A M. PIERRE DE BÉRULLE
(fraomint)
Sympathie très effective de François de Sales pour le dessein de M. de BéruUe. Il conseille une démarche auprès du Nonce.
39 octobre 1609.
Je vous escrivis n'a gueres en response de la lettre que vous m'avies envoyée sur le sujet de la Congrégation des prestres reformés (0, vous tesmoigfnant le désir que
(i) Depuis longtemps, les âmes que Tamour de Dieu rendait clairvoyantes soupiraient après la régénération du clergé. Dès 1601, Pierre de Bérulle se sentait pressé de consacrer sa vie à ce noble objet. François de Sales, de Taveu même de HaherifLa Vie du Cardinal de Beruile, Paris, 1646, liv. II, chap. m), Tavait devancé dans la conception de ce dessein. Grand admirateur de saint Philippe de Néri, de son Institut et de ses disciples, on sait tout ce quHl fit
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ao8 Lbttres de saint François db Salbs
j'avois de contribuer a une si utile entreprise tout ce qui dépend de moy ; et ne pouvant disposer de l'absence de mon diocèse requise pour cette œuvre, je vous asseurois que, si tost que je serois arrivé a Neci, j'escrirois au Saint Père pour avoir son commandement sur cela. Or, despuis j'ay pensé que si on pouvoit faire [que,] de delà, le Nonce du Saint Siège qui réside a Paris (O escrivist en faveur
pour en donner Tetprit et les règles ans prêtres de la Sainte-Maison de Thonon. Aussi» pendant son séjour à Paris en i6o9, s'intéressa-t-il riyement à cette œuvre de rénovation sacerdotale ; il fut même instamment prié, et à plus d'une reprise, d*en prendre la direction, au moins pour un temps. (Cf. tome XII, note ( i), p. i^v) ^'^ lettre présente, sans doute, répond à une invitation de ce genre. Poussé enfin par les encouragements des membres du cercle Âcarie et surtout par les sollicitations d'une sainte Carmélite, la vénérable Mère Madeleine de Saint-Joseph, Pierre de Bérulle finit par réunir quelques disciples. La première maison fut une modeste demeure, dite du Petit-Bourbon ; les premiers membres y entrèrent le xo novembre 1611. Par lettres patentes du a janvier i6ia, Tapprobation royale encouragea ces débuts, et le 10 mai 1613, Paul V accordait la Bulle qui consacrait Texistence de la nouvelle société, sous le nom de Congrégation de TOratoire. Malgré des emprunts notables aux Constitutions de l'Oratoire de saint Philippe de Néri, l'Institut était une création originale et toute française. Il n'est pas besoin aujourd'hui de louer une association qui a compté parmi ses membres le cardinal de Bérulle, les PP. de Condren, Le Jeune, Morin, Thomassin, Malebranche, etc., et dont François de Sales a pu dire qu'il n*y avait rien de plus saint et de plus utile à l'Eglise. Le saint Evèque professa en effet jusqu'à sa mort une très grande estime pour les fils de son illustre ami, le cardinal de Bérulle ; il ne négligea aucune démarche pour les introduire eu Savoie. Ils s'établirent à Rumilly en 1634, mais sa correspondance nous avertit qu'il s'occupait dès 1616 de les y faire venir. D'après un témoin, GuiUaume de Bernard de Forax (Process. remiss. Parisiens., ad art. 30), le Saint lui aurait dit un jour « que sa seule ambition en ceste vie seroit de se pouvoir ranger avec les Prestres de l'Oratoire, et en ceste retraicte s'occuper a servir Dieu et escripre quelque chose a l'honneur de Dieu et proffict des âmes. »
La Congrégation de l'Oratoire fut emportée par la Révolution. Même après les trois volumes de M. Houssaye sur M. de Bérulle, l'étude sur L'Oratoire de France au XVII' et au XIX* siècle de S. E. le cardinal Perraud, demeure, malgré sa brièveté, l'histoire la plus intéressante et la plus impartiale du célèbre Institut, de ses premiers jours de gloire et aussi des tristes causes qui amenèrent d'assez bonne heure sa décadence.
L'ancien Oratoire a été rétabli en France le 16 août 18)3, par l'initiative de M. l'abbé Pététot, alors curé de Saint-Roch, à Paris. Rome approuva cette restauration en 1864. Par leurs talents et par la qualité de leurs travaux, les nouveaux Oratoriens ont continué, et non sans éclat, les traditions de leurs premiers devanciers.
( I ) Le Nonce du Saint-Siège en ce temps-là était Robert Ubaldini, évéque de Montepulciano. Né à Florence, petit-neveu du Pape Léon XI, docteur in utroquejure, maître de chambre de Paul V, il avait remplacé à Paris, à la fin de 1607, le Nonce Maffeo Barberini. Il fut fait cardinal le 3 décembre 16x5 et
Année 1609 ^^
de ce dessein la, il le rendroit fort aysé ; qui m'a fait vous escrire encor des icy, pour ne rien oublier de mon costé, de tout ce que je croyois pouvoir estre utile a faire reuscir une chose de si gfrand poix pour le bien de l'Eglise. Ce sera a vous qui touchés la chose, d'en faire comme vous jugeres plus a propos
Reya snr ant ancienne copie conservée à Paris, Archiv. Nat., M. 334.
retourna le a^ décembre 1616 en Italie. Ce Prélat fit preuve de courage en soutenant contre les pernicieuses maximes d*Edmond Richer les droits du Saint- Siège. Ancien élève des Jésuites, il se montra ouvertement l'ami du P. Coton et fut pour ses frères un fidèle appui au milieu des persécutions que leur suscitaient les sournoises rancunes de TUniversité et du Parlement. Ubaldini protégea aussi rOratoire naissant avec non moins de bienveillance. Passionné pour les lettres, il honora de son amitié et gratifia de ses largesses les écrivains et les poètes. Il laissa à la Propagande ses biens qui étaient immenses, et mourut le as avril 1635.