‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 269 sur 385 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

FOURQUOl ET GOMMENT DIEU DOIT ÊTRE AIMÉ ?

i. Vous voulez donc savoir de moi pourquoi et comment Dieu doit être aimé? Je vous réponds : La raison d'aimer Dieu c'est qu'il est Dieu, et la mesure de cet amour c'est de l'aimer sans mesure ^ Est-ce assez ? Assurément, mais pour un sage. Or, comme je suis aussi le débiteur des insensés *, je dois parler pour eux, après en avoir dit suffisamment pour les sages. Je ne craindrai donc pas de m'étendre un peu en faveur des esprits lents, plutôt que de viser à la profondeur. Deux raisons nous engagent à aimer Dieu pour lui-même ; il n'est pas d'affection ni plus juste, ni plus féconde. Cette question : Pourquoi faut-il aimer Dieu? a deux sens : car on peut demander, et c'est la difficulté principale, si c'est pour son mérite, ou pour notre avantage que Dieu doit être aimé. A quoi je ferai la même réponse. Je ne vois pas d'autre motif d'aimer Dieu que luimême. Examinons d'abord la question de mérite. Dieu a grandement mérité de nous, puisqu'il s'est donné à nous indignes d'un tel bienfait. Que pouvait-il nous donner de mieux ? Si donc, en cherchant la raison d'aimer Dieu, on recherche ses titres, voici le principal : 11

^ On trouve ces paroles dans nne lettre de SéTère de MilèVe à nint Augostin (Leitret de S. àug., 109). ^ * Rom., i, 14.

S. Berh. — ToM. II.

nous a aimés le premier. 11 mérite donc un retour d'amour, surtout si on vient à considérer qui a aimé ; quels sont ceux qu'il a aimés, et à quel point. Qui ? N'est-ce pas Celui que toute intelligence salue par ce cri : Vous êtes mon Dieu, car vous n'avez pas besoin de mes biens *; et il est vrai l'amour de cette Majesté, puisqu'elle ne cherche pas ses intérêts. Et à qui s'adresse une affection si pure ? Quand nous étions encore des ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu *. Dieu nous a donc aimés et gratuitement, et quand nous étions dans sa haine. A quel degré? Jean le dit: Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique * ; et Paul ajoute : Jl na pas épargné son propre Fils, mais il Va livré pour nous tous *. Et le Fils lui-même déclare, qu'on ne peut porter à ses amis un amour plus grand que de donner sa vie pour eux *. Voilà ce qu'a fait le Juste pour des impies ; TËtre souverain pour des êtres infimes ; le Tout-Puissant pour des hommes misérables. On me dit : Il n'a pas tant fait pour les Anges. C'est vrai, mais cela n'était pas nécessaire. Au reste. Celui qui a secouru les hommes en une pareille nécessité, en a préservé les Anges ; et Celui qui, dans son amour |H)ur les hommes, les a tirés d'un pareil état, a aussi, dans son amour, accordé aux Anges de ne pas descendre à cette condition.

* Pa. XV, 2.— • Rom., v, 10.— «Jean, m, «6.—* Rom , Tiii, 32.^ * Jean, it 13.

TRAITÉ DE L'AMOCR DE DIEU

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