‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 38 sur 124 · DXXIII · texte numérisé non relu

DXXIII

A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET ÉVÊQUE DE MONTPELLIER

Le destinataire ayant écrit an Saint une lettre d'affectueuse courtoisie, celni-ci lui envoie l'expression de son respect et de sa confiance.

Annecy, avril 1 609 ( x ).

Monseigneur,

C'est de tout mon cœur que je vous escris esgalement avec respect et confiance. Celle ci procède de la connoissance que j'ay de la sincérité de vostre bienveuillance en mon endroit, et celuy la de la multitude des riches qualités qui décorent le rang que vous tenes en l'Eglise de Dieu ; auquel, bien que je vous aye devancé quant au

( I ) La date est donnée par Hérissant (17^8) qui a pris la lettre snr Tori^nal,

tems, je vous voy néanmoins si loin devant moy en toute autre façon» que c'est le moins que je veuille et doive faire que d'user exactement d'une réciproque révérence en vostre endroit. Et si vous ne vous esties pas mis a l'extrémité du plus haut point d'honneur envers moy, je me fusse essayé de vous en rendre plus que vous ne m'en donnes ; mais il faut que je demeure vaincu, tant parce que vous sçaves tout mieux faire que moy, que d'autant que le lieu d'où sort l'honneur que vous me faites luy donne un poidz si excessif que je n'ay rien qui le puisse esgaler. Mais c'est assés.

Continués, je vous supplie, Monseigneur, d'aymer celuy qui vous souhaitte toute sorte de bonheur en la grâce de Dieu, et qui est, d'une affection inviolable, Vostre très humble frère

et très obéissant serviteur.

Franc», E. de Genève.

Avril 1609.

DXXIV a mademoiselle de travbs

Le monde « n^est qa*aa vray trompear. • — Considérations proposées à nne personne qai songeait à se marier. — L'amour du Sauveur, de Notre-Dame et des Saints à la très sainte unité de Dieu.

Annecy, 18 avril 1609(1).

Madamoyselle,

Vous voulant honnorer, chérir et servir toute ma vie, je me suis enquis de madame vostre chère cousine, ma seur (a), de Testât de vostre cœur, duquel elle m'a dit

( X ) La date ayant été coupée dans TAutographe, nous adoptons celle du premier éditeur.

(9) La baronne de Chantai. Elle quitta Annecy après les fêtes de Pâques, c'est-à-dire après le 19 avril, et très probablement le Saint lui confia la présente lettre.

Année 1609 151

chose qui m'a consolé. Que vous seres heureuse, ma chère Fille, si vous persévères a mespriser les promesses que le monde vous voudra faire, car en vray (sic) vérité ce n'est qu'un vray trompeur. Ne regardons jamais tant ce quil propose que nous ne considérions ce qu'il celé.

Il est vray, sans doute, c'est une grande assistence que celle d'un bon mari ; mais il en est peu,.et pour bon qu'on l'ayt, on en reçoit plus de sujettion que d'assistence. Vous aves un grand soin pour la famille qui est sur vos bras, mais il n'amoindriroit pas quand vous entreprendries la charge d'un'autre peut estre aussi grande. Demeures ainsy, je vous prie, et croyes-moy, faites en une resolution si forte et si sensible que nul n'en doute plus.

L'exercice auquel vous estes maintenant vous servira d'un petit martire, si vous continues a joindre les travaux que vous y aurés avec ceux du Sauveur, de Nostre Dame et des Saintz et Saintes qui, emmi la variété et multiplicité des importunités que leur soin leur donnoit, ont conservé inviolablement l'amour et la vraye dévotion a la tressainte unité de Dieu, en qui, pour qui et par qui ilz ont conduit leurs vies a une fin très heureuse. Que puissiez vous donq comm'eux conserver et sacrer a Dieu vostre cœur, vostre cors, vostr'amour et toute vostre vie.

Je suis en toute sincérité,

Madamoyselle,

Vosti'e bien humble serviteur en ce mesme Sauveur,

Ce 18 avril 1609.

A Madamoyselle, Madamoyselle de Traves.

Revu sur l'Aatographe conservé à la Visitation de Boalogne-sur-Mer.

15a Lettrbs de saint François db Sales

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