‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 44 sur 124 · DXXXI · texte numérisé non relu

DXXXI

A MADEMOISELLE DE BRÉCHARD (0

Diea le Père et ses images virantes sur la terre. — Que Ton ne puisse pas communier sans ouïr la Messe, c'est une opinion nullement fondée. — Les Communions que nul ne peut refuser. — La plus solide des nourritures au Ciel et sur la terre.

Annecy, [nii-mai 1609.]

Or SUS, ma chère Nièce (>), ma Fille, vous voyla donq auprès de monsieur vostre père (3) que vous regardes comme une image vivante du Père éternel ; car c'est en cette qualité que nous devons honneur et service a ceux desquelz il s'est servi pour nous produire. Tenés bien •Ps. cxTuî, 109. vostre ame en vos mains* affin qu'elle ne vous eschappe ni a gauche ni a droitte ; je veux dire, ni qu'elle s'amollisse entre les affections des parens, ni qu'elle s'attriste parmi leurs passions et les diversités des humeurs avec lesquelles il vous faut vivre.

Vrayement, je croy fort bien que vous fustes vivement touchée en vous séparant de vostre chère mère (4), car elle m'escrit que, de son costé, elle fut extrêmement pressée ; mais un jour cette société durera éternellement

( X ) Pour l'adresse et la date de cette lettre, cf. ci-après, Lettre dxxxiv, à la même destinataire.

( a ) Les témoignages d'affection quasi maternelle que M°>* de Chantai pro* diguait à M"* de Bréchard avaient rendu celle-ci un peu plus chère au saint Evêque ; de là, le titre de « Nièce • qu'il lui donne.

(3) Jean de Bréchard, chevalier de TOrdre du roi, seigneur de Vellerot et Saint-Pierre-en-Vanx, descendant d'une famille très ancienne, avait épousé une demoiseUe de Machecop, issue d'une vieiUe famille parlementaire de Bourgogne. Dix en&nts naquirent, mais les fils moururent et avec eux s'éteignit la branche des Bréchard de Bourgogne qu'ils représentaient. Jean de Bréchard vécut jusqu'en 1617. En le quittant pour entrer à la Visitation, sa magnanime fille Jeanne-Charlotte n'avait qu'un souci : le salut de son âme; à force de prières et de sacrifices, elle lui obtint la grâce de mourir « enfant de l'Eglise. » (Cf. Lit Vies de quatre des premières Mères^ etc. (Paris, 1899), pp. 133» «34» 183.)

(4) A cette date, M"* de Bréchard était orpheline, mais on sait qu'elle avait trouvé une seconde mère dans la baronne de Chantai. (Cf. note (i), p. 86.)

Année 1609 léi

s'il plaist a l'Eternel, et en attendant, demeurons tous bien unis en son saint amour.

J'admire que monsieur N. se soit persuadé cette opinion, que l'on ne puisse pas communier sans oujn* la Messe, car non seulement elle est sans rayson, mais elle est sans apparence de rayson *. Puisque toutefois il faut *ct infra,p. 168. que vous passies par la, multiplies tant plus les communions spirituelles, que nul ne vous peut refuser. Dieu vous veut aussi sevrer, ma chère Nièce, et vous faire manger des viandes solides, c'est a dire des viandes dures, car de plus solides il n'y en a point tiu Ciel ni en la terre que la sainte Communion ; mais son refus, qui est plus dur a vostre ame qui aspire a son saint amour, requiert aussi des désirs plus fortz.

Je vous escris sans loysir, ma chère Nièce, ma Fille, et prie Nostre Seigneur qu'il soit tous-jours vostre cœur. Je suis en luy entièrement,

Vostre très humble serviteur, F. E.

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