‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 5 sur 385 · Après cela, vous demandez vivement · texte numérisé non relu

Après cela, vous demandez vivement

• Eccl. Vj5.

pourquoi on devra justement les appeler apostats, quand, rentrant dans leur monastère, ils s'appliqueront à remplir par de bonnes pratiques les devoirs de leur profession. Ce n'est pas à moi à les condamner, je le déclare. Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui \ et chacun portera son propre fardeau*. Car les ténèbres n'enveloppent pas le Seigneur, et on le reconnaîtra à ses jugements, tandis que les pécheurs seront enlacés dansles œuvres de le urs mains. Que chacun voie pour soi ce qui lui est bon. Je dirai ce que je pense de moi même. Moi, Bernard, si librement j'étais passé en parole et en acte d'une vie bonne â une vie nieilleure, d'un état périlleux à un autre plus ;>ûr, et qu'ensuite, par une volonté pervertie, l'eusse eu la témérité de revenir à ce que j'avais abandonné, je craindrais non seulement d'être apostat, mais de n'être plus propre au royaume de Dieu. C'est là ce que dit saint Grégoire : « Tout homme qui s'est proposé d'accomplir un plus grand bien, a rendu illégitime pour lui le bien moindre qui lui était permis auparavant. Car il est écrit : Celui qui met la main à la charrue, et gui regarde en arrière, nest pas propre au royaume de Dieu •. Or, l'homme qui s'était appliqué à une tâche plus difficile, est convaincu de regarder en arrière, si, abandonnant de plus grands biens, il retourne aux moindres *. » Quant à ce que vous avez voulu insinuer relativement à une certaine excommunication, il me semble que ce n'est point à vous à examiner cette affaire, ni à moi à la juger. Car la loi ne juge personne avant de l'avoir entendu, et il est téméraire de rendre une décision contre un absent.

LETTRE CCCXIV •.

(Écrite Tao 1134.)

AU SEIGNEUR PAPE INNOCEltT.

Saint Bernard» après avoir réconcilié les Milanais avec VÈglise, se rendit à Pavie et à Crémone, sur l'ordre d'innocent, pour i aciûer les villes de la Lombardie. N'ayant rien pu obtenir des habitants de Crémone, il annonce au Pape leur opiniâtreté, et il l'engage à suspendre, encore pooi quelque temps, la sentence trop rigoureuse que le Pontife se disposait à rendre contre Tarchevéque de Milan.

A son très-tendre seigneur et père, à Innocent^ Souverain-Ponlife, le frère Bernard : le peu qu'il est.

Les babitants de Crémone se sont endurcis

« II Tim. II. 19. — « Galat. vi, 5. — ■ Luc. ix. 62. — * Pastor. 3 part., ch. 28.

■Cette lettre doit être rapprochée de^ lettres 131,132 et 133.

LETTRES DE SAtNt BERNARÔ.

et leur prospérité les perd. Les Milanais méprisent tout, et leur présomption les séduit. Mettant dans leurs cheyaux et dans leurs chariots leur espérance, ils ont trompé la mienne, et ils ont rendu mon travail inutile. Je m'en allais tristement, quand m'est venue de votre part une grande consolation, en sorte que, si les tribulations souffertes pour le Christ abondent, les consolations qu'il donne abondent aussi. J'ai reçu votre lettre désirée, qui apportait la joie à mon cœur en m'informant de votre bonne santé, des malheurs de vos ennemis, des succès de vos amis. Cependant, à une seconde lecture, la tristesse est venue à la fin tempérer ma joie. Qui, en effet, votre indignation n'effrayerait-elle pas? Pour moi, je la redoute d'autant plus, que je reconnais qu'elle I ;st juste. Je vous dirai cependant que ce qui n'a pas encore été fait arrivera, mais au temps que Dieu aura fixé. Si cela n'arrive pas, tout ce que vous avez projeté sera toujours aussi facile et peut-être moins périlleux à exécuter. Autrement, hélas I combien ne sera-t-il pas aisé de renverser ce qu'on vient de construire au milieu de ce peuple avec tant de miséricorde de la part de Dieu, tant de peine p'^ur vous et pour les vôtres * ! Il serait surprenar^.t qu'on pût plaire ainsi à Celui dont la miséricorde,d'après l'Écriture, s'élève au-<lessus de la justice *. Oh I malheureux évéque ^, qui, transporté d'une sorte de paradis dans la ville de Hus en Chaldée, est devenu le frère des dragons et le compagnon des autruches 1 Que fera-t-il? 11 veut obéir, et les bétes d'Ëphèse grincent des dents contre lui. Il veut prudemment dissimuler quelque temps, et il encourt votre indignation plus terrible que toute leur férocité. Les angoisses l'environnent de tous côtés, seulement il trouve plus supportable d'être sans peuple que sans maître; avec raison, il estime plus la bienveillance apostolique que la chaire de Milan. Doutez-vous de sa fidélité ? Celui qui a tenté par de malicieuses suggestions de vous en faire douter, a trahi plutôt sa propre infidélité, en attaquant, d'une langue envieuse et perfide, un homme d'une réputation si pure. Très-clément Père, épargnez ce fidèle serviteur, épargnez cet édifice encore nouveau, épargnez cette plantation récente,

< Gny de Pise et.Malthiea d'Atbano, qu'Innocent avait en- ▼o^fés, avec saint Bernard, aux Milanais. (V. les lettres 131, 132 et 133.)

* Jacq. Il, 13.

* Ribauld, qui avait été éln évdque et confirmé par Innocent à la place d'Anselme, qui avait été déposé.

épargnez enfin ce peuple conquis par vous, et jusqu'à ces bienfaits que vous lui avez rendus, comme vous le rappelez très-justement. Souvenez-vous, bon maître, sou venez- vous de cette parole de Notre Seigneur \ Ily a troU ans que je viens chercher des fruits sur ce figuier^ et fe nen trouve pas *. Pour vous, à peine avez-vous attendu trois mois, et déjà vous préparez la cognée.Yous auriez patienté trois années, que nous aurions le droit de vous demander, comme à un fidèle serviteur, de différer encore un an, à l'exemple de votre Maître. Nous vous disons donc, nous aussi :a Ah i pardonnez cette année encore, pour voir si par hasard celui auquel vous avez confié cette terre de Milan, la retournant avec le fer de la pénitence, et y répandant la rosée de ses larmes, ne remédiera pas à sa stérilité et ne lui fera pas porter des fruits.

LETTRE CCCXV.

(ËcrHe vers Vm 1134.) A MATHILDE *, REINE DES ANGLAIS.

Il la prie d'accorder la demande qui lui a été finîte alUcuri, en faveur des religieux de sa chapelle.

Bernard à sa très-illustre dame et bien-aimée fille dans le Christ (en parlant ainsi non par orgueil, mais par afl'ection), à Matbilde, par la grâce de Dieu, reine des Anglais.

Si je compte sur Votre Altesse, cela n'est pas étonnant. Je ne suis pas seul à m'apercevoir. et presque tout le monde sait de quelle façon vous nous accueillez, et avec quelle affection vous nous aimez. Aussi, j'ai été prié par un de vos amis, le vénérable abbé de la Chapelle, de vous solliciter relativement à certaines dîmes, et si vous vous en souvenez, je me suis adressé à vous à Bologne ', et vous m'avez écouté avec votre bienveillance ordinaire ; mais comme ce que nous vous demandons n'a pas encore été fait, il serait tjmps de donner suite à cette demande. De plus, gardez-moi bien le fils que vous venez de mettre au monde, car, si cela ne déplaît point au roi, je réclame aussi ma part de cet enfant. Adieu.

* Luc XIII, 7.

s Mathilde, fille de Malcolm III, roi d*Ëcosse, épousa l'empereur Henri V, d'Allemagne, et ensuite Henri I*', roi d'Angleterre, dont elle eut Henri II. G*est à ce prince que saint Bernard lait allusion à la fin de sa lettre.

* Mathilde montra tant d'aflection à saint Bernard^ qn'à Bologne, elle alla à pied au-devant de lui jusqu'en dehors des mnrs de I» ville.

LETTRE CCCXVl.

(Écrite yen Tan 11S5.)

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