A THOMAS, PRÉVÔT DE BEVERLEY
Lettre |leine de douceur et d'onction, par laqnelle il invite Thomas à la vie religieuse, sans s'arrêter aux pééhés qu'il peut avoir commis. Il ajoute que rien en ce monde n'est préférable à une bonne conscience.
A Thomas, jeune homme de bonne espérance, vénérable prévôt de Beverley, le frère Bernard, serviteur des pauvres du Christ qui sont à Claurvaux : qu'il fasse honneur à son nom, présage de rhérilage des apôtres.
i . Bien queje vous sois inconnu, Ives, qui vous connaît, m'a donné la pensée de vous écrire, et la charité m'y a déterminé. Il m'a rapporté de vous ce qu'il en savait, comme il l'a voulu; et la charité, qui croit tout % n'a pu entendre
ainsi : « La maison de Saint-Victor de Paris était d'abord un Prieuré de moines noirs de Marseille; ces moines furent expulsés avec l'autorisation du roi^ et maître Hugues, dit de Saint-Victor, y amena une communauté de chanoines réguliers de Saint- Rufîis, de Valence. Cette Congrégation prospéra si bien, qu'elle compte dans sa dépendance trente abbayes et plus de quatrevingts prieurés. » Jacques de Vitry dit d'elle, £/f#^ Occident., cap. 24 : « Cette sainte Congrégation est le refuge des pauvres, la consolation des affligés, l'appui et comme le fondement des faibles, le soulagement de ceux qui sont las, le soutien, la main qui relève ceux qm sont tombés, le port le plus tranquille des écoles.... Dès le principe, elle fut illustrée par un grand nombre de docteurs de Paris, hommes honorables et instruits, étoiles brillantes, perles précieuses, parmi lesquelles brille au premier rang le chantre du Seigneur, l'organe du Saint-Esprit, maître Bagues, dit de Saint- Victor. » Saint Bernard porta toujours à cette maison une affection toute partiatlière, comme le prouve une concession qu'il lui fit et dont la charte est restée. Gilduin, auquel notre lettre est adressée, fut institué abbé en 1113, par Louis le Gros, fondateur du monastère, loi-sque Guillaume de Cbampeaux, qui avait commencé la fondation, eut été élevé au siège de Chàlons.
^ Pierre, l'auteur des Sdnlences, était Lombard. Etant venu de l'université de Bologne en France, il fut recommandé à saint Bernard par l'évèque de Lucques, et par saint Bernard aux chanoines de Saint-Victor.
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en Yain ce qu'il a dit. Non, dis-je, elle n'a pu Feutendre en vain, du moins en ce qui me concerne; et bientôt, après l'ayoir écouté , j'ai été poussé par elle à yous écrire, à vous exhorter, à prier pour tous. N'en retirerez-vous aucun fruit? à vous de le voir. Nous sommes charmé, je l'ayoue, de tout ce que nous avons entendu dire de tous par ceux qui yous connaissent ; ce qui nous séduit en yous, ce n'est pas la noblesse du sang. Télégancedu corps, Téclatde la beauté, l'excellence des digiwtés : ces choses et celles qui leur ressemblent, ne sont que la gloire de la chair et la fleur des champs ; mais c'est la YÎYacité de Yotre esprit, la pureté de yos mœurs, et surtout cet amour de la sainte pauvreté que YOUS avez, dit-on, conçu depuis peu au milieu des richesses. C'est cela dont nous vous félicitons, et qui nous donne de vous cette bonne espérance, qui, s'il plait à Dieu, ne sera pas trompée. Puisse notre joie s'élever bientôt jusqu'aux Anges, qui attendent une fête solennelle et délicieuse pour votre conversion, comme pour celle des autres pécheurs I Oh ! si la fleur de votre jeunesse, la beauté de votre nature, pouvaient être remises en mes mains 1 s'il m'était permis de les garder pour Dieu sans qu'elles pâlissent, et de lui en offrir le suave parfum avant qu'elles se soient flétries I
2. Mais peut-être votre conscience me répondra-t-elle que je parle trop tard, et qu'on ne peut plus la garder intacte, parce que vous sentez que beaucoup de crimes l'ont déjà souillée. Je n'en suis point effrayé : pécheur moimême, je vois le pécheur sans épouvante, et je ne méprise pas le malade, parce que je me sens accablé par la maladie. Et quand bien même vous me croiriez en pleine santé, je ne refuse pas de devenir malade auprès d'un malade, pour le gagner. J'écoute volontiers, à ce sujet, le conseil de Paul, quand il dit : Vous qui êtes spiritueb^ instruisez avec un esprit de douceur ceux qui sont tombés; arrêtez vos regards sur vousmêmes y de crainte d'être y vous aussi ^ tentés ^ Je ne m'inquiète pas de la gravité de la maladie, quand je songe à l'habileté du médecin et à la charité que j'ai si souvent éprouvée pour moimême dans les langueurs qui m'ont accablé. Quels que soient les vices qui vous souillent, quelque flétrie que soit votre conscience, quelque horribles que soient les crimes qui ont déshonoré votre jeunesse, auriez-vous croupi dans la fange de vos mauvais jours comme un animal sur son fumier, vous serez certainement purifié, vous deviendrez plus blanc
1 Gaiat., Ti. 1.
que la neige, et votre jeunesse sera renouvelée comme celle de l'aigle ; car je sais qui a dit : Ou le péché avait abondé ^ la grâce a surabondé ^. Le médecin est plein de bonté, il guérit toutes les maladies de Tâme, et remplit tous ses désirs pour le bien *.
3. Une bonne conscience est un grand trésor. Quel bien est, en vérité, plus précieux et plus doux ? qu'y-a-t-il sur la terre qui donne plus d'assurance et de calme? Une bonne conscience ne craint pas la perte des richesses, les atteintes de la médisance, les souffrances du corps : car elle est plutôt relevée qu'abattue par la mort. Que comparez-vous dans les biens de la terre à une félicité aussi grande 7 qu'est-ce que le, monde offre de pareil, pour séduire ceux qui l'aiment? qu'est-ce qu'il leur promet de semblable, même quand il veut les tromper? sontce des terres immenses, de vastes palais, la robe des pontifes ou le sceptre des rois ? mais,' pour ne rien dire des dangers sans lesquels on ne peut ni acquérir ni garder ces biens, estrce qu'il ne suffit pas que la mort survienne pour que tout échappe à la fois? Car il est écrit : Ils se sont endormis dans leur sommeil^ et ils noni plus trouvé dans leurs mains rien de leurs richesses *. Hais les biens d'une bonne conscience reverdissent, le travail ne les use pas ; loin de s'évanouir à la mort, ils y refleurissent: ils réjouissent l'homme quand il est vivant, le consolent quand il meurt, le soutiennent quand il est mort, et ne lui manquent pas de toute l'éternité. Mais pourquoi m'arrêter à des paroles, quand je suis prêt à les accomplir par des faits? Vous avez devant vous le moyen d'acquérir la richesse ou de me convaincre de mensonge. Venez seulement et faites-en l'expérience. Avec quel bonheur nous courrons au-devant du fugitif en lui portant le painl' avec quels joyeux embrassements nous ac-' cueillerons notre jeune fils ! Aussitôt on lui donnera sa première robe, on lui mettra un anneau au doigt et l'on dira : Mon fils que voici était mort, et il est ressuscité ; il était perdu^ et il est retrouvé *.
LETTRE CDXII.
a t., jeune homme qui avait fait vosu d'embrasser la vie monastique.
Asonbien-aiméfllsT.yBemardyabbé de Clairvaux: qu'il aille au devant de TÉpoux et de l'Épouse.