‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 252 sur 385 · Croyez- VOUS que Paul n'avait pas gravi · texte numérisé non relu

Croyez- VOUS que Paul n'avait pas gravi

^ Cant., ], 3, 7.

TRAITÉ DES DIVERS DEGRÉS

ces degrés, lui qui déclare avoir été ravi jusqu'au troisième ciel ^? Pourquoi ravi et non pas conduit? Pour m'apprendre que si un grand Apôtre dit avoir été ravi là où ni science ni guide n'ont pu le conduire, je ne dois pas compter, moi, si inférieur à l'Apôtre, parvenir par ma force ou mon travail jusqu'au troisième ciel, ni me fier sur ma vertu, ni me trop défier pourtantde mon travail. Car celui qu'on instruit et qu'on conduit, par là même qu'il suit son maître et son guide, travaille, fait de lui-même quelque chose, pour être tiré au lieu ou au sentiment qui sont le but où il va, et il peut dire : Ce n'est pas moi, mois la grâce de Dieu avec moi*. Pour celui qui est ravi, soutenu par une force étrangère et non par la sienne, ne sachant pas même où il est porté, il ne peut se glorifier en lui-même, ni tout à lait, ni en partie, puisqu'il n'agit ni seul, ni avec le concours d'un autre. C'est pourquoi, avec un guide ou un aide l'Apôtre a pu monter au premier ciel et au second. Pour arriver au troisième, il lui a fallu être ravi. On lit, en effet, que le Fils est descendu pour appeler et aider ceux qui étaient destinés à monter au premier ciel ; que l'Esprit* Saint a été envoyé pour conduire au second. Mais pour le Père, bien qu'il coopère toujours avec le Fils et TEsprit-Saint, on ne voit pas qu'il soit descendu ou qu'il ait été envoyé. Je lis bien que la terre est remplie de la miséricorde du Seigneur ', que les cieux et la terre sont pleins de sa ^oire, et autres choses semblables. Je lis du Fils, que la plénitude des temps étant venue^ Dieu envoya son Fils''. Parlant de luimême, le Fils dit aussi : L* Es prit du Seigneur m'a envoyé^ ;ei il ajoute par l'organe du même Prophète : Et maintenant le Seigneur et son Esprit m'ont envoyé •. Je lis du Saint-Esprit : Le Paraclety V Esprit-Saint que mon Père enverra en mon nom ' ; lorsque f aurai été élevé je vous l'enverrai •/ il s'agit du Saint-Esprit. Pour le Père personnellement, bien qu'il soit partout, je ne le trouve qu'aux cieux, comme dans ce passage de l'Évangile : Aton Père qui est au ciel*; et dans cet autre de l'Oraison dominicale : Notre Père^ qui êtes aux cieux '^.

23. D'où je conclus que le Père ne descendant jamais, l'Apôtre, pour le voir, a dû être ravi à ce troisième ciel, où il était incapable de monter seul. Personne ne monte au ciely sinon celui quienestdescenduy le Fils de l'Homme ^^ Et

• H Cor., XII. 2.— « r Cor., xv, 10. — • Ps. xxxir, 5.— * Gtlat., IV, 4. — » Isaïe, lxi, i. — « iôiV/., xlviii, 16. — ' Jean, xit, 26. — • Ibid., xvr, 7. — » Matlh., xxm, 9. — »• lbid.y ▼!, 9. — *» Jean, m, 13.

pour que vous ne croyiez pas qu'il s'agit ici du premier ciel ou du second, David vous dit : // part du point le plus élevé du ciel *. C'est là que Jésus-Christ a été ravi, et non enlevé furtivement; à la vue des Apôtres il s'éleva ■. Ce ne fut pas comme Élie qui n'eut qu'un témoin *; ni comme Paul qui fut à peine son propre témoin, puisqu'il dit : Je ne sais pas. Dieu le sait ^. Il fut ravi à la façon du Tout-Puissant, descendu quand il l'a voulu, remonté à son gré, choisissant en maître les témoins, les spectateurs, le lieu, le temps, le jour et l'heure, et s'élevant à la tue de ceux qu'il daigne honorer d'une si grande vision. Paul a été ravi, Élie ravi, Enoch transporté*. Pour notre Rédempteur, l'Écriture dit qu'il s'est élevé, élevé par sa propre vertu et non par un secours étranger. Il n'était ni porté sur un char, ni soutenu par un ange, mais soulevé par sa puissance, quand une nuée le reçut et le cacha aux yeux des Apôtres •. Pourquoi cela? Sa fatigue réclamait-elle un secours, sa nonchalance un appui, sa chute imminente un soutien? Certes non. La nuée le reçut et le dé-' roba aux yeux charnels de ses Apôtres; car, s'ils avaient jusque-là connu Jésus-Christ charnellement, ils ne devaient plus le connaître de la sorte. Ceux donc que le Fils appelle au premier ciel par l'humilité, l'Esprit-Saint les rassemble dans le second par la charité, et le Père les exalte par la contemplation jusqu'au troisième. Ils sont d'abord humiliés dans la vérité et s'écrient : Vous m'avez abaissé dans la vérité \ Ensuite ils mettent leur joie dans là vérité en chantant : Qu'il est bon, qu'il est agréable d'habiter ensemble comme des f^^ères • : car il est écrit de la charité quelle met sa Joie dans la vérité •. Enfin, ravis jusqu'au mystérieux sanctuaire de la vérité, ils s'écrient : Mon secret est à moi, mon secret est d wioi*\

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