‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 263 sur 385 · SIMULÉE · texte numérisé non relu

SIMULÉE

46. Tous ces genres d'excuses sont mauvais, puisque le Prophète les qualifie : Paroles de malice * ; mais la confession orgueilleuse et trompeuse est bien autrement dangereuse que cette défense hardie et obstinée de soi-même. Certains religieux, convaincus de fautes trop visibles, sachant qu'on ne les croirait pas, s'ils cherchaient à se justifier, imaginent un système plus adroit de défense, dans un aveu trompeur. Il est écrit en effet : Tel s'humilie malicieusement dont le fond du cœur est plein de tromperie '. On baisse le visage; on se prosterne de corps ; on verse, si on peut, quelques larmes ; on entrecoupe sa voix de soupirs et ses paroles de gémissements. Loin d'excuser ce qu'on lui reproche, ce religieux exagère sa taute. En l'entendant ajouter lui-tnême à sa faute une circonstance impossible ou incroyable, vous vous prenez à ne plus croire ce qui vous semblait prouvé. Et ce qui , dans cet aveu, vous paraît faux, vous inspire des doutes sur ce que vous teniez pour certain. En affirmant des torts qu'ils ne veulent pas être crus, ces gens trouvent moyen de se défendre en s'accusant, et de couvrir leur faute en la dévoilant. L'aveu a, sur leurs lèvres, un accent louable, et l'iniquité reste* cachée dans leur cœur ; à les entendre, on penserait leur aveu dicté plutôt par l'humilité que par la vérité, et on leur appliquerait ce mot de l'Écriture ; Le juste commence par s'accuser lui-même *. Ils aimèrent mieux, en effet, manquer devant les hommes de vérité que d'humilité, bien qu'aux yeux de Dieu ces deux vertus leur fassent également défaut. Ou si leur tort est trop évident pour qu'aucune adresse réussisse à le déguiser, ils prennent un ton repentant, sans avoir le cœur contrit, pour s'épargner, non la faute, mais la censure, en couvrant l'ignorance d'une

< Le quatrième degré d'humilité, opposé à ce péché, consiste à souflrir patiemment pour l'obéissance. — * Ps. CXL,4. • Eccli., XIX, 23. — • Prov., xvm, !7.

DE L'HUMILITÉ ET DE L'ORGUEIL

transgression manifeste des dehors d'une confession publique.

Âl. Belle humilité, dont l'orgueil veut s'affubler, pour éviter toute confusion ! Mais cette tactique estvite éventée par le supérieur, s'il ne se laisse point fléchir par cette humilité superbe, en dissimulant la faute et différant la punition. I^ fournaise éprouve les vases du potier, et la tribulation aide à discerner les vrais pénitents. Le vrai repentir ne craint pas les labeurs de la pénitence. Tout ce qu'on lui inflige pour une faute qu'il détecte, sa conscience l'accepte en silence. Fidèle à l'obéissance, il ne se lasse ni des rencontres pénibles et fâcheuses, ni des injures qu'on lui fait, et il prouve ainsi qu'il est parvenu au quatrième degré d'humilité. Pdbr celui dont les aveux ne sont que simulés, rencontre-t-illa plus légère injure ou la plus petite peine, il ne peut plus dissimuler sa dissimulation ; il murmure, il grince les dents, il s'emporte; on le surprend, non au quatrième degré d'humilité, mais au neuvième de l'orgueil, qui, d'après la description que nous en avons faite, peut s'appeler confession fausse. Quelle confusion pour un cœur suspect, quand sa fraude est trompée, sa paix troublée, sa gloire amoindrie, et que sa faute subsiste 7 Le voilà noté de tous, jugé par tous; et l'indignation générale est d'autant plus grande^ qu'on trouve fausse l'opinion qu'on avait d'abord conçue de lui. C'est alors qu'il faut un supérieur qui l'épargne d'autant moins, que les ménagements qu'on aurait pour un seul blesseraient tout le monde.

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