DXXVII
A LA MÊME
Offre de services spirituels. — Visite annoncée. — Nécessité de donner suite à de bonnes résolutions. — Exhortation à faire « beaucoup d*eslancemens de ccBur sur Jésus crucifié. »
Annecy, 39 avril 1609 (i).
Ma très chère Fille,
Je vous escrivis avant hier ♦ sur le sujet de vostre • Bpist. pr«ced. jambe ; maintenant je vous escris sur celuy de mon cœur qui vous chérit d'un amour extrême, et pour cela, pense
( I ) Cette lettre, qui n'a jamais été reproduite depuis 1696, fidt suite à la lettre précédente, du S7 avril, et porte ainsi sa date avec eUe.
156 Lettres de saint François de Salbs
continuellement comment, en quoy et quand il pourra tellement servir le vostre, que celuy de vostre Espoux, nostre très doux Sauveur, en soit satisfait et content. C'est mon désir très ardent, principalement Ihors que je repasse en ma memojrre l'affection, la confiance et le zèle avec lequel vous reposastes un jour vostr'ame (d'autant mienne) et vostre volonté sur ma direction.
Or sus, Dieu me fera la grâce qu'il ne se passera pas beaucoup de tems que je ne vous revoye ; et Ihors, certes, il faudra voir une conclusion de tous nos bons desseins, affin que si nous ne faysons pas tant de chemin que la chaleur de nostre première dévotion nous faysoit entreprendre, nous en fassions pour le moins autant que, tout boiteux que nous sommes, nous en pourrons faire. Continués ce pendant vos exercices, excités en vous vostre courage, et sur tout parforces vous de faire beaucoup d'eslancemens de cœur sur Jésus Christ crucifié.
C'est en luy que je suis, ma chère Fille, tout entièrement vostre.
Franc», E. de Genève.
DXXVIII a madame de la fléchèrb
Après nn premier « choppement », que £iire ? — Comment apaiser son cœur qnand il est prévenu contre le prochain. — Il faut avoir de la compassion pour celui-ci et suivre pour nous-même Thumilité.
Annecy, [mai 1609 (i).]
J'ay veu, ma très chère Fille, cette petite infirmité qui vous est arrivée ces jours passés sur les divers mouvemens de vostre cœur, entre l'affection de renoncer a vostre
( I ) L'édition de 1696 indique une seule et même destinataire pour la présente lettre et la Lettre dxvii. Or, cette dernière a été certainement adressée à M«« de la Fléchère.
Qjiant à la date, elle se déduit de récriture et du salut de M<"* de Chantai (voir à la page suivante). Ce n'est que pendant le Carême de 1609 que les deux filles spirituelles du Saint ont pu se rencontrer ou se connaître.
Annéb 1609 157
propre inclination, et l'inclination de suivre vostre goust
particulier. Et bien, ma chère Fille, vous verres que le
plus grand mal que vous ayes fait c'est de vous estre
troublée de vostre imbécillité ; car si vous ne vous fussies
point inquiétée après le premier choppement, mais que
tout bellement vous eussies repris vostre cœur en vos
mains*, vous ne fussies pas tumbee au second. Or, au bout • Cf. Pt.cxTin, 109.
de tout cela, il faut reprendre courage et vous affermir de
plus fort en nos saintes resolutions, sur tout en celle de
nous point inquiéter, ou au moins de nous appayser a la
première veùe et reflexion que nous ferons sur nostr'in-
quietude.
Ce mot là : « Je suis bien toute deschiree, moy, » ne fut pas bon au sujet sur lequel il fut dit ; car, ma chère Fille, il nous faut bien suivre la compassion au prochain et Thumilité pour nous mesme, ne pensans pas aysement que le prochain ayt jamais trop d'ayse, ni que nous en ayons trop peu. Helas ! nous aurons tous-jours quelque chose a faire, tous-jours quelqu'ennemi a combatre. Ne vous estonnes point, mais quand ces mauvaises inclinations vous voudront inquiéter, jettes l'oeil intérieur sur le Sauveur crucifié. Ah ! Seigneur, vous estes mon miel et mon sucre ; addoucises ce cœur par la douceur du vostre. Divertisses vous pour un peu, et ailes vous praeparer au combat ; puis repraesentes vous y l'autrefois, et sentant la seconde émotion, faites tout de mesme* : Dieu vous * et Combat spiri-
. ^ tutl, c. xni.
assistera.
Je suis bien ayse de la venue de la bonne seur ( 0 , a laquelle je doy une longue response, que je feray. Dieu aydant, avec un peu de loysir. La bonne madame la Baronne de Chantai vous saluoit l'autre jour par une lettre.
Vive Jésus, en qui je suis tout vostre.
F. E. de G.
Revu sar TAutographe conservé à It Vititation de Tonloute.
( 1 ) Il s'agit peut-être de la Religieuse de Bons, propre sœur de M"*« de la Fléchère, dont le Saint parle assez souvent (cf. plus haut, pp. 59, 193).
15B Lettres de saint (François de Sales