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A MADAME DE LA FLÉCHERB ( i )
L*attitude d*une âme chrétienne durant la maladie. — Douceur et tranquillité. Comment ne jamais trébucher.
Annecy, ao août 1609.
Selon la sainte et parfaîtte amitié que Dieu m'a donnée pour vous, ma très chère Fille, j'ay de la peyne de vostre maladie. Or sus, il faut pourtant s'accommoder a non seulement vouloir, mais a chérir, honnorer et caresser le mal, comme venant de la main de cette souveraine Bonté a laquelle et pour laquelle nous sommes. Que puissies-vous bien tost guérir, si c'est la plus grande gloire de Dieu, ma très chère Fille ; si moins, que puissies-vous amoureusement souffrir, tandis qu'ainsy le requerra la Providence céleste, affin que, guérissant ou souffrant, le bon playsir divin soit exercé.
( I ) Les conseils donnés à la destioataire et le ton général de la lettre font croire qu'eUe a été adressée i M"** de la Fléchère.
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194 Lettres de saint François de Sales
Que vous puis-je plus dire, ma chère Fille, sinon ce que je vous ay si souvent dit, que vous* allies tous-jours vostre train ordinaire le plus que vous pourres, pour l'amour de Dieu, faysant plus d'actions intérieures de cet amour, et encor des extérieures, et sur tout contournant tant que vous pourres vostre cœur a la sainte douceur et tranquillité : a la douceur envers le prochain, quoy que fascheux et ennuyeux ; a la tranquillité envers vous mesme, quoy que tentée ou affligée, quoy que misérable. J'espère en Nostre Seigneur que vous vous tiendres tous-jours en sa main, et que, par conséquent, jamais vous ne trebuscheres du tout. Que si, a la rencontre de quelque pierre, vous choppes, ce ne sera que pour vous faire tant mieux tenir sur vos gardes, et pour vous faire de plus en plus reclamer l'ayde et le secours de ce doux Père céleste, que je supplie vous avoir a jamais en sa sainte protection. Amen.
Je suys en luy, très fermement tout vostre,
Franc*, E. de Genève.
Le 20 aoust 1609.