‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 33 sur 124 · DXVIII · texte numérisé non relu

DXVIII

A LA PRÉSIDENTE BRULART

Les menues et fréquentes impatiences; moyens de les surmonter. — Il faut être colombe àToraison, mais aussi dans son foyer et avec son entourage.

Annecy, vers mi-mars 1609.

Ma très chère Fille,

Ce sera tous-jours quand je pourray que vous aures de mes lettres; mais maintenant c'est de meilleur cœur que je vous escris, parce que M. [de] Moyron, présent porteur, est mon plus proche voysin de cette ville, mon grand amy et mon allié (0, par le retour duquel vous me pourres escrire en toute asseurance; et si l'image de la Mère Thérèse estoît faite*, il la prendroit, payeroit et appor- 'Vide supra, p. 135,

. ,, .. ' ^ -^ '^'^ et infra, p. 14a.

teroit, amsy que je 1 en ay pné.

Mais, ma Fille, il m'est advis que je ne vous dis pas bien par ma dernière lettre * ce que je desirois touchant * Epist. dxvi. vos menues, mais fréquentes impatiences es occurrences de vostre mesnage. Je vous dis donq qu'il faut que vous ayes une spéciale attention a vous y tenir douce, et qu'estant levée le matin, sortant de Torayson, revenant de la Messe ou Communion, et tous-jours quand vous rentres en ces affaires domestiques, il vous faut estre attentive a commencer doucement, et coup sur coup regarder vostre cœur, voir s'il est doux, et s'il ne l'est pas, Taddoucir avant toutes choses ; que s'il l'est, il en faut louer

( I ) L'hôtel des Paquellet de Moyron se trouvait entre la cathédrale et la me Filaterie, donc tout proche la maison Lambert, habitée alors par saint François de Sales. François Paquellet et Jean étaient tous deux ses amis; mais c*est ce dernier sans doute qu'il appelle son « grand amy, » Tayaut eu pour condisciple i Paris. (Voir notre tome XII, notes (a), pp. 103, 196.)

138 Lettres de saint François de Sales

Dieu, et l'employer aux affaires qui se présentent, avec un soin spécial de ne point le laisser dissiper.

Voyés-vous, ma Fille, ceux qui mangent souvent du miel treuvent les choses aigres plus aigres et les ameres plus ameres, et se degoustent aysement des viandes aspres. Vostre ame s'entretenant souvent aux exercices spirituelz, qui sont doux et aggreables a l'esprit, quand elle revient aux exercices corporelz, extérieurs et materielz, elle les treuve bien aspres et fascheux ; c'est pourquoy aysement elle s'impatiente. C'est pourquoy, ma chère Fille, il faut qu'en ces exercices vous consideries la volonté de Dieu, qui y est, et non pas la chose mesme

»Cant.,n, 10, vî,8. qui se fait. Invoqués souvent Vunique et belle colombe* de l'Espoux céleste, affin qu'elle impetre pour vous un vray cœur de colombe, et que vous soyes colombe non seulement volant par l'orayson, mais encor dedans vostre nid et avec tous ceux qui sont autour de vous.

Dieu soit a jamais au milieu de vostre cœur, ma bonne

• I Cor., VI, 17. et chère Fille, et nous rende un mesme esprit avec luy *. Je salue par vostre entremise la bonne Mère (') et toutes les Seurs Carmélites, implorant Tayde de leur orayson. Si je sçavois que madamoy selle nostre chère seur Jacob fust la (2), je la saluerois aussi, et sa petite Françon(3), comme je fay vostre Magdeleine(4) qui est encor mienne.

Vive Jésus !

( I ) La Mère Louise de Jésas.

(%) M"* Jaquot, sœur de la destinataire.

( 3 ) Françoise Jaquot, fille de Palamëde Jaquot et de Madeleine Bourgeois de Crépy (cf. tome XIII, note ( i ), p. 87), épousa par contrat du a8 juin 1650, Gaspard d'Amanzé, chevalier, comte d'Amanzé, baron de Combles, seigneur de Prisy, PuUigny, Mypont, etc., conseiller ordinaire du roi, lieutenantgénéral au gouvernement de Bourgogne. Douze enfants naquirent de ce mariage, cinq fils et sept filles, dont trois furent Religieuses à la Visitation de Paray. (Cf. d'Hozier, Généalogie de la Maison d'Aman^^é, etc., Dijon, 1659.)

(4) Madeleine, dont il a été parlé plusieurs fois (cf. note (3), p. 134), entra au Carmel de Dijon. Elle prit part à la fondation de Beaune (95 juillet 1619), revint à Dijon, puis i Beaune, et enfin retourna au Carmel de sa ville natale. La Mère Madeleine de Saint-Joseph mourut dans la charge de prieure, le 34 mars 1656. On lui attribue une Vie de la vénérable Sœur Marguerite de Beaune. (Archives du Carmel de Chalon.)

ÂNNéE 1609 139

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