CHAPITRE XII
DE BETPHAGE.
30. Que dirai-je de Betphage, bourgade sacerdotale que j'allais oublier, et qui renferme le mystère de la confession et du ministère sacerdotal ? Betphage signifie : Maison de la Bouche. Or il est écrit : La parole est près, elle est dans votre bouche et dans votre cœur '. Souvenez-vous que vous avez cette parole non dans un seul de ces organes, mais dans tous les deux. En effet, la parole,. dans le cœur du pécheur, produit un repentir salutaire ; la parole, dans la bouche, fait disparaître toute confusion funeste, qui serait un obstacle à la confession nécessaire; car l'Écriture dit : Jly a une honte qui produit le péché et une honte qui produit la gloire \ C'est une pudeur louable de rougir d'avoir mal fait et de pécher encore, et même, en l'absence de tout témoin humain, d'avoir pour la présence de Dieu un respect d'autant plus vrai, que Dieu est infiniment plus pur que l'homme, et que le pèche l'offense d'autant plus, que Dieu est infiniment éloigné de tout mal. Unp honte de ce genre écarte l'opprobre, prépare la gloire, empêche tout à fait le péché, ou le punit par la pénitence et le chasse par la confession ; si toutefois notre gloire est le témoignage de notre conscience. La honte donc empêche-t-elle l'aveu d'une faute qui torture ? c'est une honte coupable, qui ôte à la conscience sa gloire, puisqu'au mal que la -componction s'efforce de tirer des abîmes du cœur, une pudeur absurde ferme le passage des lèvres, quand il faudrait s'écrier avec David : -A^ow, Seigneur^ vous le savez^ je ne fermerai pas mes lèvres '. Le saint roi se réjiimandant lui-même au sujet de cette honte iu-
> J6b, in, 22. — * Isaïe, xi, 10. — » Deulér., xxx, 1 î.— ♦ Eccli., IV, 25. — * Ps. xxxix, 10.
sensée et aeraisonnable, disait : Parce que je me suis tû, mes os ont vieilli K Aussi souhaitet-il que Dieu mette une garde à ses lèvres *, afin de les ouvrir à l'aveu et de les fermer à l'excuse. C'est ce qu'il demande clairement au Seigneur, sachant bien que la confession et la magnificence sont ses œuvres *. Ne taire ni notre malice, ni la magnificence de la bonté et de la puissance divines, c'est le bien qui résulte de la double confession ; mais c'est aussi un don de Dieu. C'est pourquoi David dit : Ne laissez pas aller mon cœur à des paroles malignes^ ni chercher des excuses à mes péchés *. Il faut donc que les prêtres, ministres de la parole, soient ici bien attentifs, qu'ils adressent aux cœurs coupables une parole de crainte et de contrition, sans les éloigner de la confession ; qu'ils les ouvrent sans fermer les lèvres ; mais qu'ils n'absolvent pas un pécheur même contrit s'il ne s'est confessé, car on croit de cœur pour la justice^ mais la confession de bouche est nécessaire au salut ; sinon la confession qui vient d'un mort est inutile, parce que le mort est comme s'il n'était pas •. Celui qui a la parole dans la bouche sans l'avoir aussi au cœur est ou un hypocrite ou un homme léger; et qui l'a au cœur sans l'avoir sur les lèvres est une âme ou orgueilleuse ou timide.