‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 40 sur 124 · DXXVI · texte numérisé non relu

DXXVI

A MADAME BOURGBOISi ABBBSSE DU PUITS-d'oRBE

Une cnre difficile ; le charitable Saint prend Tavis d*nn gentilhomme et d*nn « Tiel cynirgien • et députe à la malade le fils de celni-ci. — Conseil donné à TAbbesse de renoncer an voyage de Savoie. — Comment Dien lui témoigne son amonr paternel.

Annecy, 37 tvril 1609.

Ma chère Fille,

Désirant sçavoir avant le départ de M"* de Chantai que c'est que je pouvois espérer du gentilhomme qui croyoit de pouvoir guérir vostre jambe ( O, je luy fis dire par M"* de Chantai mesme toute Torigine et le progrès de vostre mal, car je ne le sçavois pas. Ce qu'ayant oùy, il perdit sa première opinion et son courage, m'addressant néanmoins a un viel cyrurgien (*) auquel il estime beaucoup de choses estr'aysees qui sont difficiles aux autres, et lequel, comm' on dit, fait des petitz miracles ; et pour cela, je Tenvoyay quérir, affin quil oùyt

( I ) Plnsienrs gentilshommes exerçaient alors la médecine à Annecy : Jean Favre, Maurice de Charrière, Jean Grandis, Pomée, etc. Qjiel est celui d'entre eux qui espérait guérir Rose Bourgeois? Il est malaisé de le savoir.

( s ) Annecy, en ce temps-là, comptait plusieurs chirurgiens ; Pierre Ribemont, Antoine Vallefiroyd, Claude Desgranges, et quelques-uns, le docteur Symène et Le Barba, étaient espagnols.

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tout le récit de vostre fait et quil en dit son opinion. Il vint donques, et ayant encor ouy M"' de Chantai, il respondit que non obstant toutes les difficultés quil y avoit a la cure de ce mal, il espereroit de vous guérir, mais que pour cela il faudroit du loysir.

Et de peur que nous n'ayons oublié quelque chose en la qualité de ce mal, qui fit la chose plus aysee qu'elle n'est, le filz de cet homme la allant a Dijon pour autre chose, c'est a dire a la suite d'un gentilhomme qui est fort de mes amis, j'ay fait quil ira au Puis d'Orbe mesme, affin d'apprendre par monsieur du May (0 toutes les particularités plus exactement, et apporter une bonne et véritable description de toute TafiFaire. Ce quil fera mieux qu'un autre, par ce qu'encor quil ne soit pas cyrurgfien, il y entend néanmoins quelque chose a force d'en avoir ouy parler a son père. Je vous prie donq, ma chère Fille, de vouloir le faire bien instruire et de luy faire donner par escrit tout le fait ; car sur cela, si son père espère de pouvoir faire cette cure, nous vous Tenvoyerions sur le lieu, affin qu'avec toute commodité et loysir il fit ses opérations.

J'ay creu que je ferois bien d'user de cette méthode, affin de ne point vous engager au voyage de deçà mal a propos ; duquel, si le succès n'estoit pas selon mon désir, je serois extrêmement marri. Il est vray quil seroit tousjours a mon grand contentement en ce que j'aurois le bien de vous voir et entretenir ; mais si aussi vostre santé corporelle en soufifroit, ce me seroit bien du desplaysir. Or, le tracas d'un si long chemin pourroit sans doute vous beaucoup apporter de péril, et, comme que ce soit, j'ay espérance de vous revoir dans quelque tems, sans tant d'incommodité pour vous. Que si Dieu nous estoit

( I ) Pierre-Antoine Damay, originaire de Bourgogne, mort en x6i9, était devena premier médecin de la reine Marguerite de Navarre. Quoique établi à Toulouse, où il épousa Jeanne du Caylar, il revenait quelquefois au pays natal. Un de ses fils, Paul, baptisé le 93 août 1^8^, étudia aussi la médecine à Montpellier, mais se fixa en Bourgogne peu de temps avant son mariage, contracté le 16 mai 1610 avec Marie de Massol; il mourut à Dijon le 19 décembre 1645. (Jy^près Us noies de M, Gabriel Dumay, membre de V Académie de Dijon,) C'est l'un des deux, sans doute, qui était le médecin de Rose BourgeoU.

si miséricordieux que vous puissies guérir par Toperation de ce viel homme, alhors non seulement je ne craindrois pas de vous donner la peyne de faire le voyage, mais je vous y provoquerois pour vous gouverner un peu a souhait en vostre esprit.

Cette lettre n'a point d'autre sujet que celuy ci, espérant de vous escrire de rechef par autre voye dans peu de jours*. J'attendray donq la response par le mesme •VideEpUt.seq. porteur, qui, partant ce jourdhuy, ne me donne pas le loysir d'escrire a vos chères Seurs et filles, vers lesquelles je désire estre excusé sil vous plait. Et tandis, resouvenes vous, ma chère Fille, que Dieu vous invitant au chemin des peynes et travaux, vous tesmoigne un doux amour paternel et quil veut rendre vostre ame purement sienne, comm'il fera si vous vous encouragés souvent a souffrir pour Tamour de luy, auquel soit a jamais gloire et louange.

Je suis en luy tout vostre.

Le XXVII avril 1609.

A Madame Madame l'Abbesse du Pays d'Orbe.

Revu sor TAutographe conservé à U Visitation d'Annecy.

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