‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 360 sur 385 · SI · texte numérisé non relu

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ia muiique en tempt de deutt *. Nous assistons à la fête, et nous chantons malgré nous» Nous pleurons en chantant, et en chantant nous versons des larmes. Pour Halachie, s'il ne chante pas, il ne pleure pas. Comment pleurerait-il, lui qui touche à la joie même ? C'est à nous qui restons, qu'est laissé le deuil. Malachie est seul en fête ; car son cœur fait ce qui est impossible à son corps, selon ce qui est écrit : La pensée de Vhomme vous louera ; e* le touvenir qui lui restera de cette pensée^ le tiendra comme dans une fête continuelle devant vous*. L'instrument de son corps lui manquant, sa voix étant réduite au silence, il ne lui reste que la joie du cœur, pour célébrer cette fête. Comment ne la célèbrerait-il pas, lui, un saint conduit à la grande solennité des saints? Il leur rend le culte qui bientôt sera dû à lui-même. Encore un peu.en effet, et il est de leur nombre.

73. Au crépuscule de la nuit, quand déjà la solennité du jour était complète pour nous, Malachie touchait, non pas au crépuscule, mais à l'aurore. Et n'était-ce pas vraiment l'aurore, puisque pour lui, la nuit avait fini, et le jour était venu? La fièvre redoublant de violence, une sueur brûlante s'échappe de tout le corps, afin, pour ainsi dire, que ce fût à travers le feu et Teau, que Malachie fût conduit au rafraîchissement. Déjà on désespère de sa vie ; déjà chacun voit Terreur de son jugement, et personne ne doute que le sentiment de Malachie ne soit le plus juste ; on nous appelle tous : nous venons. Et lui, levant les yeux sur l'entourage: a J'ai désiré d'un vif désir, dit-il, 0 manger cette Pâque avec vous ; j'en remera cie la bonté divine ; mon désir n'a pas été 0 trompé». Voyez- vous la sécurité de ce saint dans la mort? Il est assuré de la vie; ce qui ne doit pas surprendre. Voyant approcher la nuit qu'il avait attendue, nuit qui pour lui se transformait en jour, il semble triompher d'elle, insulter aux ténèbres, et dire en quelque sorte: <x Je ne m'écrierai plus : Peut-être que « les ténèbres me fouleront aux pieds, parce a que cette nuit illumine mes délices » . Et nous consolant doucement: a Ayez soin de « moi, dit-il; à mon tour, si je le puis, je ne Cl vous oublierai pas ; et je le pourrai. J'ai cru « en Dieu, et tout est possible à la foi ; j'ai aimé « Dieu, je vous ai aimés, et l'amour est immor- (( tel » . Puis regardant le ciel : a 0 Dieu, dit-il, c( gardez-lesen votre nom; non-seulementeux, a mais tous ceux qui, à ma parole et par mon

Eccli., XXII, 6 — * Pi. lxxv, 11.

c ministère, se sont consacrés à votre service » . Ensuite, imposant les mains à chacun, et les bénissant tous, il les envoie se reposer, parce que son heure n'était pas encore venue.

74. Nous nous retirons, et nous revenons vers le milieu de la nuit, car à cette heure, on nous annonce que la lumière luit dans les ténèbres. L'appartement est rempli ; toute la communauté est réunie, avec plusieurs abbés qui étaient accourus à Clairvaux. Au chant des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, nous escortons l'ami qui regagne la patrie. La cinquante-quatrième année de son fige, au lieu et à l'époque choisis et prédits par lui, Malachie, évêque et légat du Saint-Siège apostolique, enlevé de nos mains par les anges, s'endormit heureusement dans le Seigneur. Et ce fut vraiment un sommeil. Le calme de son visage était l'indice de son paisible trépas. Tous les yeux étaient fixés sur lui, et cependant personne ne s'aperçut de son dernier soupir. Mort, on l'eût dit vivant, comme vivant) on l'eût cru mort ; rien ne sépara en lui ces deux moments. Même naturel dans ses traits ; même sérénité qu'il avait en dormant : vous auriez dit que, loin de lui rien ôter, la mort avait ajouté à la gravité de son visage. Il n'était pas changé, mais il avaitchangé tout le monde. Car soudain, et d'une façon surprenante, la douleur et les gémissements s'apaisent. La joie succède au deuil, le chant étouffe les cris, on enlève son corps au milieu des chants qui montent vers le ciel, il est porté dans l'église, sur les épaules des abbés. La foi est victorieuse^ Taffection triomphe, le calme renaît partout, tout se fait avec ordre, tout procède de la raison.

75. Et en effet, est-il raisonnable de pleurer sans mesure Malachie. comme si sa mort n'était pas précieuse, et plutôt un sommeil qu'une mort, un port, et l'entrée de la vie? Malachie, notre ami, dort, et je m'affligerais 1 Un pareil deuil se justifie par l'usage et non par la raison. Le Seigneur a accordé à son bien-aimé le sommeil, et un pareil sommeil est un héritage divin; il lui a donné pour récompense les fruits de ses entrailles : qu'y a-t-il donc là qui demande des larmes? Quoi I j'en répandrais sur celui qui est sorti de la. région, où on les verse ? Il tressaille, il triomphe, il est entré dans la joie de son Seigneur, et moi je plaindrais son sorti Ah 1 j'aspire à ces biens, mais sans les envier à d'autres. Cependant, on dispose les funérailles, on offre le sacrifice pour lui, tout s'accomplit selon l'usage, avec une

piété profonde. An loin, dans rassemblée il y ayait un enfant, qui ayait un bras mort, pendant le long de son corps, et qui lui était plutôt embarrassant qu'utile. L'ayant aperçu je lui fais signe d'approcher, je lui saisis cette main aride et je l'approche de la main de réyéque,quilui rend la yigueur. Car la grâce de guérison yiyait toujours en ce mort, et sa main fut à cette main inerte, ce qu'Elisée fut pour un homme mort K Cet enfant était yenu de loin, et il remporta saine, en sa patrie, cette main qu'il ayait apportée inerte. Or^ toutes cérémonies étant accomplies selon l'usage, Malachie fut enseyeli dans la chapelle même

de la samte Viergie, Mère de Dî^u, qu'il arait aimée, Tan de l'Incarnation de NotronSeigneur mil cent quarante huit, le quatre des nones de noyembre. C'est yotre dépôt, boa Jésus, qui nous est confié ; c'est yotre trésor qui est caché au milieu de nous. Nous le gardons, pour le rendre, au temps oùyous nous le réclamerez; nous ne yous demandons qu'une grâce : qu'il ne s'en aille pas sans ses compagnons, mais que celui qui fut notre hôte, deyienne aussi notre guide, et puissions-nous régner tous ayec lui , dans les siècles des siècles. Ainsi soit-iP.

1 ly Rois ZiII SI.

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