‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 363 sur 385 · L'ANTIPHONAIRE DE L'ORDRE DE CITEAUX · texte numérisé non relu

L'ANTIPHONAIRE DE L'ORDRE DE CITEAUX

PREFACE

Ce livre sur le chant m*a été envoyé, il y a déjà quelque temps, par un homme de pieuse et admirable mémoire, Jean Bona, alors abbé général de sa congrégation, et plus tard cardinal de la sainte Eglise romaine. Le livre est précédé d'une lettre que j'ai crue de saint Bernard. Pour le traité, il faut, à mon avis, Tat- (ribuer aux collaborateurs que le Saint s'était adjoints, comme la lettre l'insinue. Dans le manuscrit de Foigny, cet opuscule est attribué à Gui, abbé de Cbarlieu, sous ce titre : a Lettre de Dom Gui, abbé de Cbarlieu, sur le chant»; cette lettre commence ainsi: le chant en usage 3ans les églises de Tordre de Cîteaux, etc., landis que le traité débute en ces termes: a Nous voulons que vous sachiez, etc. » Gui, abbé de Cbarlieu, au diocèse de Besançon, est le même, en faveur de qui saint Bernard écrivit $a lettre cent quatre-vingt-dix-septième et les deux suivantes *. Qu'il soit l'auteur de ce traité, c'est ce que je ne puis me persuader, en voyant qu'à la fin de cet écrit, il qualifie dencomprovinciales » les Églises de Reims, Beauvais, Amiens et Soissons. Ensuite, parlant de l'Antiphonairede Soissons, il ajoute: «Nous l'avons presque sous la main » . Tout cela me fait regarder comme plus yraisemblable que l'auteur est un moine ou un abbé de Longpont, monastère situé à peu de distance de Soissons. Peut-être a-t-il composé le livre avec Gui, abbé de Cbarlieu, car saint Bernard s'est associé pour ce travail plus d'un collaborateur. Peutêtre aussi, l'auteur serait-il Gérard, abbé de Longpont, loué au septième livre, chapitre onzième, de la Vie du Saint, ou un autre Gui, alors abbé de Chaâlis, près de Senlis.

Plusieurs doutent que ce traité ait été écrit

> Tirée de Mabillon. — * Tome I, pag, 474, etc.

du vivant de saint Bernard, car on voit aux premiers mots de la lettre ou du traité, qu'il fut composé longtemps, après les exordes de l'ordre de Cîteaux. Hais un traité du même genre nouvellement rédigé était conservé dans un exemplaire des livres corrigés par Etienne, troisième abbé de Citeaux ; il prescrivit de corriger tous les livres de l'ordre, sans excepter i'Antiphonaire. Tels étaient alors le soin et la sollicitude des supérieurs de cet ordre pour les choses saintes. Ce traité était donc joint à cet exemplaire corrigé ; il en fut séparé dans la suite, comme j'en ai moi-même acquis la preuve , d'après la table des livres contenus dans ce recueil, et par la place laissée vide par son enlèvement. Cet opuscule date incontestablement des premiers jours de l'ordre, puisqu'au début, ilfait mention des Cisterciens qui observaient alors la règle dans toute sa rigueur et sa pureté, sans aucune dispense ; ce qui doit s'entendre des premiers temps de Cîteaux. Dans le livre des Instituts de Citeaux, recueillis en 1434, par Rainard, abbé de Citeaux, parmi les livres nécessaires aux nouveaux monastères, on cite, au chapitre douzième, un Antiphonaire ; or, celui de Citeaux était précédé de ce traité. Du reste la vie d'Etienne, abbé d'Obazine, ôte tout doute à ce sujet. Elle est d'un auteur contemporain, et elle a été récemment publiée par le savant Baluze*. au tome IV de ses Mélanges. On y lit, au livre second, chapitre XIII : <( Il faut savoir que les livres dont « on se servit d'abord à Citeaux pour l'office <( divin étaient pleins de fautes et d'incorrec- <c lions; etqu'ilsdemeurèrentpourtanten usage «jusqu'à saint Bernard. Alors, en vertu d'un c; décret commun des abbés, ils furent corrigés t par le saint abbé et ses chantres, et mis dans

PRÉFACE

e Tordre où ils sont aujourd'hui » . On ne peut alléguer rien de plus positif que ce témoignage. Au Supplément des Pères, publié, en 1684, à Paris, parle R.P.Hommey,augustin,à l'opuscule sur la manière de chanter TAntiphonaire s'en trouve joint un autre sur la façon de chanter le Graduel*. Comme la lettre de saint Bernard n'en parle pas, et ne fait mention que de l'antiphonier, il y a sujet de douter si cet opuscule est de saint Bernard et de ses collaborateurs ; à plus forte raison peut-on hésiter sur l'authenticité de plusieurs autres écrits attribués au saint Docteur par Hommey. J'ai cru devoir joindre ici l'avertissement sur ce traité, que m'a adressé le pieux Jean Bona. Le voici:

a D. Jean Bona, abbé général de la Congrégation réformée de saint Bernard, de l'ordre de Clteaux, au lecteur, salut.

a Dans le célèbre monastère de St-Sauveur du mont Amiato, de l'ordre de Citeaux, au diocèse de Sienne, il y a un vieil Antiphonaire apporté de Citeaux, quand la réforme cistercienne fut introduite dans cette maison par le vénérable abbé Raynier, en 1231. En tète de cet Antiphonaire, se trouve le traité suivant attribué à saint Bernard, abbé de Clairvaux. Je ne doute pas qu'on n'en rencontre aussi d'autres exemplaires dans d'autres couvents de l'ordre. Charles de Visch, dans sa bibliothèque cistercienne fait, en ces termes, mention d'un de ces exemplaires. Au monastère de Laon,en Flandre (?], on conserve une lettre inédite de saint Bernard, sur le chant ; elle commence ainsi: Bernard^ humble abbé de Clairvaux. Possevin, dans sa bibliothèque choisie, livre 1 5, cbap. 6, range saint Bernard parmi les écrivains qui ont traité de la musique. Ange de Picigitone, frère miiieur, a publié, en 1547, à Venise, deux livres sur le plain chant et le chant figuré. Le premier renferme plusieurs citations empruntées à ce traité, entre autres au chapitre 29*. C'est, dit-il, ce que prouve wnt Bernard quand il dit, dans sa musique,

< On le IroiiTe dans Téditlon de saint Bernard, de Migne, tome I, pag. 1151, avec un traité des tons, attribué aussi à l»iDt Bernard ; oo en trouvera la traduction plus loin

que s'il est expédient de produire un son plus doux, on met quelquefois un bémol mais comme à la dérobée, dans la crainte que le chant semble se confondre avec un autre ton. Au chapitre 46, sur la terminaison des tons, saint Bernard^ aussi versé dans les choses humaines que dans les sciences divines^ décrit ces lettres, dans son excellent traité de musique, quand il dît que ces lettres D. E. F. G, sont terminatives des chants. Et au cbap. 47' de l'Élévation et de l'abaissement des tons : Tout ton, dit-il, peut avoir dix notes, comme l'enseigne avec autant d'exactitude que de clarté le docte saint Bernard, dans le prologue si sage de son traité de musique ; il en donne trois raisons principales, l'autorité du psautier, l'égalité de la dignité, et la nécessité de la notation. Toutes ces choses se trouvant précisément dans ce traité, on en conclut avec assez de probabilité que saint Bernard en est l'auteur. Le style ne contredit pas ce sentiment, autant du moins que le permettent les termes propres à la musique. L'expression barbare de maneria, maneries (manière) répétée plusieurs fois est employée souvent par les musiciens. On la trouve dans le petit traité de musique pratique qui est parmi les œuvres de Bède, car c'est à tort qu'on l'attribue à Bède même, comme le prouvent les notes qui n'ont été inventées qu'environ trois cents ans plus tard, et certains passages littéralement copiés, dans le Doctrinal et le Micrologue de Guy d'Arezzo. Saint Bernard s'est lui-même servi de cette expression, dans sa lettre 339' adressée à Baudoin. Tout cela nous montre avec quelle sollicitude nos devanciers ont veillé à écarter des offices divins toute indécence et toute innovation, et à conserver la gravité et la majesté ecclésiastiques, dans les paroles et le chant J'avais eu la pensée d'éclaircir ce traité par des notes plus abondantes ; après mûre réflexion, je me suis abstenu de le faire, car ces notes, superflues pour ceux qui connaissent la musique, ne serviraient de rien à ceux qui y sont étrangers. Voyez cependant ce quej'ai dit du chant ecclésiastique, et des tons dans mon Traité de la Psalmodie^ cbap. xvu, § 3 et 4.

TRAITÎ DU CHANT

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