‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 66 sur 385 · A UN ANONYME · texte numérisé non relu

A UN ANONYME

II lui promet qu'Etienne, s'il persévère* portera de dignes fruits de pénitence.

Qui pourrait assez admirer l'ardeur de votre charité? Mais, comme il n'est pas juste qu'elle s'inquiète plus longtemps du sujet qui la tourmente, nous le savons, nous vous donnons l'assurance que votre Étienne,quiestaussi le nôtre, produira de dignes fruits de pénitence, s'il couronne sa vie par une fin qui réponde aux débuts et qu'il s'applique avec une dévotion constante à offrir avec la tète la queu e de la victime.

< La lettre publiée dans Tédition latine de M Mtgne sous le n» CDLUl, comme adressée « à un inconnu a, n'est qne la reproduction textuelle de la lettre qui porte le n» COXIU et adressée « à l'abbé Rainald. » Nous l'avons supprimée et remplacée par la quatrième des lettres inédites publiées par M* le baron Kervyn de Lettenbove.

LETTRE CDLV '.

A LA TARTE DE l'EHPEEEUR d'ESPAGRB.

Il lii promet les prières de ses religienr, et la supplie de bire terminer par la décision des évèqnes le différend qui existait entre loi et les religieux de Cared.

A rillustre dame G.^ reine et tante de TEnipeieur d*Espagne^ Bernard, dit abbé de Claii*vaux : salut et prières.

En apprenant par le récit de notre frère Nivard • quelle était votre piété, nous avons rendu grâces à Dieu, et nous le prions pour qu'il daigne vous récompenser avec sa bonté habituelle de la foi et de la confiance que vous avez en nous. Nous vous accordons volontiers, comme vous le désirez, d*être unie par un lien fraternel à notre maison et à nos prières, et vous y aurez part tout autant que l'un de nous, pendant la vie et après la mort. Nous avons cru nécessaire de parler à Votre Excellence des religieux de Cared *, qui, par eux-mêmes et par Tintermédiaire de votre nièce, élèvent une accusation contre nous. Quant au monastère

11 faut donc que nous pensions à faire le bien non seulement devant Dieu, mais encore devant les hommes, et nous désirons absolument qu'on procède en cette affaire de façon à ce que le blâme ne retombe pas sur nos bonnes œuvres, et que les hommes n'aient aucune raison de critiquer. C'est pourquoi nous vous avons renvoyé cette affaire, afin que vous vous efforciez d'en étouffer le scandale, et que, s'ils ne veulent |ias se désister de leur action, vous fassiez terminer le différend, comme il convient, par le jugement du seigneur évêque de Zamora et du seigneur évéque des Asturies. Cardes que, soit par leur propre aveu, soit par la décision des évéques, il sera établi qu'ils n'ont rien à réclamer de nous à ce sujet, nous sommes prôt avec l'aide de Dieu, à disposer ce lieu de façon à être agréable à votre dévotion et à glorifier Dieu dans votre cœur.

* Cette lettre parait avoir été écrite à roccasion de la fondation dn monastère de TÈpine^dans le diocèse de Palence :ce Bonaslèrefut fondé par Sancie, sœur du roi Alphonse, contre le gré des moines de Cared ou de Carraccedo, comme saint Bernard les appelle dans la lettre ceci, écrite vers Tan 1149.

* Le plus jeune frère de saint Bernard, qui fut, dit-on, abbé du monastère de l'Épine, dans le diocèse de Palence, où il avait été envoyé avec quelques religienx. U est question de Nivard dans les lettres 301 et 873.

* On de Carraccedo, de l'Ordre de Saint-Benoit, dans le diocèse des Asturies, monastère fondé vers Tan 990 par le roi Bormood, et donné aux Cisterciens par Alphonse Vil, roi d'Espagne.

S. Bern. — ToM. H.

LETTRE CDLVI.

A l'abbé du très - SAINT MONASTÈRE DB RIBTI.

A son très-cher et vénérable seigneur A.S par la grâce de Dieu abbé du très saint monastère de Rieti^son ami :1a consolation de TEspiit Paraclet.

J'ai reçu avec le respect que je vous dois la lettre trop courte et trop succincte de votre dilection, et vos paroles ont fait trembler mon cœur. Car, en lisant en tête : « Au vénérable abbé, mon seigneur et père », moi qui ai conscience de mon néant, je l'avoue, j'ai légèrement rougi, et je songeais en moi-mêm(» quelle était cette salutation. Qui suis-je, en efTet, et quelle est la maison de mon père ? Je suis un petit enfant, ignorant où je vais et quand je m'en irai. Malheureux que je suis, moi qui, n'étant rien en présence de Dieu, suis cependant grand à vos yeux ! moi qui sais (jue, valant un peu dans l'opinion des hommes, jo ne vaux rien dans la réalité 1 Puisse votre lettre renfermer autant de vérité qu'elle renferme d'erreur! Mais personne ne sera puni comme menteur, s'il croit vraies les erreurs qu'il exprime; parce que, autant qu'il est en lui, il ne trompe pas, mais qu'il est trompé lui-même. Du reste, si les prières des pauvres peuvent quelque chose auprès de la Source de la miséricorde, nous avons confiance dans le Seigneur que le Dieu de notre salut rendra prospère votre voyage. Nous prions aussi votre ardente foi de nous garder au fond de votre souvenir quand vous entrerez dans son tabernacle , quand vous adorerez au lieu où se sont arrêtés ses pieds. Que l'Ange du Seigneur garde votre entrée et votre sortie, vénérable seigneur et père bien-aimé.

LETTRE CDLVII \

(Écrite Tan 1147.) A TOUS LES FIDÈLES.

Snr Texpédition de Terre-Sainte.

Il leur indique la fête de saint Pierre et de saint Paul pour qu'ils se réunissent ce jour-là à Magdeboorg.

A ses révérends seigneurs et pères les archevêques, évéques, princes, et à tous les fidèles de Dieu, Bernard, dit abbé de Clairvaux: Tesprit de force et de salut.

Je ne doute pas que vous n'ayez appris en votre pays une nouvelle qui a dû être propa-

^ On ne sait quel est cet A. destinataire de cette lettre, qui dans l'édition de Cologne a été placée avant celle à laquelle nous avons donné le n. cccxxviti, sur le monastère de Riéty, voyez la lettre n. cci.

> Cette lettre et la suivante ont été éditées pour la première

gce par le bruit public, comment Dieu a suscité le cœur des rois et des princes pour exercer sa Tengeance sur les nations, et pour arracher de la terre les ennemis du nom chrétien.... Grand bien dû à la grande abondance de la miséricorde divine 1 Cependant le méchant voit cela, et, selon son habitude, il en est jaloux; il grince des dents et il sèche de rage : un grand nombre de ceux qu'il tenait enchaînés par des crimes et forfaits divers lui échappent ; les plus perdus d'entre eux, renonçantaumal, se convertissent, et sont prêlsàfaire le bien. Hais il redoute un plus grand dommage encore de la conversion des nations, parce qu'il a appris que toutes entreraient et qu'Israël même serait sauvé tout entier. Ce moment aujourd'hui lui parait imminent, et, avec toutes les ruses de sa malice, il cherche à mettre obstacle à un si grand bien. C'est pourquoi il a suscité une race maudite de païens, ces enfants pervers, que, soit dit sans vous offenser, le courage des chrétiens a trop longtemps supportés, en se dissimulant leurs perfides embûches, au lieu d*écraser du talon leur tête venimeuse. Mais comme le dit l'Écriture, leur cœur s' exaltera jusqu'au jour de laruine. Il arrivera donc, par la volonté de Dieu, que leur orgueil sera bientôt humilié et qu'ils n'empêcheront point l'expédition de Jérusalem : car, puisque le Seigneur a confié à notre indignité le soin de prêcher cette parole de la croix, nous annonçons, sur le conseil du seigneur roi, des évéques et des princes qui se sont réunis à Francfort, que les Chrétiens ont à s'armer et à prendre le signe du salut, pour exterminer ou du moins pour convertir ces nations, et nous leur promettons le pardon de leurs péchés, comme à ceux qui sont déjà partis pour Jérusalem. Plusieurs se sont déjà croisés en ce pays ; nous avons appelé les autres à la même entreprise, afin que les Chrétiens qui ne se sont pas encore croisés pour Jérusalem, sachent qu'ils gagneront la même indulgence s'ils se rendent à cette expédition, pourvu qu'ils le fassent sur le conseil de leurs évêques et de leurs princes. Nous leur interdisons absolument de contracter alliance avec ces païens sous aucun prétexte, ni pour argent, ni pour tribut, jusqu'à ce que, avec l'aide Dieu, leur nation ou leur religion ait été détruite. Nous nous adressons à vous. Archevêques, ainsi qu'à vos co-évêques : apportez

Ibîs par Bociek, Codex diplwnaticui et episto/aris Moravia. OimutZy 1836,in-4*, t. I, p. 253, d'après des manuscriU d'Olmotz du quatorzième siècle.

à cela la plus grande sollicitude; mettez-y toute la diligence et le zèle possibles, pour que tout se fasse vaillamment. Vous êtes les ministres du Christ selon Dieu : c'est pourquoi il exige devons que vous veilliez fidèlement sur son affaire, qui vous regarde. Nous aussi nous vous en prions et nous vous en supplions instamment au nom du Seigneur. Cette armée sera soumise, quant aux vêtements, aux armes, aux équipages et à tout le reste, au même règlement que la précédente : car elle sera munie des mêmes secours. Il a plu à l'assemblée de Francfort que partout où un exemplaire de cette lettre serait porté, les évêques et les prêtres l'annonçassent au peuple, qu'ils marquassent les fidèles du signe de la sainte croix et les armassent contre les ennemis de la croix du Christ. Tous doivent se réunir à Magdebourg à la fête des saints apôtres Pierre et Paul.

LETTRE CDLVIIl.

(Écrite Tan 4147.)

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