‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 37 sur 124 · DXXII · texte numérisé non relu

DXXII

A MADAME BOURGEOIS, ABBESSB DU PUITS-d'oRBE

Faire le bien joyeusement, sans s'attrister de ses défisiuts. ~ Tenir la clôture. — Les confesseurs extraordinaires : manière d'observer la prescription du Concile de Trente. — L'administration des pensions et les avis que doit donner TAbbesse dans ses Chapitres. — Rappeler au monastère une Religieuse absente et par quels procédés. — Conseils variés sur To raison, la lecture spirituelle, etc. ^ Acquérir un grand courage au service de Notre-Seigneur.

Annecy, commencement d'avril 1609 (i).

Ouy, ma Fille, je vous dis par escrit aussi bien que de

bouche : res-jouisses vous tant que vous pourres en bien

faysant, car c'est une double grâce au bon œuvre, d'estre

•Cf.Eccles.,ni,ia; bien fait et d'estre fait joyeusement*. Et quand je dis en

II Cor., IX, 7* 4 • /> • *• »•! •

bien faysant, je ne veux pas dire que su vous arrive quelque défaut, vous vous addonnies a la tristesse pour cela. Non, de par Dieu, car ce seroit joindre défaut a défaut ; mais je veux dire que vous perseveries a vouloir bien faire, et que vous retournies tous-jours au bien, soudain que vous connoistres de vous en estre esloignee, et moyennant cette fidélité, que vous viviés tous-jours bien joyeuse.

Pour le gênerai, j'ay a vous dire, outre l'ancien escrit que je vous renvoyé, que vous deves tenir le cloistre et le dortoir fermé aux hommes : ainsy la closture s'en fera doucement.

• Sess. XXV, cap. x. Le Concilc de Trente* ordonne a tous les Supérieurs et Supérieures des Monastères qu'au moins trois fois l'année ilz fassent confesser ceux qui sont sous leurs charges a des confesseurs extraordinaires ; ce qui est grandement

(i) En datant cette lettre de 1606, les éditeurs précédents n'ont pas pris garde à cette phrase : « les premiers advis que je vous escrivis il y a cinq ans. o Ces derniers mots suffiraient à dater la lettre. Elle n'a pas été écrite avant 1609. L'allusion à la » Mort et Passion du Sauveur, » et plus encore la mention que fait le Saint de M"*" de Chantai (p. 148)1 de sa présence â Annecy et de son retour en Bourgogne, indiquent que la présente lettre a été écrite au commencement d'avril.

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requis pour mille bonnes raysons. C'est pourquoy vous Tobserveres, faysant venir ou quelque bon Père Minime, ou quelque bien dévot prestre, auquel toutes ayent a se confesser cette fois-la. Je vous ay dit la rayson pourquoy toutes s*y doivent confesser, ce qui ne sera point grief a aucune ; car celles qui voudront ne se confesseront que d'un jour ou de deux, s'estans préalablement confessées, et celles qui voudront pourront en user autrement.

Il faut que ce soit vous, ma Fille bienaymee, qui ayés l'administration des pensions ; mais députés une des Dames, qui, sous vostre authorité, ayt soin de tenir le conte de ce qui s'en employé.

Il sera a propos, en ces petitz Chapitres, de recommander souvent la mutuelle et tendre dilection des unes aux autres, et de tesmoigner que vous l'aves en leur endroit, mais particulièrement envers celle de laquelle vous m'escrives, laquelle il faut, par charité, révoquer a une bonne et douce intelligence et confiance avec les autres. Je luy escris un petit mot(0.

Vous treuveres bien, ce croy-je, les premiers ad vis que je vous escrivis il y a cinq ans *, de la façon avec laquelle • Vide tom. XII, vous dévies doucement réduire tous ces espritz a vostre ^ ' ce»»'* bon dessein. Vous y verres beaucoup de choses que, pour briefveté, je ne diray pas maintenant.

Quant a celle qui est absente, il faut escrire et a elle et a son frère, que, pour la plus grande gloire de Dieu, salut de vos âmes, édification du prochain et honneur de vostre Monastère, vous aves pris resolution avec toutes vos Seurs Religieuses de vivre plus retirées dans vostre Mayson qu'on n'a pas fait ci devant ; et que la chose estant si raysonnable et honneste, vous ne doutes point qu'elle ne s'y veuille ranger : dont vous la conjurés et sommés, par l'obeyssance qu'elle vous a vouée et hors laquelle elle ne peut faire son salut, luy promettant qu'elle ne treuvera, ni en vous ni es autres, sinon une douce et très amiable conversation, laquelle seule, outre

(x) La Religieuse à laqueUe le Saint écrit « un petit mot, » celle qui avait quitté le monastère et son frère sont trois personnages qu'il n'a pas été possi* ble (identifier.

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son devoir, peut la semondre a une sainte retraitte ; et choses semblables. Si pour cela elle ne revient, il faudra Tarraysonner deux autres fois, avec des intervalles de trois semaines. Que si en fin elle ne revient, vous luy envoyeres qu'elle se détermine donques de n'estre plus receuë, et d'estre forclose de sa place. Mais je croy que ses parens la feront revenir ; et, estant revenue, vous la traitteres doucement et avec grande patience.

Si j'oublie quelque chose, je le diray a nostre seur (0, qui vous ira voir infalliblement, et elle vous chérit bien fort. Pour vostre particulier, ne faites point faute de faire l'orayson mentale tous les jours, a la mesme heure qu'elle se fait au chœur, si vous ne pouves pas y aller; et ce pour demie heure. Ne vous tourmentes point encor que vous ne puissies pas avoir vos sentimens si fortz que vous •Cf.llCor.,vin,x». desireries, car c'est la bonne volonté que Dieu requiert*. Lises tous les jours un quart d'heure dans les livres spirituelz, et ce, devant qu'aller a Vespres ou que les dire, quand vous n'y pourres pas aller.

Vous vous coucheres tous les jours a dix heures, et vous leveres a six. Quand vous seres contrainte d'estre au lit, faites lire quelqu'une de tems en tems, selon vostre commodité. Baysés souvent vostre croix que vous portes ; renouvelles les bons propos que vous aves faitz d'estre toute a Dieu, immédiatement devant le coucher, ou y allant, ou en vostre oratoire, ou ailleurs ; et faites un plus grand renouvellement par demie douzaine d'aspirations et d'humiliations devant Dieu.

Je vous ordonne pour vostre spécial Patron de cette année le très glorieux saint Joseph, et pour vostre Patronne, sainte Scholastique , seur de saint Benoist, de laquelle vous treuveres beaucoup d'actions en sa Vie et en celle de saint Benoist, dignes d'estre imitées.

Voyés-vous, ma très chère et bonne Fille, entreprenés de vous acquérir un grand courage au service de Nostre Seigneur; car, pour asseuré, sa Bonté vous a choisie pour se servir de vous, pourveu que vous le veuillies, pour

( X ) La baronne de Chantai.

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le restablissement de sa gloire et salut des âmes en vostre Mayson. Vous ne sçauries tenir un chemin plus asseuré que celuy de la sainte obeyssance : c'est pourquoy je me res-jouis grandement que vous y soyés affectionnée, pour l'intention que me marqués. Mais resouvenés-vous donq bien de ce que je vous ay commandé de la part de Nostre Seigneur, auquel je vous recommande, le suppliant, par sa Mort et Passion, qu'il vous comble de son saint amour et vous rende de plus en plus toute sienne.

Pour moy, ma très chère Seur, ma Fille bienaymee, j'ay une volonté fort entière a vous chérir, honnorer et servir ; et jamais rien ne m'ostera cette affection, puisque c'est en ce mesme Sauveur et pour luy que je l'ay prise, estant a jamais,

Vostre humble frère et serviteur,

tout entièrement vostre.

Franc», E. de Genève.

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