‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 14 sur 124 · AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL I · texte numérisé non relu

AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL I

(nfÎDlTB)

L*£vèque de Genève avertit le duc qiiHl ira en Bourgogne pour nne affaire de fiimille.

Annecy, 16 août 1608.

Monseigneur,

Désirant de tous-jours rendre conte a Vostre Altesse de mes actions, et m'acheminant en Bourgoigne pour un'affaire d'un mien frère i^\ ou je pense arrester seulement quinze jours, je supplie très humblement Vostre Altesse de l'avoir aggfreable, et la continuation du vœu que j'ay a Tobeissance de ses commandemens, m'advouant.

Monseigneur,

Son très humble, très fidelle

et très obéissant orateur et serviteur, Franc*, E. de Genève.

A Neci, le -16 aoust 1608.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Turin, (i) Le mariage de Bernard avec Marie-Aimée de Chantai.

CDLXXIV

A MADAME DE CHARMOISY

La m soigneuse assistance >» des bons Anges. — Exhortation à progresser dans Tamour de Dieu. — Message pour une ancienne Abbeue.

Saint-Rambert, ai août 1608.

Madame ma très chère Cousine,

A mesure que je m'esloigne de vous selon l'extérieur, mon esprit retourne plus fréquemment ses yeux du costé

Anhée 1608 59

du vostre, d'avec lequel il est inséparable, et je ne manque point d'invoquer tous les jours la bonté de nostre Sauveur sur vous et la soigneuse assistance de vostre bon Ange pour la conservation de vostre cœur, auquel d'une ardeur nompareille, je souhaitte toutes les plus désirables faveurs du Ciel, et sur tout cette inviolable fidélité au saint amour que vous aves voué par tant de resolutions au cœur débonnaire de ce doux et cher Jésus. Vives tousjours, ma chère Cousine, ma Fille, avec ce courage d'aggrandir perpétuellement en la dilection de Dieu ; tenés bien estroittement sur vostre poitrine et entre les bras de vos saintes resolutions Celuy qui, par tant de signes visibles, vous a tesmoigné d'avoir eu éternellement vostre nom et vostre cœur gravé en sa volonté pleine de bienveuillance en vostre endroit *. • Cf. li., xlix, 16;

X ,, . ^ Jerem., xxxi, 3.

Je pars pour aller voir cette chère seur que vous aymes tant ( ' ), avec laquelle vous pouves penser si je m'entretiendray de vostre ame, laquelle je porte tous-jours présente a la mienne par affection. Je vous supplie de visiter par lettre la bonne Madame l'Ancienne (»), a laquelle vos encouragemens seront profitables ; car pour le présent, je n'ay nul loysir que pour vous escrire ces quatre motz que je fay, vous donnant la sainte bénédiction de Dieu, qui tous les jours me rend plus vivement et singulièrement.

Madame ma chère Cousine,

Vostre très fidelle et très affectionné serviteur. Franc», E. de Genève.

A Saint Rambert, le 21 aoust 1608.

Je finis aujourd'huy ma 41 année : priés Nostre Seigneur qu'il rende le reste de mon aage utile a sa gloire et a mon salut. Dieu soit tous-jours au milieu de vostre cœur.

( I ) La baronne de Chantai.

(3) Jérooyme de Maillard de Toarnon, ancienne abbesse de Sainte-Catherine. (Voir ci-après, la lettre qae le Saint lui adresse le 15 octobre.)

6o Lettres de saint François de Sales

CDLXXV

A LA BARONNE DE CHANTAL

La Baronne eit prévenue que le Saint est anz « portes » de Monthelon.

Montcenis (près Autun), 34 août 1608.

Nous voyci a vos portes, ma très chère Fille ; mais par ce que Thibaut m'a dit qu'avec beaucoup d'affection vous voulies estre advertie un peu devant nostre arrivée, j'ay voulu vous aggfreer, et pour cela je Tay fait partir trois heures avant nous.

Or sus, ma chère Fille, vous l'avois-je pas escrit que ce seroit environ la feste du g^and saint Loûys ? Je vous porte mon esprit plein de désir de servir le vostre et faire tout le bien que nous pourrons faire. Environ les trois heures, je vous verray. Dieu aydant ; car, en passant, je veux bayser les mains de Monsieur vostre bon Evesque ("), et voir nos Capucins («), l'église cathédrale et ce quil faut que je voye en vostre Autun, affin que je ne sois pas contraint d'y retourner.

Dieu soit tous-jours avec nous, ma chère Fille. C'est luy qui me rend si uniquement

Vostre F. E.

Au Mont Senis, le 24 aoust 1608.

A Madame Madame la Baronne de Chantai» m. f. (ma fille).

Revu sur TAntographe conservé au 3' Monastère de la Visitation de Paris.

( X ) Pierre Saulnier (voir le tome précédent, note ( 3 ), p. 987). (s) Voir ibid., note ( x), p. x8S.

Année 1608 61

CDLXXVI

A MADAME BOURGEOIS, ABBESSE DU PUITSD'oRBB

Encoaragemeats à persévérer daas de saintes résolutions.

Dijon, I*' septembre 1608

Je vous avoîs promis, ma chère Seur, ma Fille, de vous escrire par le retour de vostre laquay ; maïs l'ayant rencontré en lieu ou je ne pouvois le faire, je repare ce défaut, vous escrivant ce soir de nostre arrivée en cette ville. Mais que vous escriray-je donques, ma chère Fille ? Rien, sinon que, a mesure que je me suis esloigné de vous corporellement, mon esprit s'est retourné plus ardemment de vostre costé pour vous souhaitter mille bénédictions. Sa divine Majesté vous les donne très abondantes, et vous veuille fortifier de plus en plus es saintes resolutions quil vous a inspirées. Helas! je regrette sans doute tant d'incommodités qui s'opposent a nos désirs ; mais faysant ce qui est en nous, doucement et constamment, ce bon Dieu suppléera au reste et vous consolera de son assistence spéciale.

Je vous escriray, Dieu aydant, avant mon départ d'icy, et a mon premier loysir, je vous mettray par ordre tout ce qui me semble propre a la reprise de nos bons propos. Ah, que je désire de bonheur a vostre chère ame, ma Fille bien aymee ! Qu'a jamais puissions nous vivre pour ce saint amour céleste.

Je suis d'un'affection inviolable, ma chère Fille,

Vostre très fidelle et très affectionné serviteur,

A Dijon, le [i" septembre (' )] 1608.

A Madame, M»« TAbbesse du Puys d'Orbe.

Revo sur TAntographe conservé à TEvéché d'Orléans.

(x) La date du x*"" septembre, très oblitérée, quoiqu'il en reste des traces, est confirmée par le voyage du Saint.

62 Lettres de saint François de Sales

CDLXXVII

a une religieuse (0

Dieu agrée extrêmement la réiignation dans les maladies et Tobéissaoce au médeciD. — Les croix qu*il faut baiser avec amour.

Annecy, 9 septembre 1608.

Je m'advise, ma chère Fille, que vous estes malade d'une maladie plus fascfieuse que dangereuse, et je sçay que telles maladies sont propres a gaster Tobeissance que • Cf.Eccii.,xxxviii, l'on doit aux médecins *. C'est pourquoy je vous veux dire que vous n'espargnies nullement ni le repos, ni les médecines, ni les viandes, ni les récréations qui vous seront ordonnées. Vous feres une sorte d'obéissance et de résignation en cela, qui vous rendra extrêmement aggfreable a Nostre Seigneur ; car en fin, voyla une quantité de croix et mortifications que vous n'aves pas choisies ni voulues, Dieu vous les a données de sa sainte main : receves les, baysés les, aymés les. Mon Dieu, elles sont toutes parfumées de la dignité du lieu d'où elles viennent.

Bon jour, ma chère Fille ; je vous escris avec empressement. Que si j'avois le loysir, j'en dirois davantage, car j'affectionne infiniment que vous soyes fidèle en ces • petites et fascheuses occurrences, et que, tant au peu qu'au prou, vous disies tous-jours : Vive Jésus !

Vostre tout et très affectionné serviteur.

Franc», E. de Genève.

Ce 9 septembre 1608.

( I ) Les conseils de cette lettre semblent s'adresser à une Religieuse qui avait affligé son corps de mortifications excessives. La Sœur Bernarde de Vignod (voir le tome précédent, note (i), p. 103) se rendit très infirme à force d'austérités; elle pourrait bien être la destinataire.

Année 1608 CDLXXVIII

A LA BARONNE DE CHANTAL

(fraohbitt)

Anne-Jacquelioe Coste offre spontaoément au Saint de servir les futures Religieuses qu'il méditait d'établir.

Sales, 19 septembre 1608 (x).

Au reste, ma Fille, il faut que je vous dise que Dimanche dernier je fus très consolé. Une païsanne de naissance (>), très noble de cœur et de désir, me pria, après l'avoir confessée, de la faire servir les Religieuses que

(x) La date fournie par la Mère de Chaugy (Vie de Saur Anne- Jacqueline Coste) est justifiée par les faits.

( 3 ) Cette « fille pieuse et studieuse » se nommait Anne-Jacqueline Coste. Née en Savoie de parents très pauvres, bergère entre ses montagnes, puis servante à Genève, elle vint à Annecy en 1604, entra & la Visitation le jour même qu*elle naissait (6 juin 1610) et mourut le 35 octobre 1633, à Tige de soixantetrois ans. (Livre du Couvent, du i**^ Monastère de la Visitation d*Annecy.)

L'histoire de cette fille des champs a été contée avec un grand charme par la Mère de Chaugy, dans Les Vies de VII Religieuses, etc. (Annecy, 1659). Les curieux épisodes du séjour dans la cité calviniste, la rencontre providentielle qu*eUe y fit de saint François de Sales et les circonstances presque dramatiques de cette entrevue, ont popularisé dans tontes le; mémoires le souvenir de la Sœur Anne-Jacqueline. Parmi le petit groupe des nobles dames qui commencèrent la Congrégation dans la maison de la Galerie, la figure de la montagnarde se détache avec un piquant relief. Sans la présence de cette n paûanne » eandide et forte, qui l'anime de sa foi pittoresque et de sa courageuse activité, le tableau de ces premiers jours perdrait sans doute quelque chose de sa délicieuse ingénuité. Le Saint suivit toujours de près la servante de Thôtellerie genevoise ; pendant vingt-sept ans, il fut son père spirituel et Taima comme sa fille. Elle ne fut pas moins chérie de la vénérable Fondatrice, qui écrivait après son décès : « Voilà notre chère Sœur Anne-Jacqueline qui vient de passer à Notre-Seigneur. . . . Vous savez la fidélité de cette pauvre Sœur, et combien elle a toujours été humble, dévote et laborieuse; enfin, c'était Tincomparable. »» (Sainte J.-F, Frtmyot de Chantai, sa Vie et ses Œuvres ; Lettres, vol. II (Paris, Pion, 1877), p. 193.) Aux Instituts qu'il aime. Dieu donne toujours, à leurs débuts, des âmes qui puissent servir de modèle aux futures recrues. Ne serait-ce pas dans ce dessein qu'Anne-Jacqueline Coste, la première des Sœurs Tourières de la Visitation, a été, selon le mot de la Mère de Chaugy, « une fille admirable pour son rang » ?

64 Lettres de saint François de Sales

je voulois establir. Je m'enquis d'où elle sçavoit une nouvelle encor toute cachée en Dieu. « De personne, » me dit elle, « mais je vous dis ce que je pense. » O Dieu, disje en moy mesme, aves vous donques révélé vostre secret * Cf. Matt., XI, 2y a Cette pauvre servante* ? Son discours me consola beaucoup, et j'iray, tant qu'il me sera possible, encourageant et soustenant cette fille, la croyant autant pieuse et studieuse qu'il est requis pour servir en nostre petit commencement

CDLXXIX

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