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AU PÈRE PIERRE DUBOULOZ, DOMINICAIN

(iMBDin)

Election d*an prieur au couvent des Dominicains d'Annecy ; Téln est prié avec une aimable insistance d'accepter cette charge.

Annecy, 8 juillet 1 608.

Monsieur nostre Maistre,

Ayant sceu que les bons Pères Religieux de cette ville (») vous avoyent esleu pour leur Prieur, je m'en suis extrêmement res-joûy ; et ne pouvant aller moy mesme vous faire la prière quilz vous veulent présenter de vouloir accepter cett'election et charge, je vous envoyé cet

(i) « p. F. Pierre DeboUo, natif» de Montmin (Hante-Savoie), « proffes de ce convent, docteur de Paris... ensuite vicaire gênerai de la congrégation Gallicane, prieur des convents de Lion, de S^ Maximin, et de ce couvent dès Tannée 1604 jusqu'en Tannée 16x3, durant lequel temps... a presché par trois ou quatres diverses fois devant le Sénat, avec applaudissement... a esté grand Théologien de s. A. Charle Emanuel, a laissé quantité de beans et bons livres. » (Livre de la Cté des Dominicains de Chambéry ; voir Mémoires de la Société Sav, d'kist. et d*archéol.y 1856, tome I.) Le P. de BoUo ou Dubouloz, mourut le a septembre 1613. Il est appelé dans le même Recueil : Scripior etprœdicator celeberrimus. Il prêcha TA veut de 1604 et les Carêmes des années 1605, 1606 et 1613 â Annecy. Le Saint tenait sans doute cet éminent Religieux en grande estime; il fait mention de lui dans une lettre, comme « ayant favorisé » les Dames de la Visitation « de plusieurs saintes exhortations faites par luy en leur oratoire. »

(3) Le couvent des Dominicains d*Annecy devait sa fondation (33 mars 1433) à Tinfluence du célèbre cardinal de Brogny. Ces Religieux en s'établissant dans la petite ville, lui apportèrent de grands bienfaits ; ils y instituèrent des prédications pleines de fruits que mnltipliaient encore de beaux exemples de vertus monastiques. L'un d'entre eux, Jacques d'Orlié, en Religion Frère Guillaume, avait laissé après sa mort (19 février 1458) une réputation de sainteté que TEglise consacrera peut-être un jour.

Leur église, aujourd'hui église paroissiale de Saint-Maurice, était chère à saint François de Sales. Il y avait recula première Communion et la Confirmation, il y prêcha plusieurs Carêmes. Saint-Dominiqne servait de rendezvous aux nombreuses corporations de la cité quand elles voulaient célébrer leurs fêtes. Le Monastère commença à déchoir dès le milieu du xvii^ siècle, mab la décadence des derniers jours ne saurait faire oublier deux siècles et demi de ferveur et d'apostolat fécond. (Cf. Mercier, Souvenirs historiques d'Annecy, 1878.)

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escrit, qui vous tesmoigfnera que jamais vous n'aves esté ni désiré ni demandé avec plus d'aflfection et de sincérité que vous Testes d'eux et de moy, qui, en particulier, m'essayeray de vous servir si promptement en toutes occurrences, que vous n'aures pas, Dieu aydant, occasion [de vous repentir] d'avoir gfratifîé mon désir. Les Religieux aussi se disposent a vous obéir et soulager si entièrement que vous ne perdres nullement le repos requis a vostr'aage et a vostre contemplation. Faites nous donques a tous ce bien que de ne point esconduire nostre juste demande, qui regarde la gloire de Dieu et le restablissement d'un couvent tout entier.

Je me prometz bien que Tamitié que vous me portés intercédera encor pour moy en cett'occasion ; c'est pourquoy, finissant, je prieray Nostre Seigneur quil vous prospère et inspire a nostre consolation, demeurant,

Monsieur,

Vostre serviteur très affectionné.

Franc», E. de Genève.

VIII juillet 1608.

A Monsieur nostre Maistre, Le R. P. de Bollo, Docteur en théologie.

A S* Dominique de Chamberi.

Revu sur l'Autographe conservé i U Visitation de Saint-Marcellin.

CDLXVIII

A MADAME DE LA FLÉCHÈRE

Conseils à une femme chrétienne. — L'humeur mélancolique : circonstances qui la favorisent ; nécessité et moyens de la combattre. — Une parole de sainte Angèle de Foligno.

Annecy, 13 juillet 1608.

Madame,

Je n'ay pas respondu ci devant a vostre dernière lettre par ce que je n'ay point rencontré de porteur asseuré, et maintenant je n'ay pas le loysir requis pour vous bien

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satisfaire. J'ay voulu néanmoins vous escrire pour simplement vous tesmoigner que je prie tous les jours Nostre Seigneur pour vous ; mais je dis d'un'affection toute spéciale, le requérant quil vous assiste de ses saintes consolations parmi les travaux que vostre gp-ossesse vous donnera.

Voyes vous, Madame, je m'imagine que Thumeur mélancolique se praevaudra de vostre gfrossesse pour vous attrister beaucoup, et que, vous voyant triste, vous vous inquieteres. Mais ne le faites pas, je vous prie. Si vous vous treuves pesante, triste et sombre, ne laisses pas pour cela de demeurer en paix ; et bien quil vous semblera que tout ce que vous ferés se face sans goust, sans sentiment et sans force, ne laisses pour tant pas d'embrasser Nostre Seigneur crucifié, de luy donner vostre cœur et consacrer vostre esprit avec vos affections telles quelles et toutes languissantes qu'elles sont. La bienheureuse Ange- •ArDaidus,VitaB. line de Foligni * disoit que Nostre Seigneur luy avoit niofV Lxn. " ^' revelé quil n'avoit nulle sorte de bien tant aggfreable que celuy qui luy estoit fait par force ; c'est a dire, que celuy qu'une volonté bien résolue luy fait contre les alanguissemens de la chair, les répugnances de la partie inférieure, et au travers des sécheresses, tristesses et derelictions intérieures. Mon Dieu, ma chère Fille, que vous seres heureuse si vous estes fidèle en vos resolutions, parmi les croix qui se présentent, a Celuy qui vous ayma si

• Philip., Il, 8. fidèlement jusques a la mort, et la mort de la croix *,

J'escriray au premier loysir sur le sujet de vostre lettre

• Vide Epist. seq. dernière *, et a M"" de Mioudri ( O et a M"" de la Forest,

vostre bonne seur (>). Demeures avec Jésus, vives en luy et par luy, qui m'a fait

Vostre serviteur tout dédié,

F. E. de G.

XIII juUet 1608, a Neci.

Revu sur TÂutographe appartenant à M. le baron d'Yvoire, chitean d'Yvoire, près de Thonon.

( X) Gasparde de Cerisier, dame de Mieudry. (Voir la lettre que le Saint lui adresse le 6 novembre x6o8.)

( s ) Jeanne-Bonarenture, Religieuse de Tabbaye de Bons. (Voir sa note pliu loin, octobre 1609.)

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CDLXIX

A LA MÊME

La tranquillité d*âme, mère dn cootenteroent et fille de Tamonr de Diea. — Les sujets de se mortifier plus grands dans le monde qu^en Religion. — Ne s'astreindre « que tout bellement » aux exercices de piété, est chose conseillée en certains cas. — Attitude devant la souffrance. — Qu'il est permis de se plaindre à Dieu, et à quelle condition. — Notre-Seigneur aime ceax qui souffrent.

Annecy, 16 juillet (i) 1608.

Il faut sur toutes choses, ma chère Fille, procurer cette tranquillité, non point parce qu'elle est niere du contentement, mais parce qu'elle est fille de Tamour de Dieu et de la résignation de nostre propre volonté. Les occasions de la prattiquer sont quotidiennes, car il ne nous manque pas de contradictions ou que nous soyons ; et quand nul ne nous en fait, nous nous en faysons a nous mesmes. Mon Dieu, ma chère Fille, que nous serions saintz et aggreables a Dieu si nous sçavions bien employer les sujetz de nous mortifier que nostre vocation nous fournit, car ilz sont plus grans sans doute qu'entre les Religieux ; le mal est que nous ne les rendons pas utiles comme eux.

Contregardés-vous fort soigneusement en cette gfrossesse ; ne vous mettes nullement en peyne de vous contraindre a aucune sorte d'exercice que tout bellement. Si vous vous lasses a genoux, assiés-vous ; si vous n'aves pas d'attention pour prier demi heure, priés un quart d'heure ou demi quart d'heure seulement.

Je vous prie de vous mettre en la présence de Dieu et de souflFrir vos douleurs devant luy. Ne vous retenes pas

( I ) Il semble bien que la présente lettre a été écrite après celle du 13 juillet, qui Tannonce et la promet (voir la page précédente). La date du 11, donnée par l'édition de 1636, est inexacte et doit être reculée jusqu'au 16 juillet.

de plaindre, mais je voudrois que ce fust a luy, avec un esprit filial, comme feroit un tendre enfant a sa mère ; car, pourveu que ce soit amoureusement, il n'y a point de danger de se plaindre, ni de demander la guerison, ni de changer de place, ni de se faire soulager. Faites seulement cela, avec amour et résignation entre les bras de la bonne volonté de Dieu.

Ne vous mettes point en peyne de ne faire pas bien les •VideEp.praced., actes des vertus ; car, comme je vous ay dit *, ilz ne lais- ^' '*' sent pas d'estre très bons, encor qu'ilz soyent faitz lan-

goureusement, pesamment et quasi forcement. Vous ne sçauries donner a Dieu que ce que vous aves, et en cette sayson d'affliction vous n'aves pas d'autres actions. Maintenant, ma chère Fille, vostre Bienaymé vous est un bouquet de myrrhe ; ne laissés pas de le bien serrer

• Ctnt., I, «. sur vostre poitrine *. Mon Bienaymé est a moy, et moy

• ibid., II, i6. a luy * ; tous-jours il sera dans mon cœur. Isaïe l'appelle •Cap.uii, 3. homme de douleurs"^ ; il ayme les douleurs et ceux

qui les ont. Ne vous tourmentes pas a beaucoup faire, mais disposes vous a souffrir ce que vous souffrires, avec amour.

Dieu vous sera propice. Madame, et vous fera la gfrace de traitter de cette vie plus retirée de laquelle vous me parles. Ou languissant, ou vivant^ ou mourant, nous

• Rom.. XI7, 8. sommes a Dieu *, et rien ne nous séparera de son saint

• ibid., viu, uit. amour *, moyennant sa grâce. Jamais nostre cœur n'aura

vie qu'en luy et pour luy, il sera a jamais le Dieu de

• Pi. Lxxn, «6. nostre cœur *. Je ne cesseray point de l'en supplier, ni

d'estre entièrement en luy,

Vostre très affectionné serviteur,

Le ... julliet 1608.

Année 1608 çs

CDLXX

A LA MÊME

(iMBDlTl)

DiipositioDs, pieux espoir du Saint i rapproche d^noe naissance.

Annecy, vers le ai juillet (1) 1608.

Oûy, ma très chère Fille, de bon cœur je rendray a la mayson de la Flechere le nom de François, qui me fut donné au saint Baptesme par monsieur le Prieur de la Flechere, vostre oncle et mon bon parrein (») ; mais si c'est une fille, nous en ferons une bonne Religieuse.

A Madame de la Flechere.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Turin.

( I ) Le contenu de ce billet donne à penser qu*il a été écrit deux ou trois jours avant la naissance attendue.

(3) Voir le tome XI, note ( t), p. 3.

CDLXXI

A M. CLAUDE-FRANÇOIS DE LA FLiCHÈRE (O

Félicitatious, prédictions, prières du saint Bvéque répandues sur un berceau.

Annecy, 23 juillet 1608.

Je loue Dieu de l'heureuse arrivée de cette belle fille

( i) Claude-Fraoçois de la Fléchère, fils de Henri, seigneur de la Fléchère, Molliens, etc., et d'Etiennette de fiellegarde, chevalier des saints Maurice et Lazare, gentilhomme de la Chambre de Son Altesse, commandeur de Vions, mourut en i6s6. Il avait épousé en 1603 la vertueuse Madeleine de la Forest,

56 Lettrbs de saint François de Sales

que vous m'aves accordée pour filleule (0; madame sa mère sera un jour récompensée, je dis mesme en ce monde, des travaux qu'elle a souflFertz pour la produire, quand elle la verra, pleine de vrayes vertus, luy donner mille sortes de contentemens. Mes foibles prières ne luy manqueront point a cette intention, ni a vous aussi et a madame sa mère, pour vostre longue prospérité que je souhaîtteray tous-jours avec gprande affection.

Vostre commodité fera tous-jours naistre la mienne, pour Ihonneur que je désire de pouvoir aussi véritablement me nommer vostre humble compère, comme je suis sincèrement

Vostre très affectionné et fidelle serviteur.

Franc», E. de Genève.

Ce 23(a)julliet 1608.

A Monsieur de la Flechere.

Rêva sur nne ancienne copie conservée i la Visitation de Turin.

(voir plus haut, note ( i ), p. i). « D*un jeune homme qui, selon son inclination, étoit porté à la profusion et à la vanité,., elle en fit, » d'après la Mère de Chaugy (Vits dt Vlll venerabUs VIro/s, etc.), « nn miroir de dévotion et de pieté. »

( I ) Françoise-Innocente-Madeleine de la Fléchère, née à Rumilly le aa juillet 1608, entra an premier Monastère d'Annecy, y prit Thabit le 38 décembre s6)4, devint supérieure du couvent de Rumilly et mourut le 15 avril 16^5. Après beaucoup de résistances et de douloureuses irrésolutions, cette âme se souvint qu'elle était la fille d*une admirable mère et la filleule d'un Saint, et jusqu'à la fin de sa vie religieuse elle pratiqua, dans le silence, les plus rares des vertus monastiques. (Voir sa Vie, dans Les Vus de plusieurs Supérieures de f Ordre de la Visitation Sainte Marie^ revues et corrigées par un Père de la Compagnie de Jésus ; Anneci, 1693.)

(1) L'ancienne copie reproduite ici porte la date du 38 juillet; mais celle du 33 doit lui être substituée, le copiste ayant pris sans doute l'une pour l'autre. L'affectueux intérêt que François de Sales portait i ses amis de Rumilly, la proximité de leur résidence, permettent en effet de supposer qu*il a appris de très bonne heure l'événement, et c*est sans doute le lendemain, 33 juillet, qu'il a envoyé ses félicitations an père de « la belle fille. »

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CDLXXII

A MADAME DE LA FLÉCHÉRE

La vertu des vertus. — Comment servir le Mattre. — Le moyen de faire glorifier Dieu par le prochain. — Quand les mortifications sont interdites par une santé délicate, que faut-il faire }

Annecy, [août] 1608 (s).

Madame ma très chère Fille (car je croy que vous voulesbien que je vous nomme ainsy), nourrisses vostre chère ame en Tesprit de cordiale confiance en Dieu, et a mesme que vous vous treuveres environnée d'imperfections et misères, relevés vostre courage a bien espérer. Ayés beaucoup d'humilité, car c'est la vertu des vertus, mais humilité généreuse et paisible.

Soyés fidelle a bien servir nostre Maistre, mais gardés en son service la liberté filiale et amoureuse, sans donner des amertumes degoustantes a vostre cœur. Conservés un esprit d'une sainte joye qui, modestement respandue sur vos actions et paroles, donne de la consolation aux gens de bien qui vous verront, af/in qu'il^ en glorifient Dieu * •Matt., v, 16; I Pequi est nostre unique prétention. Et puisque vous ne sçauries plus exercer vostre cors en aucune mortification et aspreté de pénitence et qu'il n'est nullement expédient que vous y pensies, ainsy que nous demeurasmes d'accord, tenes vostre cœur bien rangé devant son Sauveur et faites, le plus que vous pourres, ce que vous feres pour plaire a Dieu, et ce que vous aures a souffrir selon la condition de cette vie, souffres le a mesme intention ; car ainsy Dieu vous possédera toute et vous fera la gfrace que vous le possederes un jour éternellement, dont je le supplieray toute ma vie, ma très chère Fille, et seray de tout mon cœur,

Vostre très humble et très affectionné serviteur. Franc*, E. de Genève.

( t ) Certains détails caractéristiques semblent désigner M** de la Fléchère comme destinataire, et aussi la date que nous proposons.

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CDLXXIII

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