ENFANCE ET AD0LE8CXNGE DE SAINT HALAGHIE
i . Notre Malachie, né en Irlande, chez un peuple barbare, y fut élevé et instruit dans les lettres. Il ne garda rien de la barbarie natale, pas plus que les poissons de la mer ne gardent le goût du sel où ils sont nés. Qu'il est doui de Toir la grossièreté sauvage donner un saint et un serviteur de Dieu si plein de mansuétude 1 Celui qui tire le miel du rocher^ et rhuile de la pierre, a fait ce miracle. Ses parents étaient de bonne race : ils étaient puissants ; ils comptaient parmi les grands de la terre. Sa mère, plus noble encore par le cœur que par le sang, travailla, dès le commencement, à montrer à Tenfant les routes de la vie, estimant cette science plus précieuse pour lui que lascience si videde la littérature mondaine. Cependant l'enfant montra pour toutes les deux une capacité proportionnée à son âge. Il apprenait les lettres dans les écoles, la crainte de Dieu à la maison ; et ses progrès journaliers répondaient à la fois, et aux leçons de son maître, et aux soins de sa mère. Il avait reçu de la nature un excellent esprit, qui en faisait un enfant
* Saint Matachie mourut en i 148, Ie2noTembre. V. tome !«', pag. U8, etc., las rapports du saint EYèqae avec Clainranx.
docile, aimable et merveilleusement gracieux pourtoutlemonde.Du cœur maternel ilbuvait, à la place de lait , les eaux salutaires de la sagesse, et il devenait chaque jour plus prudent. Dirais-je plus prudent ou plus saint? Je ne tromperais pas en disant qu'il était l'un et l'autre, car je dirais la vérité. Enfant par les années, c'était un vieillard par les mœurs, tant il était éloigné de la légèreté de l'enfance! Toutes ces qualités attiraient sur lui le respect et l'admiration universelle: il n'en conçut aucune fierté (ce qui est trop ordinaire), et il ne s'en montrait que plus paisible et plus doux. Il n'était ni impatient de l'autorité du maître, ni empressé d'échapper à la discipline, ni dédaigneux de la lecture, ni avide de jeux, habitudes chères et familières à cet âge. Ses progrès dans les lettres surpassaient ceux de ses camarades. Bientôt il éclipsa par la régularité de ses mœurs et ses progrès dans la vertu, ses maîtres mêmes, guidé moins par sa mère que par l'onction de la grâce. Sous cette impulsion, il s'exerça courageusement aux choses de Dieu. . Il cherchait la solitude, se livrait à des veilles prématurées, méditait la loi sainte, mangeait peu et priait longuement. Et comme ses études et sa timidité l'empêchaient de fréquenter à son gré l'église, il levait en tout lieu vers le ciel des mains pures, quand il pouvait le faire
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secrètement ; car déjà il dyitait prudemment la vaine gloire, poison des vertus.
2. Près de la ville où étudiait l'enfant était un village, où son maître allait souvent, sans autre compagnie que lui. Le long du chemin, Halachie ralentissait le pas, et, comme il Ta souvent raconté, restait derrière le maître qui ne le voyait pas : il levait alors les mains au ciel, se livrait à Toraison, et lançait, à la dérobée, vers Dieu, la flèche de sa prière; puis, sans rien laisser voir, il se remettait à suivre son maître, et son compagnon, qu'il avait l'habitude de tromper par ce pieux stratagème. On ne peut dire tous les traits de bon caractère qui embellirent ses premières années; mais passons à des faits plus importants et plus utiles. Je dois citer pourtant un dernier trait qui, à mon avis , donnait de lui nonseulement de bonnes, mais de grandes espérances. Attiré par la renommée d'un maître célèbre dans renseignement des arts libéraux, il va le trouver, mû par le désir d'apprendre; car, déjà, dès l'enfance, il était passionné pour ce genre d'étude. Mais, en en- , trant chez cet homme, il le voit s'amuser avec une alêne, et sillonner la muraille de traits rapides. Cette vue seule blesse le sérieux enfant, qui ne peut souffrir cette légèreté; il s'éloigne, pour n'avoir pas de rapport avec ce maître. Malgré son goût ardent pour les lettres, cet ami de la vertu leur préféra l'honnêteté. Ainsi préludait-il aux combats plus difficiles d'un autre âge. Déjà, U provoquait l'ennemi. Telle fut l'enfance de Malachie.Son adolescence s'écoula dans la même simplicité et la même innocence, avec cette seule différence, que le développement de l'âge le fit aussi croître en sagesse et en grâce, devant Dieu et devant les hommes,
' 3. Déjà, c'est-à-dire, dès le seuil de l'adolescence, commençait à se révéler ce qu'il y avait en lui, et la grâce divine ne se montrait pas oisive en sa personne. Dans sa clairvoyance, ce jeune homme, voyant, le monde tout entier dans le mal % et songeant à l'esprit qu'il avait reçu, se disait: a Cet esprit n'est pas « celui du monde. Qu'y a-t-il. de commun a entre eux?Il n'y a pas plus de rapport de l'un « à l'autre, que de la lumière aux ténèbres. Le * a mien vient de Dieu ; et je sais les dons qui a m'ont été faits par lui. Je lui dois l'innoc cence de ma vie, l'honneur de la continence, a la faim de la justice, et cette gloire d'autant a plus sûre qu'elle est plus secrète, le témoi-
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a gnage d'une bonne conscience. Rien de tout « cela n'est en sûreté, sous le prince de ce 0 monde. D'ailleurs, je tiens ce trésor dans un 0 vase d'argile. Si je heurte, je risque, en le « brisant, de répandre l'huile de joie que je a porte ; et ne pas heurter, parmi les pierres et a les rochers d'une route tortueuse et hérissée a d'obstacles,est très-difficile. Je perdrais donc, « en un moment, toutes les douces bénédic- « tions, dont la grâce m'a prévenu dès Ten- « fance? Je les remets plutôt à Celui de qui « elles viennent, et je me donne moi-même à a lui. Je perds mon âme pour un temps, afin a de ne pas la perdre à jamais. Ce que je suis, a tout ce que j'ai, peut-il être plus en sûreté « que dans la main de Dieu? Qui conserve a avec plus de sollicitude? Qui garde avec plus « de force ? Qui rend avec plus de fidélité ? Il « mettra mes biens en lieu sûr : et me les rea stituera en temps voulu. Je me donne donc « sans retour à lui, pour le servir|de ses dons, a Je ne puis rien perdre des trésors que je cona sacre à la piété; peut-être même m'est-il a permis d'en attendre un accroissement. Celui a qui donne gratuitement est dans l'habitude « de rendre avec usure. Oui, c'est la vérité : il a augmentera et multipliera la vertu dans mon « âme » . Ainsi pensa Malachie, ainsi agit-il, sachant que vaines sont les pensées humainesj quand elles ne sont pas suivies d'effet.