DLV
A LA BARONNE DE CHANTAL
Pourquoi nous sommes en ce monde. — Absoudre, c'est donner Jésus-Christ. Le traité du P. Arias. — Le corporal envoyé par la Baronne.
Baume-les-Dames, 1 6 novembre [ 1 609 ( i ).]
Ma chère Fille,
Je reçois une particulière consolation a vous parler en ce langage muet, après que tout le jour j'ay tant parlé a tant d'autres en langage parlant. Or sus, si faut-il vous
( X ) La date de 160^, que l'édition de i6a6 et les suivantes ont donnée à cette lettre, semble être contredite par les allusions du texte et par le rapport qu'il a avec une lettre de la fin de février 1610. Toutefois, il est moins probable que Tavant-demier alinéa soit de 1609. (C£ ci-dessus, note ( i), p. 14.)
Année 1609 211
dire ce que je fay, car je ne sçai presque rien autre, et encor ne sçai je gueres bien ce que je fay.
Je viens de Torayson, ou, m'enquerant de la cause pour laquelle nous sommes en ce monde, j'ay appris que nous n'y sommes que pour recevoir et porter le doux Jésus : sur la langue, en l'annonçant ; sur les bras, en faysant des bonnes œuvres ; sur nos espaules, en supportant son joug, ses sécheresses, ses stérilités, et ainsy en nos sens intérieurs et extérieurs. O que bienheureux sont ceux qui le portent doucement et constamment ! Je l'ay vrayement porté tous ces jours sur ma langue , et l'ay porté en Egypte, ce me semble, puisqu'au Sacrement de Confession j'ay ouy grande quantité de penitens qui, avec une extrême confiance, se sont addressés a moy pour le recevoir en leurs âmes pécheresses ('). Oh ! Dieu l'y veuille bien conserver.
J'y ay encor appris une prattique de la présence de Dieu, laquelle, en passant, j'ay resserrée en un coin de ma mémoire pour vous la communiquer, si tost que j'auray leu le traitté qu'en a fait le Père Arias (>).
Ayés un g^and cœur, ma chère Fille, et estendes-le fort sous la volonté de nostre Dieu. Sçaves vous que je dis estendant vostre corporal pour la consécration ? Ainsy, dis je, puisse bien estre estendu le cœur de celle qui me l'a envoyé, sous les sacrées influences de la volonté du Sauveur. Courage, ma Fille, tenés vous bien serrée auprès de vostre sainte Abbesse, et la suppliés sans fin que nous puissions vivre, mourir et revivre en l'amour de son cher Enfant.
Vive Jésus qui m'a rendu tout vostre, et plus que je ne puis dire. La paix du doux Jésus règne en vostre cœur.
Franc*, E. de Genève.
Le 16 novembre...
( I ) Tons les loisirs que loi laissaient les négociations de l'affaire des salines (yoir ci-après, note ( a ), p. sx^), le Saint les employa à prêcher dans les monastères et dans les églises et « à onyr les confessions de ceux qui acconroyent de tons costez. • (Charles-Auguste, Histoirg, etc., liv. VII; cf. la Lettre dlx.)
( a ] Cet ouvrage sur VBxtrcUt de la pnstnce de Dieu parut en espagnol, sa langue originale, à Valladolid, en 1593; en italien, à Venise, 1609; en latin, à Mayence, 1605 ; en français, à Paris, 1605, et à Liège, 1607.
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