COMMENT LA SAINTE TRINITÉ OPÈRE EN HOCS LES TROIS DEGRÉS DE VÉRITÉ
20. Ici luit à mes yeux une opération merveilleuse et divisée de l'indivisible Trinité, si toutefois un homme assis dans les ténèbres peut saisir la division des personnes associées à la même action. Il me semble donc que le Fils opère au premier degré de la vérité, l'Esprit-Saint au second et le Père au troisième.
* Gcn .. m, 12. — « Act., yii, 56. — « Mallh.. xw, 44. — * PS. IX, 17 . — » Jean, xix, 37 — • Malth., v, q.
DE L'HUMILITÉ ET DE L'ORGUEIL
Voulez-vous apprendre l'opération du Fils? Si moi^ dit-il, votre Seigneur et votre Maître^ je vous ai lavé les pieds^ à plus forte raison deoex" vous vous les laver les uns aux autres^. Le Maître de la vérité donne à ses disciples le modèle de rhumilité, qui leur manifestait la vérité en soû premier degré. Observez maintenant l'opération du Saint-Esprit : La charité de Dieu a été répandue en vos cœurs par l'Esprit-Saint qui vous à été donné *. La charité est un don du Saint-Esprit qui fait que les âmes, arrivées sous là discipline du Fils, et par l'bumililé, jusqu^au pi*emier degré de la vérité, parvienù'ent jusqu'au second, par la compassion envers le prochain et à l'école du Saint-Esprit. Écoutez aussi ce qui est dit du Père : Vous êtes heureux Simon, fils de Jean, parce que ni le sang ni la chair ne vous ont fait cette révélation^ mais mon Père ùùi est au ciel '.Et encore : Le Père fera connaître la vérité à ses fils ^. Et : Je vous bénis^ mon Père, parce que vous avez caché ces choses aux tages et aux habiles^ et que vous les avez révélées aux petits •. Voyez-vous ceux que la parole et l'exemple du Fils ont formés à l'humilité, sur lesquels l'Esprit-Saint a répandu la charité, reçus enfin dans la gloire par le Père? Le Fils fait des disciples, TEsprit-Saint console des amis, et le Père exalte des fils. Mais comme ce n'est pas le Fils exclusivement, mais aussi le Père et TEsprit-Saint qui sont appelés Vétité, il résulte que la même Vérité, en conservant la propriété des personnes, accomplit ces Irois opérations dans les trois degrés. Elle instruit d'abord comme un maître, ensuite elle console comme iin ami et un frère, en troisième lieu elle embrasse et unit comme un père fait de ses enfants.
21. Le Fils de Dieu, le Verbe, sagesse du Père, trouve d'abord cette puissance de notre âme appelée raison, ensevelie sous la chair, captive du péché, aveuglée par l'ignorance, et livrée aux choses ^érieures : il la prend avec bonté, la relève par sa puissance, l'instruit avec prudence, l'attire au-dedans, et s'en servant merveilleusement comme d'intermédjaire, l'établit son proprejuge, en sorte qUe par respect pour le Verbe à qui elle est Unie, cette âme devenue sa propre accusatrice, Bon témoin, et son juge, remplit contre elletnéme l'office de la vérité. De cette première union du Verbe et de la raison naît l'humi- Bté. Ensuite l'Esprit-Saint daigne visiter une autre partie de l'âme appelée volonté, souillée
* Jean, xni, U. — « Bom., v. 45. — » Mallh., xvi, 17. — * Isale, xxxYUl, 19. — » Matth., xi, 25.
du poison de la chair, mais déjà examinée |iar la raison : il la purifie doucement, la touche, l'enflamme et la rend miséricordieuse ; semblable à une peau qui s'étend sous l'huile dont on l'enduit, la volonté, couverte d'une onction céleste, se dilate jusqu'à aimer ses ennemis. Et de cette seconde union de l'Esprit de Dieu et de la volonté humaine, s'engendre la cha« rite. Ces deux parties, la raison et la volonté, l'une instruite par la parole de vérité, l'autre inspirée par l'Esprit de vérité, l'une purifiée par rhyssope de l'humilité, l'autre embrasée du feu de la charité, l'âme enfin' tout entière, rendue sans tache par l'humilité, et sans vide par la charité, où la volonté n'est plus en lutte avec la raison, où la raison n'ignore plus la vérité, le Père se l'unit comme une glorieuse épouse : la raison ne s'occupe plu9 d'elle-même, ni la volonté du prochain, et cette âme heureuse n'a plus qu'une joie, c'est de s'écrier : Le Roi m*a introduite en sa demeure. Sortie de l'école de l'humilité, où die a d'abord appris sous la direction du Fils de Dieu à rentrer en elle-même, selon la menace qui lui est adressée : Si vous vous ignorez, sortez et faites paître les chevreaux * ; sortie, dis-je, de l'école de l'humilité, elle mérite bien d'être introduite par l'Esprit-Saint dans les celliers de la charité, par lesquels il faut entendre le cœur du prochain. Et de là, enveloppée de fleurs et de fruits, symboles des bonnes mœurs et des saintes vertus, elle est admise dans la demeure du roi dont l'amour la fait languir. Là, pendant un moment, environ l'espace d'une demi-heure, le silence se fait dans le ciel ; l'âme repose doucement au milieu des embrassements qu'elle a désirés; elle s'endort, mais son cœur veille, se remplissant des secrets de la vérité, dont le souvenir la nourrira à son réveil. Là, elle voit des choses invisibles ; elle entend des choses ineffables, qu'il est interdit à l'homme de redire. Garces mystères surpassent infiniment cette science qu'ici-bas la nuit raconte à la nuit. Cependant le jour parle au jour, et il est permis d'exposer la sagesse au milieu des sages, et de communiquer aux spirituels les hauts secrets de la spiritualité.