ÉVÊQUE D'IRLANDE
PRÉFACE
Ûd eo^bbé Congan.
I. II a toujours été utile d'écrire les Vies refiiarquables des Saints, pour être le miroir, le modèle, et comme le condiment de la Tie des hommes sur la terre. C'est le moyen de les faire revivre pour nous, après leur mort; ot, grâce à ces récits, beaucoup qui étaient morts de leur vivant, ont été rappelés à la véritable vie. Hais ce devoir nous est surtout imposé par la sainteté si rare aujourd'hui, et par notre temps si pauvre en hommes. Cette indigence est si éclatante, qu'évidemment nous sommes atteints par cette sentence de l'Écriture : Z'tVitquité abondera^ et la charité (fun grand nombre se refroidira ^ Et je crains bien que déjà ne soit à nos portes, ou n'y touche, celui dont il est écrit : La pauvreté marchera devant lui*. Si je ne me trompe, c'est l'Antéchrist que précède et accompagne ainsi la stérilité et l'absence de tout bien. Mais, soit qu'elle annonce sa présence, ou qu'elle présage sa prochaine arrivée, cette pauvreté n'est que trop visible. Je ne parle pas de la masse, je laisse la vile multitude des enfants de ce siècle ; je ne veux que porter un regard rapide sur les colonnes de l'Eglise. Parmi ceux qui ont été établis les flambeaux des nations, combien m'en montreriez-vous qui, dans leur élévation, brûlent au lieu de tumerl Si votre lumière est ténèbres ^ quelle est donc l'épaisseur de vos ténèbres mêmes ? A moins que vous n'alliez soutenir (ce que je ne crois pas) qu'ils brillent, ceux pour qui la piété est un trafic, qui, dans l'héritage du Seigneur, cherchent leurs intérêts, bien plus ardenment que ceux de Dieu. Et que dis-je? leurs intérêts I
« MlUb., xxiT, 18.— * Job, xu, 43.— sMaUb.,V],S3
Estimez donc parfait et saint celui qui se bome> à chercher ses intérêts, à garder son bien, et dont le jcoBur et la main respectent celui d'au-/ frui* Toutefois, quectthii^qui en teste. 1^ sa^ba que c'est là une sainteté exjf ée . xles. ipaSens mêmes. Les soldats pour arriver au salut ne doivent-ils pas se contenter de leur paie ' ? La belle perfection, si les Docteurs de l'Église ressemblent à un soldat : Et si le prêtre (comme le prophète l'a dit à sa honte], est comme le peuple *• 0 désordre I faudrait - il regarder comme habitant les hauteurs de la perfection, celui qui, tombé du degré le plus élevé, s'attache à peine au dernier, prêt à glisser dans rabtme ? Et pourtant, qu'il est rare celui-là,' même dans les rangs du clergé 1 Montrez moi donc un homme qui, se bornant au néces-| saire, dédaigne le superflu? Cependant, c'est une loi tracée par les Apôtres à leurs succes-| seurs, de se contenter de la nourriture et du vêtement *. Hais qu'est devenue cette règle? On la voit bien dans les livres, on ne la rencontre plus dans les hommes. Vous lisez, en parlant du juste, que la loi de Dieu est dans son cœur ^, et non dans son livre. Et ce n'est pas même ici un degré de perfection, car l'homme parfait est prêt à manquer même du nécessaire. Mais ceci est inutile. Plût au ciel qu'on sût se borner dans le superflu, et qu'on n'eût pas des désirs infinis I Quoi ? cette trouvaille est-elle possible ? Elle est difficile. Mais que faisonsnous? Nous cherchions un homme excellent, sauveur des autres : et c'est à peine si nous en
1 Luc, m, 44. — * l8a!e, xxit, 2. — * llTim., vi, 8.—