‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 34 sur 124 · A MONSEIGNEUR JEAN-PIERRE CAMUS, ÉVÊQUE NOMMÉ DE BELLEY · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR JEAN-PIERRE CAMUS, ÉVÊQUE NOMMÉ DE BELLEY

(fragmimt)

Panégyrique en raccourci de saint Joseph. — Tableaa de la Sainte Famille. — François de Sales accepte avec joie de « mettre la mitre en teste » au futur Bvdqve de Belley.

Annecy, [fin mars] 1609.

Monseigneur,

Je prens avidement cette commodité de vous escrîre, quoy qu'elle soit un peu pressante, pour respondre a vostre dernière lettre, toute marquée de suavité, du jour

( I ) Jean-Pierre Camus naquit â Paris le 3 novembre 1584. Le succès de ses prédications le fit nommer, avant même qu'il eût Tâge canonique, à Tévêché de Belley. Il obtint de Paul V la dispense nécessaire et fut sacré dans sa cathédrale le 30 août 1609, par les mains de saint François de Sales. Après vingt ans de ministère laborieusement dépensés, il se démit de son siège et se retira en Normandie, dans l'abbaye d'Aunay. Il reprit bientôt la vie active en acceptant d'être le vicaire général de TArchevêque de Rouen, François de Harlay. A la mort de ce Prélat, Tancien Evêque de Belley vint à Paris et y choisit pour sa définitive retraite Thospice des Incurables. Néanmoins, il s'était laissé nommer, en x6^o, à Tévéché d'Arras; ses bulles n'étaient pas encore arrivées lorsqu'il mourut, le 35 avril 1653. Godeau prononça son oraison funèbre.

Jusqu'ici, Camas n'a eu que des panégyristes ou des détracteurs. Il est vrai que sa vie toute remplie de pensées et d'actes contradictoires découragerait un biog^phe sincère. Ce Prélat qui fit venir les Capucins â Belley en 1630, et qui écrivait un jour au P. Recteur du collège de Chambéry : « Je suis Jésuite de cœur, d'ame, de tout, » (Archiv. domest. de la C* de Jésus) a mené presque jusqu'à sa mort une campagne furibonde contre les Religieux. Austère dans sa vie intime, jusqu'à la rigidité, il a semé dans ses romans des peintures pins que profanes. On ne se souvient plus guère aujourd'hui du polygraphe et du romancier si extraordinairement fécond, ni peut-être du belliqueux contempteur des moines; on ne voit en lui que l'ami de l'Evêque de Genève et l'auteur de URsprit de saint François de Sales,

L'ouvrage qui porte ce nom parut en six volumes in-8®, 1659-1641. Il eut plusieurs éditions du vivant de l'auteur. En 1840, M. Dépery en a donné une nouvelle édition. Mais déjà Collot, en 1737, avait réduit le recueil en un volume in-8^, puis en deux petits in-i3, plusieurs fois réimprimés en ce siècle.

C'est ce résumé qui a popularisé dans le public le nom de Jean-Pierre Camus, et ce sont ces extraits sans doute qui ont fait désirer à plus d'un lettré

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du grand Père saint Joseph, grand Amy du Bienaymé, grand Espoux de la Bienaymee du Père céleste, qui a

•Cint., Il, i6. voulu que son Filz céleste fust repeu entre les lys* de cette Espouse et de cet Espoux. Je ne treuve rien de plus doux a mon imagination que de voir ce céleste petit Jésus entre les bras de ce grand Saint, Tappellant mille et mille fois : Papa, en son langage enfantin et d'un cœur

•Cf. Tr. de TAm. filialement tout amoureux*.

dedicatoire/*^***" O^ SUS, venés donq, mon très cher Frère, et que ce soit par mon ministère que vous soyes orné de ce grand caractère du sacerdoce evangelique, affin qu'en certaine façon

de lire Touvrage en entier. Eh bien ! il faut le dire, pour en finir avec une légende : Técrivain, à cet égard, ne mérite pas tant de sympathie et de confiance, de la part surtout des historiens qui le citent si complaisamment. Après le consciencieux travail de M. Tabbé de Baudry : Le véritable Esprit de saint François de Sales (Lyon, 1846), on ne peut plus regarder TEvéque de Belley comme l'interprète fidèle de la doctrine du Saint et le peintre exact de son âme. En des points notables, il travestit ses pensées en lui prêtant les siennes propres ; et cela n'a rien d*étonnant chez un écrivain qui se pique en maintes préfaces de ne jamais rien relire ni effacer de ce qu'il écrit, et qui citait de mémoire, dix-sept aos après la mort de François de Sales, les propos qu'il lui attribue. Et en vérité, à travers cette indigeste compilation, quoique mêlée d'anecdotes dont beaucoup sont agréables, on ne voit pas revivre l'âme noble, discrète et harmonieuse du g^and Evéque ; on y entend trop résonner le bavardage de son interlocuteur et les éclats de son rire. Il fut l'ami du Saint, ne le nions pas ; celui-ci l'aima sincèrement, et c'est sa plus belle louange, c'est la plus solide : elle lui restera.

Ce qui donne du piquant à cette amitié, c'est qu'elle ait pu exister entre deux âmes aussi dissemblables. Mais quoi d'étonnant? Le jeune Evéque depuis son sacre, était devenu le fils spirituel de François de Sales, et, â cause de son inexpérience, l'objet de ses sollicitudes. Il lui témoignait la confiance et Taffection d'un vrai disciple. Tant de démonstrations touchaient le Saint ; il souriait de ses travers, tâchait de l'en guérir et loin de lui reprocher la pauvreté de son jugement, il s'édifiait plutôt d'entendre son ami en convenir avec candeur. Quand il venait à BelIey, la bonne humeur de son hôte, féconde en saillies pittoresques, devait être au saint Evéque une récréative diversion parmi les soucis toujours croissants de ses travaux. Le Saint lui manqua trop tôt; il eût calmé, s'il eût vécu davantage, cette fougue, cette impressionnabilité toujours excitée, et tourné vers un apostolat plus fructueux l'activité débordante qu'il dépensa contre les moines.

Jean-Pierre Camus fut un ami de la Visitation, mais un de ces amis contre lesquels il faut se défendre parfois. Le 10 août 1633, la Mère de Chantai visitant à Belley ses filles, qu'il avait établies, écrivait à une Supérieure : « Hélas I nous sommes ici où ce bon Prélat veut faire des constitutions nouvelles; il se passe des choses inouïes et que jamais on n'eût pu penser ni attendre. O bienheureux Père de mon âme, que dites-vous? secourez-nous I »» (Let^ ires^ vol. II, Paris, 1877.) Cette confidence alarmée de la Fondatrice, son

très véritable, mais que le sang et la chair n'entend

pas*, nous contractions par ce moyen un parentage spi- 'Matt.jxvi, 17.

rituel que la mort mesme, ni les cendres de nos cors ne

pourront desfaire et qui durera éternellement, et pour

lequel mon esprit aura une réelle relation de paternité,

filiation et fraternité avec le vostre. Dieu sçait que j'irois

au bout du monde pour vous mettre la mitre en teste, et

serois jaloux si un autre me ravissoit cet honneur.

Franc*, E de Genève.

exclamation en disent long. En 1633, la Sainte écrivit une lettre au Prélat. C'est une pièce décisive ; il faut la lire. (Voir à l'Appendice II.) Elle ne révèle pas seulement le tact émioent et Tadmirable souplesse d*esprit de la femme qui Ta écrite, elle sert à faire connaître Tauteur de VBsprii de saint François de Sales quand il avait près de cinquante ans, et par surcroit, à justifier ceux qui, en parlant de lui, ont pu paraître un peu trop sévères.

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