‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 359 sur 385 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

IL VIENT DE NOUVEAU A CLAIRVADX POUR Y MOURIR, AU LIEU ET AU TEMPS QU'lL AVAIT DÉSIRÉS.

70. Nous le reçûmes comme le véritable Orient,bien qu'il nous vîntderOccident. Quelle clarté ce soleil répandit sur notre Clairvaux 1 Quel jour de fête fut son arrivée parmi nous I Ce fut vraiment un jour préparé par Dieu même, jour de félicité et de transport 1 Avec quelle agilité, j'ai bondi à sa rencontre, tout faible et tremblant que j'étais! Avec quel élan je me suis précipité pour le baiser I De quels bras émus j'ai pressé cet bomme béni, que le ciel nous envoyait 1 De quel visage et de quel cœur, ô mon Père, je vous ai introduit dans la mai^^on de ma mère, et dans sa chambre I Quels heureux, mais trop courts jours, j'y ai passés avec vous 1 Et lui, quel fut-il à son tour avec nous l Notre Pèlerin se montrait riant, affable, et merveilleusement gracieux à tous. Quel bon et aimable hôte, pour nous qu'il était venu visiter des extrémités de la terre, non pour voir Salomon, mais pour nous le retracer! Nous l'avons entendu, nous avons possédé sa présence; nous la possédons toujours. Déjà ces quatre ou cinq jours de fête s'étaient écoulés,lorsqu'à la Saint-Luc, ayantcélébré la messe conventuelle, avec sa dévotion profonde, saisi par la fièvre, il dut se mettre au lit ; nous nous y mîmes avec lui. Le chagrin succède à nos joies, léger encore, parce que la fièvre paraissait faible elle-même. Vous auriez vu courir partout les frères avides de donner ou de recevoir des nouvelles. A qui n'était-ce pas un bonheur de le voir, et un bonheur plus grand encore de le servir? Douces et salutaires à la fois étaient ces deux choses. Le servir était, avec un acte d'humanité, un avantage personnel pour chacun, car on en recueillait une grâce. Tous voulaient l'assister; tous étaient empressés à ce ministère, à aller quérir les remèdes, à faire les fomentations, à le presser de boire. Et lui leur disait : « Tout cela est inutile ; mais c'est «par charité pour vous, que je vous obéis ». Il savait bien que le temps de son départ approchait.

71. Les frères venus avec lui repétant dans leur conûancL-, qu'il ne fallait uas desespérer

de sa vie : a Cette année, dit-il, tfalacbie doit a sortir de son corps ». Ef il ajoutait: «Le «jour approche, ce jour que vous savez tant «désiré de moi, où. s'accomplira ma dissoluce tion. Je sais à qui j'ai cru : et ma certitude a est entière. Je ne serai pas privé de mon der- « nier désir : déjà mes vœux sont exaucés en « partie. Celui, dont la miséricorde m'a conduit « en ce lieu, ne me refusera pas le terme que « j'ai voulu atteindre. Quanta ce pauvre corps, c( c'est ici mon repos; pour mon âme. Dieu y a pourvoira, lui qui sauve ceux qui mettent c( en lui leur espoir. Et j'ai une grande cona fiance en ce jour, où les vivants prodiguent a aux mortsleursbien faits » .Le jour dont il parlait n'était pas éloigné. Cependant, il demande qu'on lui donne l'extrême- onction. La communauté sortant pour ajouter à la solennité de cet acte, il ne put souffrir qu'elle montât jusqu'à lui ; il descendit au milieu d'elle. Or, il était couché sur la terrasse, au haut de la maison. On l'oint d'huile sainte ; il reçoit le Viatique, il se recommande aux prières des frères; il recommande les frères à Dieu, et il retourne à son lit. Il était descendu à pied de la terrasse, il y remonta de la même façon : et il disait que la mort était aux portes. Qui eût cru que cet homme allait finir? Lui seul et Dieu pouvaient le savoir. Nulle pâleur sur son visage, nulle maigreur sur ses traits ; aucune ride sur son front: ses yeux n'étaient pas enfoncés, ni ses narines amincies, ni ses lèvres contractées, ni ses dents comme brûlées, ni son cou grêle et effilé, ni ses épaules courbées, ni sa chair desséchée, dans le reste du corps. Il y avait en sa personne une grâce, et sur son visage un rayonnement-, que la mort même respecta. Tel il vécut, tel il paraissait près de mourir, semblable à un homme encore plein de vie.

72. Nous avons couru jusqu'ici ; maintenant nous hésitons, parce que Halachie a consonnné sa course. Il s'arrête, et il nous arrête avec lui. Et qui donc courrait volontiers à une mort? Qui pourrait redire la vôtre, ô [ère saint ? qui voudra l'entendre? Cependant, nous nous sommes aimés dans la vie, et nous ne serons pas séparés dans la mort? Non, frères, non, ne quittons pas dans la mort celui que nous avons suivi vivant. Il est venu du fond de la Scotie chercher ici sa fin ; allons, et mourons avec lui. Cependant, il faut bien redire ce trépas qu'il a fallu voir. Arrive la belle fête de la Toussaint ; mais, selon une vieille maxime : Un récit à contre-temps est comme

SUR LA VIE ET LES ACTIONS DE SAINT MALACHIE

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