiliaire, mais qui a mis son espérance dans l'abondance de ses richesses. Sa cause est malade et languissante ; comme nous l'ont attesté des personnes dignes de foi, elle n'a de la tête aux pieds rien de sain en elle. Quoi doncl que cherche donc cet homme sans justice auprès du juge de la justice et du gardien de l'équité? Pense-t-il donc engloutir la justice à Rome, comme il l'a engloutie en Angleterre? Il a absorbé ce fleuve, il ne s'en étonne pas; et il a l'assurance que le Jourdain aussi va disparaître dans sa bouche. Il s'avance accompagné d'un grand nombre de gens qu'il s'est attachés par 3es sollicitations et par son argent. Un seul homme a pu s'échapper pour vous en porter la nouvelle. Seul, au péril de sa tête^ il s'est opposé comme un mur pour la défense de la
* MaUh. Vf. — • Rom. vf», 8. — • I Cor. if, 18. — * Pâ. XL. 5. — • Matth. XX, 16.
tnsHmn d'Israëil, et il n*à point comme les autres adoré la statne au commandement du roi. Il est seol, sinon que la justice ne le laisse pas ainsi. Elle court au-devant de son fils comme une mère entourée d'honneur ^ Que fera donc en cette circonstance le yicaire de Pierre, sinon ce qu'a fait Pierre lui-même vis-à-vis de celui qui a cru que le don de Dieu s'achetait à prix d'argent ' ? L'Église est fondée sur la pierre ; les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle *. Je ne dis pas cela de moi-même^ mais pour rendre témoignage à ceux qui sont con* duits par l'Esprit de Dieu.
LETTRE CCCXLVn.
(Ecrite yen l'an lUI.)