DXXX
a MADAME DE CORNILLON, SA SOEUR (0
Les sentiments que doit exciter la perte des parents. — Mort de M°>* de la Thuille. — Le meilleur des souhaits. ^ Comment il faut supporter les ennuis que donnent les affaires temporelles.
Annecy, 15 mai 1609.
Mon Dieu, ma chère Fille, ma vSeur, soyés joyeusement dévote. Que vous seres heureuse si vous embrasses
(i) Gasparde de Sales, sœur de saint François de Sales, épousa (contrat dotal du 93 août 159^) Melchior de CorniUon, seigneur de Meyrens, dont le
Année 1609 ^59
constamment ce dessein ! La pauvre petite seur [de la Thiiille(0], qui s'en est allée si chrestiennement et si soudainement, a bien resveillé mon esprit a l'amour de ce souverain Bien auquel toute cette courte vie doit estre rapportée. Aymons-nous bien, chère Seur, et nous tenons bien ensemblement a ce Sauveur de nos âmes, en qui seul nous pouvons avoir nostre bonheur. Je suis tout plein d'espérance que Nostre Seigneur sera de plus en plus fidellement servi, obéi et honnoré de vous, qui est le plus grand bien que je vous puisse souhaitter.
La multitude des ennuis que vous aves es affaires de vostre mayson (desquelz mon bon frère («) me parla l'autre jour) vous serviront infiniment pour rendre vostre ame vertueuse, si vous vous exerces a supporter le tout en esprit de douceur, de patience et de debonnaireté. Tenes tous-jours bien vostre cœur bandé a cela, et considérés souvent que Dieu vous regarde de son œil d'amour parmi toutes ces petites incommodités et brouilleries (3), pour voir comme vous vous y comportes selon son gpré. Faites donq bien joliment la prattique de son amour en ces occasions, et s'il vous arrive quelquefois de vous impatienter, ne vous troubles point pour cela, mais vous remettes soudainement en douceur. Bénisses ceux qui vous affligent*, et Dieu, ma chère Fille, vous bénira. • Cf. Luc, vi, a8.
Je l'en supplie de tout mon cœur, comme pour ma Seur bienaymee et ma Fille très chère, a laquelle je suis tout dédié.
Franc», E. de Genève.
Le 15 may 1609.
père, Raymond-Charles, était capitaine et gouverneur de la ville de La Roche. Elle aurait eu vingt-huit enfants; M. de Foras n'a pu en retrouver que dix. M"* de Comillon fut chèrement aimée de son bienheureux frère; ses encon-» ragemcnts la soutinrent parmi bien des tracas. Grâce à cette affectueuse direction, elle pratiqua jusqu'à sa mort (37 janvier 1619), avec une ferveur toujours croissante, les difficiles devoirs de son état.
( I ) Belle-sœur du Saint ; elle était décédée à la fin de mars (voir le tome précédent, note (9), p. i).
(3) M. de Comillon.
(3) Ces « brouilleries » provenaient soit du beau-père de M™® de Comillon, lequel était peut-être d'humeur chagrine, soit de contestations survenues entre les deux familles.
i6o Lettres de saint François de Sales