A QUELQUES NOUVEAUX CONVERTIS
Il les engage à être fidèles à la vie religieuse qu'ils ont embrassée et à ne pas se laisser effrayer par les péchés de leur vie
i . A la bonne nouvelle qui a retenti h nos oreilles sur votre compte, mon âme s'est grandement réjouie et mon cœur a été transporté d'allégresse dans le Seigneur, quia prévu que vous deviendriez conformes à l'image de son
^ Cette lettre, toute pieuse qu'elle soit, a quelque chose de travaillé et de recherché qui ne rappelle pas le génie et la facilité de saint Bernard. Peut-être est-elle du nombre de ces lettres que ses secrétaires ont écrites d'après ses ordres.
Fils, qui vous y a prédestinés et qui daigne vous appeler pour tous justifier dans le présent et vous glorifier dans Tavenir. Béni soit Dieu le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, quia fait resplendir sa lumière dans vos cœurs : c'est par lui que, méprisant les vanités et les folies menteuses de ce siècle, vous tirez de la moelle même de votre âme des soupirs vers cette gloire des enfants de Dieu que vous avez en espérance, et que vous choisissez comme la meilleure part d'être humiliés dans la maison de notre Dieu plutôt que d'habiter dans les tentes des pécheurs. Que Dieu confirme en vous la bonne résolution qu'il vous a inspirée, pour que l'antique et redoutable ennemi du genre humain ne puisse ni vous y faire renoncer ni la renverser : si, séduits par les plaisirs vains et insensés de*ce monde^ vous rameniez votre esprit au soin de satisfaire les désirs de la chair, ce serait renoncer à votre dessein ; et si, au moment même de votre entrée en religion, cédant aux charmes des consolations extérieures, vous vous occupiez de votre corps plus que de votre âme, ce serait renverser ce dessein. Quelques-uns en effet, sur le point de quitter le monde, pour parler sans blesser personne, imitent surtout la vie de ceux qui s'occupent avec une plus grande sollicitude de la fragilité de leur chair, que de la faiblesse de leur esprit. Aussi, après avoir renoncé aux turpitudes trop graves, ils approuvent pourtant l'intempérance et réclament le superflu dans le boire et dans le manger, ne remarquant pas assez que beaucoup de choses sont permises qui ne sont pas convenables, parce qu'elles forment un grave empêchement aux progrès du pénitent.
2. Consultez là-dessus, très-chers. Celui qui a condamné le péché dans la chair, parce que la chair affaiblit l'homme et lui rend impossible l'observance de la loi, en sorte que l'observance de la loi n'est remplie que dans ceux qui ne marchent pas selon la chair. Car tous ceux qui sont dans la chair ^ soit en dedans, soit en dehors de la vie religieuse, ne peuvent, si l'Apôtre est véridique, ou plutôt parce qu'il est véridique, plaire à Dieu \ Celui qui fait un Dieu de son ventre reste beaucoup en arrière du progrès, ou plutôt descend beaucoup au-dessous. Oui, consultez Notre-Seigneur Jésus- Christ, qui, voulant porter remède, non seulement à nos langueurs, mais à nos égarements, est sorti de son sanctuaire pour descendre pu-
bliquement parmi nous, et, apportant un double remède, a dissipé nos langueurs en mourant sur la croix, et a détruit nos èn'eurs et réglé nos mœurs en vivant dans la chair qu'il avait prise. Lui qui cependant pouvait user librement et justement des délices de ce monde, puisqu'il ne pouvait pas pécher et qu'il était le Seigneur de l'univers, a embrassé la pauvreté volontaire d'une manière si complète, qu'il n'avait pas même où reposer sa tête. Dans l'accomplissement de cette pauvreté il a montré une telle obéissance à son Père, qu'il a renoncé, non seulement aux plaisirs, mais à luimême, demandant en toute chose l'exécution, non pas de sa volonté, mais de celle de son Père. Il était venu pour ramener l'homme errant dans la solitude et dans un désert sans eau, à la voie droite, qui devait le conduire dans la ville de son séjour; et pour cela, ne possédant rien en propre dans le monde et obéissant à son Père jusqu'à la mort, il nous a montré par l'exemple de sa conduite un chemin plus salutaire et plus sûr pour le rétour. Il nous faut donc à son exemple fuir lésdélices et embrasser le bien de Tobéissance de' tous les efforts de l'âme et du corps, afin qu'après nous être éloignés de Dieu par notre insubordination, nous méritions de revenir à lui par la loi d'obéissance. Il y en a qui disent : Pourquoi affliger nos âmes par de malheureux tourments, puisque Dieu ne se délecte pas dans la souffrance et que nous pouvons trouver le salut en usant licitementdu monde?Enfantsdcs hommes, pour employer avec vous les paroles de l'Apôtre: Ayez en vous les mêmes sentiments que Jésus-Christ qui^ ayant la nature de Dieu n'a pas cru que ce fût pour lui une usurpation d'hêtre- égal à Dieu^ mais s'est anéanti lui-même en prenant la forme d*€s~ clave\ Si donc vous comprenez relativement à lui que, bien qu'il ait pu, par une juste et équitable prérogative de sa majesté, avoir et montrer la forme de Dieu, il l'a cependant dépouillée pour revêtir celle d'esclave, non sans doute pour rejeter loin de lui quelque chose d'usurpé, mais pour réprimer notre orgueil; si, dis-je, vous comprenez cela de lui, débarrassez-vous donc, vous aussi, de cette félicité passagère, répondant ainsi à celui qui s'est fait malheureux pour nous sans l'être, et sans vous faire ce que vous n'êtes pas, montrez-vous ce que vous êtes. Qu'ainsi une volonté soumise reconnaisse la misère que la nécessité de la condition a imposée.
^ Rom., vjii, 8.
Philipp. Il, 5, 7.
4. Ainsi, mes très-chers, pour eu reyenir à vous, si vous êtes chrétiens, marcliez dans cette vallée de larmes et de misères par la voie que le Christ lui-même a suivie. Haliicur à Tliomme qui entre dans deux voies * I Car si la chair et le sang ne peuvent posséder le royaume de Dieu ', il est impossible d'associer les consolations spirituelles aux consolations charnelles. Qui s'est établi l'intendant et le serviteur de la chair, et qui aime mieux nourrir la femme stérile que faire du bien à la veuve, ne trouvera jamais supportable le joug de la religion, quelque léger et quelque suave qu'il paraisse. De là il arriva que ni ici-bas, où il ne peut être sans murmurer^ ni dans l'avenir, où il doit nécessairement supporter la peine de ses murmures, il ne trouvera la paix. Or, ou la paix nest pas^ Dieu n'est pas; car sa demeure a été établie dans la paix*. Cependant, k joug de Dieu est doux et son fardeau léger ^. Mais pour qui ? Pour son Esprit et pour ceux que cet Esprit conduit *. Quels sont ceux-là ? Ce ne sont pas les serviteurs de la chair, mais les enfants de Dieu. Voulez -vous connaître les enfants de Di«u ? Ce sont ceux qui mortifient par l'esprit les œuvres de la. chair, et dont les membres sont le temple du Saint-Esprit, qu'ils ont reçu de Dieu; en sorte qu'ils ne s'appartiennent plus et ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux, rachetés ainsi au prix infini du sang précieux du Christ. Voilà pourquoi ils l'honorent en le portant et en le glorifiant dans leur corps ; et ce n'est pas seulement devant Dieu , mais même devant les hommes qu'ils le confessent. Qui me confesse devant les hommes^ dit-il, je le confesserai moi aussi devant mon Père '.
5. Il est donc bon de confesser le Seigneur en lai rendant grâces, il est bon aussi de le confesser en montrant des œuvres ; afin que le Christ nous confesse, à son tour, dans l'examen attentif qu'il fera de chacun de* nous, quand nous devrons paraître devant son tribunal, et apporter les mérites de notre corps, c'est-à-dire le bien et le mal que nous aurons faits par lui \ Si vous voulez avoir part à cette double confession, et à celle que l'homme fait de Dieu, et à celle que Dieu fait de l'homme, ne vous dissipez donc plus au dehors, ne vous répandez plus dans les vanités et dans les folies du siècle; mais, revenant à vous-mêmes, rentrez dans
1 Ecclû, u, U.
^ Mattb., XI, 30. - H Cor., y, 10.
■ « I Cor., XV, 50. — ' Pb. lxxv, 3. * Rom. Yiii, 14. ^ « Matth., x, 32.
votre cœur, où est sans c<mtredit le royaume de Dieu : car son royaume est en vous* .Qu'est-ce que ce royaume ? C'est la volonté saine et libre de l'homme, qui, se conformant à la volonté de Dieu, n'accepte rien de ce qu'il sait lui déplaire, ne repousse rien de ce qu'il sait lui plaire. Cherchez donc d'abord le royaume de Dieu, pour que votre volonté, gravement in- .fectée et corrompue par le poison du siècle, soit guérie et délivi'ée,et que tout ce qui est nécessaire au corps vous soit donné par surcroît. Ne vous inquiétez pas de votre corps, qui est l'héritage des vers; mais inquiétez-vous de votre ânie, qui a été faite à l'image de Dieu, et veillez à ce qu'elle contemple la gloire de Dieu dans l'image qui lui en est révélée,à ce qu'elle se modèle sur cette image, et soit transformée do clarté en clarté, comme par l'Esprit du Seigneur.
6. Quoi de plus doux, mes frères, quoi de plus agréable, quoi de plus saint, parmi les choses corporelles, que le corps du Christ 1 Et cependant il a été dit aux Apôtres : Si je ne m'en vais, le Consolateur ne viendra pas. Ainsi, tant qu'ils se délectent à voir et à entendre le Christ présent au milieu d'eux, l'Esprit-Saint leur est toujours promis et ne leur est jamais entièrement donné. En effet, il dit : Lorsque j'aurai été élevé au ciel^je vous l'enverrai^. N'est-ce pas pendant que le Christ vivait encore sur la terre, que Pierre le renia sur la parole d'une servante? Mais après son ascension et après l'envoi du Saint-Esprit, les Apôtres ne sortaient-ils pas du conseil remplis de joie d'avoir été jugés dignes de souffrir un outrage pour le nom de Jésus "? La vertu du Saint-Esprit est donc de beaucoup plus éminente et plus douce que la joie que donne le corps du Christ. Que si la délectation charnelle de ce corps, si excellent et bienheureux, a pu détourner des Apôtres l'Esprit-Saint, sans l'amour duquel on ne peut rien aimer de ce qui est bon, sans la force duquel on ne peut supporter aucun fardeau salutaire; jugez vous-mêmes s'il ne faut pas être misérable et insensé pour chercher les plaisirs du corps en entrant en religion. Ceux qui entrent en religion ne doivent pas considérer la fragilité de la chair, pour la servir avec délicatesse, mais pour fuir avec soin les obstacles à la ferveur de l'esprit.
7. Hâtez- vous donc de devenir pauvres d'esprit et indigents des biens de ce monde, pour que le Seigneur prenne soin de vous. Car )a
* Luc, XVII, 21.— * Jean, xvi, 7.-3 ^ct., v, 41.
voie de cette pauvreté volontaire et librement rendue nécessaire est droite et sûre; autrement le Christ n'y fût pas entré. Les autres voies, quoiqu'elles soient bonnes, sont pourtant remplies de voleurs: mais leurs embûches sont inconnues dans ce sentier delà pauvreté, parce qu'il est escarpé et que peu le gravissent. Car les voleurs n'ont pas coutume de se mettre en embuscade là où il passe peu de voyageurs. Je vous le dis, au nom de lavérité qui est Dieu, croyez en mon expérience : plus cette voie semble étroite et difficile au début, plus on la trouve agréable et gaie durant la marche. Au début, elle demande le mérite ; durant la marche, elle apporte la récompense. Non seulement, en effet, vous posséderez la vie éternelle dans l'avenir, mais vous recevrez en ce monde le centuple, et des biens spirituels, et même des biens temporels, si vous n'y attachez pas votre cœur. Ces biens temporels sont permis si on ne les aime pas, défendus si on les aime. Hais, aimés ou non, ils sont d'une médiocre utilité, parce qu'ils corrompent promptement, par leur douceur, le cœur de celui qui les possède. Quelle raison avez-vous d'hésiter ? Vous renoncerez à quelques biens auxquelsl'inquétude est attachée, et vous entrerez en possession du monde entier sans inquiétude : Tout est à vous, k tnonde^ la vie^ la mort, le présent^ l'avenir ; tout, dis-je, est à vous. Cependant il est vrai d'ajouter : Mais vous êtes au Christ^ comme le Christ est à Dieu ", pourvu toutefois qu'imitant le Christ, qui, dans toutes ses œuvres, a gloriflé sou Père, vous cherchiez sa gloire dans tous vos actes.
8. Si le Christ apparaît glorieux dans vos œuvres, devant qui tremblerez-vous ? 11 est le seul qui ait dans sa main notre salut et notre condamnation. S'il condamne, que son nom soit béni, car nous l'aurons mérité ; s'il sauve, que son nom soit glorifié, car la miséricorde a surpassé la justice. Le Père a donné tout jugement à son Fils. Qui est-ce qui condamnera? JésuS'Christ? Oui, le tendre et doux Jésus, qui est mort pour nos péchés, qui est ressuscité pour notre justification, qui est assis à la droite du Père, où il intercède encore pour nous I Combattant sur la terre et régnant au ciel, il n'a soif que de notre salut. Eh bien I j reportera-t-il la confusion sur ceux qui se - réfugient vers lui ? A Dieu ne plaise 1 Quelque, lourdement que pèse sur ma mémoire le souvenir de mes crimes, quelqu'effroi que me
cause l'horrible spectacle de ma vie passée, que les autres fassent ce qu'ils croiront utile, pour moi j'espérerai toujours en la douce bonté de mon Seigneur Jésus-Christ, toujours j'aurai les yeux tournés vers sa miséricorde : je sais trop bien etj'ai souvent éprouvé par moi-même que sa douceur a bien plus de pouvoir pour me consoler que l'amertume de ma vie n'en a pour le contrister, et que sa bonté est plus prompte à pardonner que mon iniquité n'est prompte à pécher. Je sais qu'il n'y a pas d'iniquité comme mon iniquité ; mais, d'un autre côté, il n'y a pas de douleur comme sa douleur. Si j'ai péché outre mesure, je ne me désespère pas : car Celui en qui je vis a souffert outre mesure. Si Dieu est irrité de la scélératesse de mon crime, il est certainement apaisé par la douleur expiatoire de son Fils: ce doux et innocent Agneau suspendu à la croix, de même qu'il s'est tû sous la main qui le tondait, ne fait pas de reproches à ceux qui l'entourent et qui le raillent, mais il s'adresse doucement à ceux qui passent par le chemin et qui le regardent ; car il est écrit : Vous tous qui passez par le chemin, faites attention^ et voyez s'il est une douleur comme ma douleur ^ Voilà ce que, du haut de la croix, il crie à ceux qui passent. Hais d'où viennent-ils? ils viennent du monde, mais ils ne sont pas avec le monde. Où vontils, et par quel chemin passent-ils ? Par le chemin d'une pauvreté d'un moment, ils vont aux richesses de l'éternelle félicité. Ce fardeau léger et peu durable de notre tribulation présente opère en nous cette immensité de gloire éternelle, si toutefois nous considérons, non les choses qu'on voit, mais celle qu'on ne voit pas '. 9. Je ne vous écris pas cela pour que vous vous complaisiez avec trop de sécurité dans vos péchés : car le Très-Haut, qui est Jésus- Christ lui-même, déteste les pécheurs, et il n'a eu pitié que des pénitents. Si la pénitence, ou plutôt parce que la pénitence vous est nécessaire, le temps ni le lieu pour la faire ne vous manquent. Voici le moment favorable durant lequel, sans recourir au sang des martyrs, le travail en Jésus-Christ triomphe de la ruse de l'antique serpent et abat sou audace. Nous avons chez nous un lieu convenable et plein de charmes, non pour se réjouir comme on faisait dans le siècle , mais pour pleurer It mal qu'on a commis dans le siècle : le mal esl détruit en nous, et nous sommes formés au bien, avec beaucoup de soin et d'utilité, par
* 1 Cor., III, 22, 23.
» Thren., i, 12. — « U Cor., iv, 17, 18,
renseignement des anciens, et plus encore par l'examen de leur yie. Que le Dieu de toute miséricorde et de toute consolation tous fasse donc les compagnons de notre Ordre, afin que vous participiez à cette consolation intérieure, que vous pouvez quelquefois sentir en vous, mais que nous ne.saurions jamais vous dire. Portezvous bien.
de tous les hommes vous conserve, vous aussi,, avec la Reine votre illustre compagne, qu'il bénisse votre descendance, et vous fasse voir les fils de vos fils jouissant heureusement de vos possessions.
LETTRE CDLXIV.
LETTRE CDLXIIL
A ALl^HONSE, ROI DE PORTUGAL.
Le Roi, après aToir remporté une yictoire sur les Sarrasins, se tromrait obligé par Tœa de fonder no monastère de Cisterciens. C'est pourquoi saint Bernard envoie en Portugal les rdigieoz de Clairvaui qoi lui ont été demandés.
Au pieux et très-chrétien Alphon6e,rol de Portugal, Bernard, dit abbé de Clairvaux: le peu qu'il est.
Béni soit Dieu, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui vous a consolé dans votre tribulation en écartant de votre tète la honte des Sarrasins. Ils sont tombés les murs de Jéricho, elle est tombée la grande Babylone, le Seigneur a détruit les forces de ses ennemis et étendu la puissance de son peuple : ce que nous avons appris avant que cela n'arrivât, par la révélation du Saint-Esprit, qui souffle où il veut, sans faire entendre aucune parole. C'est pourquoi nous nous sommes humiliés, et tant mon indigne personne que le reste de mes frères, prosternés devant le Seigneur, nous avons demandé la force et le courage pour vos mains qui livraient la bataille, et nous avons éprouvé une grande joie de ce que nos iniquités n'avaient pas empêché votre succès. Nous avons appris également la grande piété qui vous a porté à faire au Très-Haut le vœu de fonder un monastère. C'est pourquoi nous vous envoyons ces fils que, dès leur entrée en religion, nous avons élevés pour le Christ,cn les nourrissant du lait de sa doctrine : nous les recommandons à Votre Altesse, pour qu'ils accomplissent, comme il faut, la pieuse intention de votre vœu en fondant ce monastère : son intégrité et sa durée seront le signe indélébile de l'intégrité de votre royaume, et la division de ses revenus amènera le partage de votre couronne *. Que le Conservateur
^ Merveilleuse prédiction que les faits ont jastiûée. Sébastien, roi de Portugal, étant mort en Afrique, le cardinal Henri lui saccéda. Celui-ci attribaa à un de ses courtisans une partie
A JEAN CIRITE .*.
Ayant connu miraculeusement son zélé et son désir, il envoie de Clairvaux des moines pour fonder un monastère en Portugal.
A notre vénérable fjrère, chéri de Dieu^ à Jean Cirite^ notre compagnon dans la voie de ce monde^ Bernard^ dit abbé de Clairvaux: salut en FAuteur du salut.
Avec la permission du Père des miséricordes et du Dieu de toute consolation, qui ne laisse pas les âmes des pécheurs succomber sous le poids de leurs (léchés, nous avons appris comment Votre Fraternité ne cesse, par des prières assidues, de frapper au cœur de Dieu pour le pardon des pécheurs; et, comme vous êtes un homme de désirs, le Seigneur a rempli vos vœux et nous a révélé que vos prières étaient exaucées. Celui qui s'est fait le compagnon des deux disciples qui allaient à Emmaûs, nous a uni à vous dans une même société : nous vous envoyons ces chers enfants, que nous avons élevés pour le Seigneur avec le lait de la doctrine évangélique, pour que vous fondiez un monastère où la miséricorde divine l'aura disposé et où brillera quelque signe céleste; le Seigneur vous a choisi vous-même pour être le chef des autres et leur porte-étendard, pour que vous commenciez l'entreprise, que vous la conduisiez à bonne fin et que vous l'offriez ensuite à Dieu et à son Précurseur.
des revenus du monastère, et, quelque temps après, Philippe U, d'Espagne, s'empara du Portugal, dont l'antique dynastie se trouvait éteinte.
* Jean Cirite fonda les monastères de Saint-Jean de Tarouca, de Saint-Christophe et de Saint-Pierre des. Aigles. Henriquez, dans la Vie de Jean Cirite, rapporte qu'en (119, le 24 juin, saint Bernard étant resté en prière dans le chœur après les laudes de la vigile, vit apparaître saint Jean-Baptiste, qui lui ordonna d'envoyer une colonie de moines aux extrémités de l'Espagne, pour y fonder un monastère dans un lieu designé par Dieu ; que saint Bernard envoya alors huit religieux. qui« ayant trouvé Jean Cirite sur les indications de saint Bernard, se mirent sods sa direction et fondèrent le monastère de Saint- Jean de Tarouca. Yoy. Heoriquei, liv. I, dist. 19, et Maniiquez, Annales, an. 1119, chap. m.
LETTRE CDLXV «.
A l'aBBÈ de SAINT-BElfOÎT.
Au seigneur abbé de Saint-Renolt^ le frère Bernard de Glairvaux : qu*il reçoive la sainte bénédiction.
Il faut qu'à l'instant vous alliez trouver le seigneur Roi , que vous lui exprimiez complètement, comme à notre bienveillant seigneur, et notre confusion et la façon dont nous avons été déçus. Nous nous réjouissons en partie de ce que, si cette affaire nous a donné du souci, ce soit pour avoir consulté l'évêque de Sens : il nous a manqué de parole pour le jour qu'il nous avait fixé, et nous a fait perdre ainsi l'affection du Roi. Demandez à celui-ci pour cette affaire une lettre décisive, pour que le seigneur Pape confirme de toute façon ce qu'ont fait ses ûls obéissants, les deux évèques: car cela lui sera très-agréable et est nécessaire à l'Église. Que TatHilre ne souffre pas de ce que le troisième s'est séparé des autres, désobéissant ainsi à l'ordre apostolique et méprisant l'avis royal :
que si ce prélat va trouver le Roi, ce dernier lui fasse sentir qu'il est mécontent de l'injure, grave d'ailleurs, qui nous a été faite. Saluez notre très-cher chancelier et priez-le d'écrire à ce sujet une lettre telle qu'on y sente et son affection et l'affection du Roi pour nous, telles que nous les jugeons toutes deux.
LETTRE CDLXVL