DE NICOLAS DE CLAIRVAUX AU GOITTE ET AUX BARONS DE BRETAGNE
Au nom du seigneur de Glairvaux pour l'affaire
de la Croisade.
i. La terre a été ébranlée et a tremblé, parce que le Roi du ciel a perdu sa patrie, le sol où
* Cette lettre, ainsi que la suivante, ont été éditées par Du Cheam, tome IV; mais auciuie d'eUes ne nppeUe le style de aaint Bernard.
ses pieds s'étaient posés: los ennemis de sa croix ont déposé contre lui d'unanimes témoignages, et ceux qui le haïssent ont relevé la tète. Réunis tous ensem1)le, ils se sont dit dans leur cœur : Possédons son sanctuaire en héritage. Ils s'efforcent de renverser le théâtre de notre rédemption, et ils tâchent de profaner les lieux consacrés par le sang du Christ. C'est surtout cette gloire de la religion chrétienne, je veux dire le sépulcre dans lequel le Seigneur de majesté a été enseveli, où sa face a été enveloppée d'un linceul, qu'ils s'attachent de toutes leurs forces à détruire. Us agitent leurs bras vers la montagne de la fille de Sion : et si le Seigneur ne s'en fait le gardien, ils sont sur le point de se précipiter sur la Ville sainte, sur
LETTRES DE SAHïT BERNARD.
Jérusalem, sur la ville du Dieu vivant, dans laquelle a été invoqué son nom. Les peuples chrétiens sont en partie jetés dans les fers, en partie égorgés, comme des brebis de sacrifice. Le grand œil de la Providence regarde et dissimule pour voir s'il se trouvera quelqu'un qui comprenne et qui cherche Dieu : quelqu'un qui s'afflige de son malheur, qui lui restitue son héritage. Et quoiqu'il puisse tout •et que sa volonté soit omnipotente, il veut cependant attribuer la victoire au nom chrétien, appesantir sa main sur ceux qui le persécutent.
2. A cause de cela, sur l'instante prière du seigneur Roi et sur l'ordre apostolique, nous sommes arrivés, pour la solennité de Pâques, au très-célèbre lieu de Verceil, où le seigneur Roi s'était réuni pour la fête avec les grands du royaume et une foule nombreuse de peuple. Cette lamentable douleur a été exposée en présence de tous et on a donné lecture de la lettre du seigneur Pape, lettre dont nous transmettons un exemplaire à votre nation. Le Saint-Esprit a amoili leur cœur : et aussitôt le Roi, avec une grande multitude de princes et un peuple innombrable, se sont armés du signe de la croix. Cette bénédiction se répand sur toute la terre, et tous volent à l'envi pour mettre sur leurs fronts et sur leurs épaules le signe du salut. Comme votre terre est féconde en hommes de cotirage et remplie d'une jeunesse guerrière, il convient que vous soyez des premiers à prendre part à l'œuvre sainte, et à vous armer pour pionter au service du Dieu vivant. Allez donc, très- vaillants soldats, ceignez-vous, et que celui qui n'a pas d'épée en achète une. Ne laissez pas seul votre Roi, le Roi de France^ ou plutôt le Roi des cieux, pour lequel le premier entreprend un tel voyage et une telle entreprise. Un homme de Dieu, le seigneur de Chartres, se rend auprès de vous pour vous instruire plus complètement de ce qui a été dit et fait, et pour vous montrer le très- large pardon accordé par la lettre du seigneur Pape à ceux qui auront pris la croix. En considération de Celui qui a daigné mourir pour nous, défendez les lieux de sa mort et de notre rédemption, de crainte que les nations ne disent : Où estleurDieu?Et que l'Époux de l'Église, le Fils de Marie, le Seigneur notre Dieu, vous donne la victoire sur la terre et la gloire dans les cieux.
LETTRE CDLXVIII.
(Écrite ran 1146.)
DU MÊME A MANUEL GOMNÉNE, EMPERBlill